waxou
Inscrit le: 13 Mars 2005 Messages: 3 Localisation: Au bord du lac
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Posté le: Je 01 Oct 2009 23:21 Sujet du message: Jocelin et son dieu-main-qui-fait-pleuvoir-la-bouffe |
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Jocelin, c'était mon lapin nain.
En fait c'était pas un lapin nain, mais quand je l'ai acheté, il était minuscule, et l'animalerie l'a vendu comme tel. 8 euros, ou un truc du style.
Jocelin était en solde.
Je lui ai acheté la plus grosse cage qui rentrait dans ma voiture. Encore une fois, elle était en solde car elle était à peine fêlée sur un bord.
J'en ai profité.
Le premier jour, je l'ai lâché dans l'appartement. Malheureusement Jocelin n'arrivait pas à sautiller sur le carrelage, il glissait, et se trainait lamentablement pour trouver un coin où je ne pourrais pas le choper et où il pourrait squatter et faire ses besoins en toute tranquilité. Ce n'est que trois jours plus tard que j'ai capté l'odeur qui se dégageait de sous mon lit. Alors je l'ai remis dans sa cage et je l'ai foutu sur le balcon. J'ai fermé la cage parce que j'avais peur qu'il fasse le grand saut sans le faire exprès.
Pourtant, au bout d'une semaine, j'ai eu pitié de lui. J'ai ouvert la cage mais il ne voulait plus en sortir. J'étais obligé de le sortir de force. C'est là qu'il a bouffé mes 9 plants de pavot que j'essayais de faire pousser. J'aimerais dire qu'il a eu raison, mais la vérité, c'est que c'est ce jour là que j'ai passé ma première commande de pavots séchés. Je n'y avais pas vraiment pensé avant, mais là c'était trop dur. J'avais attendu plus de 2 mois pour que ces plantes passent du stade de laitues velues au stade de coquelicot géant mauves dégradant sur le rose. Je ne voulais qu'une mini boulette d'opium, histoire de savoir ce que c'est, et je n'ai retrouvé que des miettes de pétales. Le salaud a dû bien planer ce jour là.
Je ne lui en ai pourtant pas tenu rigueur même si j'ai dû faire preuve d'une certaine dextérité pour le remettre dans sa cage.
Après ça, il est devenu grognon. Cela m'a alarmé. J'ai essayé de le sortir de sa cage mais à chaque fois, il se débattait tant qu'il pouvait, à tel point que pour l'en sortir, je devais le tenir si fermement que j'avais peur de lui faire mal. Alors je lui ai laisse son libre arbitre. Autrement dit, je l'ai laissé squatter une cage ouverte pendant des mois.
Quand je lui donnais de la bouffe il était content. Mais si j'essayais de le sortir, il grognait, griffait, et si j'insistais, il n'hésitait pas à me mordre.
Néanmoins, il était toujours autant en adoration devant la main-qui-fait-pleuvoir-de-la-bouffe. Toute sa journée semblait tourner autour de sa venue. Si jamais j'avais une heure de retard, là, il sortait de sa cage, poussait des grognements, se tapait la tête contre les pots de fleur... mais dès que je sortais sur le balcon, il rentrait illico dans sa cage, le museau tourné vers le ciel, prêt à bondir au moment ou il verrait l'étrange animal-main faire son apparition dans le ciel.
Je l'ai donc laissé là. Petit à petit, j'ai eu de moins en moins envie de m'occuper de lui même si je ne me permettais jamais de partir plus de 2 jours histoire de m'assurer qu'il ne lui arrive rien, qu'il ait tout ce dont il a besoin, eau, croquettes, cage propre, foin etc.
Il restait toujours dans le même coin de sa cage. J'avais beau changer les accessoires de place, il les déplaçait de lui même, quitte à ce qu'ils soient en vrac: ce qui comptait le plus pour lui, c'était que rien ne l'empêche de rester au même endroit. Et il était prêt à se battre contre le dieu-main pour ça. Il ne se rendait pas compte que c'était la même entité qui lui donnait sa bouffe, et qui voulait son bonheur.
Un jour, bien que je ne m'étais pas absenté, j'avais oublié de lui donner à manger la veille. Lorsque je suis sorti, le lendemain matin, il était mort, dans son coin. Son cadavre était encore rigide et tiède. Et je me suis dit que ce n'était pas plus mal pour lui. Je ne pouvais pas m'empêcher de m'occuper de lui, mais sa vie n'était qu'enfermement. Il vivait dans une bulle minuscule ou rien de bien grand ne pouvait entrer.
Il aurait sans doute préféré ne pas ressentir faim ni soif.
Ne pas dépendre de cette main capricieuse.
Sa vie n'avait aucune beauté.
J'en étais désolé.
Et son vœu a été exaucé, actuellement il n'a plus faim, ni soif, et il n'est plus enfermé. |
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