Regards sur l'éveil
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Guirec
Inscrit le: 19 Juil 2005 Messages: 12 Localisation: En silence
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Posté le: Je 08 Oct 2009 20:24 Sujet du message: De l'ego au travail |
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Bonsoir,
Parfois, il est bon de prendre du recul. Je m'excuse par avance si le sujet vous semble quelque peu extérieur aux "questions philosophiques". J'ai néanmoins décidé de le poster car, à mon sens, il n'est rien de plus concret que la "philosophie".
On entend parler de France-Télécom sous la plume acérée du prisme médiatique, mais la souffrance au travail existe, me semble-t-il, dans toutes les organisations. De votre point de vue, quel ressort utilise l'ego pour aller jusqu'a se trucider ? Je ne parle pas du besoin de reconnaissance que je comprends parfaitement, mais de cette décision soudaine d'en finir. L'ego, qui a si peur de mourir, se liquide lui-même. J'avoue ne pas comprendre.
Merci de vos contributions. _________________ Ainsi soit-il. |
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octave
Inscrit le: 15 Juin 2007 Messages: 78 Localisation: centre
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Posté le: Ve 09 Oct 2009 9:16 Sujet du message: Re: De l'ego au travail |
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| Guirec a écrit: | De votre point de vue, quel ressort utilise l'ego pour aller jusqu'a se trucider ? Je ne parle pas du besoin de reconnaissance que je comprends parfaitement, mais de cette décision soudaine d'en finir. L'ego, qui a si peur de mourir, se liquide lui-même. J'avoue ne pas comprendre.
Merci de vos contributions. |
Bonjour Guirec,
Ton questionnement m'a fait immédiatement penser à un texte intitulé "la mort" que Joaquim a placé dans les archives du site. C'est un écrit dont la simplicité demande plusieurs lectures pour traverser les intrications de ce piège, ainsi que les peurs et les angoisses qui vont avec. Voici le lien http://www.cafe-eveil.org/archives/mort.html
bon courage.
La citation finale m'a aussi beaucoup touché car elle décrit totalement l'angoisse que j'ai vécu il y a plus de 35 ans et qui m'a poursuivit depuis.
Dans le même temps ce fût un aiguillon certes très douloureux et "qui m'a presque détruit"mais aiguillon quand même qui maintenant m'amène à vivre ce sujet sous un autre angle beaucoup plus paisible.
voici cet extrait | Citation: | | Seul un homme qui serait placé brusquement, et sans y avoir été aucunement préparé, de sa chambre au sommet d'une haute montagne, éprouverait quelque chose de pareil : une insécurité sans égale, un tel saisissement venu d'une force inconnue, qu'il en serait presque détruit. » Rainer-Maria RILKE, Lettres à un jeune Poète, Ed. Grasset, Paris, 1937 |
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octave
Inscrit le: 15 Juin 2007 Messages: 78 Localisation: centre
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Posté le: Ve 09 Oct 2009 9:53 Sujet du message: |
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... En relisant le texte de joaquim pour la nième fois, je retiens ce qui est écrit en final | Citation: | | L’angoisse qu’il s’agit d’interroger, ce n’est donc pas celle qui se trouve du côté de la mort, dans cet au-delà de la vie, mais celle qui se trouve dans la vie, à l’intérieur de nous-mêmes, à l’intérieur de la solitude que nous sommes, une solitude qui est “nous” et qui est en même temps absence d’être, non-être. C’est face à cette vérité-là qu’il s’agit de se poser, c’est cette troisième angoisse qu’il s’agit d’affronter, car c’est elle qui contient la réponse aux deux autres. Les deux autres ne sont que des leurres, elles ne font que nous détourner du vrai problème: en tant que “je”, nous sommes du vide. |
Cette différence qui existe (et qui unit) ces "deux leurres" que sont l'intérieur et l'extérieur, est également fort bien décrite par Douglass Harding dans "le petit livre de la vie et de la mort". Cette lecture m'a permis de mettre des mots sur certaines évidences fugaces et de les rendre ainsi non pas plus pérenne (ce qui serait un non-sens), mais plus concrètes.
"en tant que "je" nous sommes vide" écrit Joaquim. Cela résume bien cette nouvelle intrication, limpide et obscure, complexe et en même temps très simple de ce que j'observe dans l'instant: ce qui est et ce que je crois être; ce que je suis suis et ce que je ne suis pas; ce que j'observe et ce que je pense; tout cela enveloppé dans le mystère au delà des mots qui créé et enferme tout cela dans un joli paquet surprise.
Quel beau sujet d'étude et d'observation (et non de spéculation ou de discussion). Il suffit pour cela d'un peu d'attention à ce qui est. Ce n'est pas l'éveil qui est important, c'est le fait de ne pas se rendormir ou plutôt celui de prendre conscience qu'on vient de se rendormir. Mais étant à la fois juge et partie, la pire situation est bien de se croire éveillé alors qu'on est en plein sommeil.  |
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Petit Scarabée
Inscrit le: 18 Nov 2007 Messages: 9 Localisation: Alpes de Haute-Provence, France
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Posté le: Ve 09 Oct 2009 10:17 Sujet du message: |
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Bonjour Guirec et Octave !
Nous sommes aussi, il ne faut pas l’oublier, des êtres de chair et de sang, des êtres vivants avec des réactions biochimiques... La dépression (et son point ultime, le passage à l’acte, le suicide) a une origine bien concrète dans le cerveau… Sous l’effet du stress, d’un traumatisme, certaines hormones, nécessaires à notre équilibre psychique, ne sont plus secrétées. La souffrance peut être tellement grande et insupportable, que l’esprit ne désire plus qu’une seule chose : « que cela cesse, par pitié ». Cette détresse morale peut être tellement intense que la seule porte de sortie « possible », c’est la cessation de tout, la fuite dans la mort… A ce stade, je ne suis même pas sûre qu’on puisse parler d’ego, pour tout dire, submergé qu’il est par la souffrance à l’état pur…
Les progrès de la technique et de l’imagerie médicale ont mis en évidence ces processus biochimiques… Dont avaient eu l’intuition, depuis l’aube des temps, les sages de toutes les cultures ! Car dans le silence, la prière, la méditation, le cerveau adopte un mode de fonctionnement différent, et secrète – Ô miracle ! ces substances qui nous permettent d’aller bien…
Si vous avez un peu de temps devant vous, je vous invite à regarder ce film qui dure une cinquantaine de minutes :
| Citation: | | http://www.onf.ca/film/cerveau_mystique/ |
Bien amicalement,
Isa-Petit-Scarabée _________________ Vive la différence qui enrichit ! |
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Petit Scarabée
Inscrit le: 18 Nov 2007 Messages: 9 Localisation: Alpes de Haute-Provence, France
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joaquim Administrateur
Inscrit le: 06 Août 2004 Messages: 7128 Localisation: Suisse
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Posté le: Ve 09 Oct 2009 21:17 Sujet du message: |
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Bonjour Guirec. et Petit Scarabée,
Bonjour octave, heureux de te relire.
C'est amusant que tu ressortes ce texte sur la mort, parce que je l'avais écrit justement en réponse à un message de Guirec, à l'époque. Comme quoi même si on change, on reste fidèle à certaines questions.
L'ego est solitude, comme tu nous le rappelle justement, octave, et comme tu dis l'avoir découvert avec effroi il y a plus de 35 ans. Une telle découverte marque une frontière entre un "avant" et un "après". On peut mettre cette certitude de côté, s'habituer à elle pour que sa morsure ne nous déstabilise plus, mais on ne peut pas l'oublier. En se cens, elle est comme l'éveil — dont elle est en quelque sorte la contre-partie, puisque l'éveil, c'est réaliser que "je" n'est pas la solitude qu'il se croyait être, mais l'êtreté du monde. Et l'éveil aussi, on peut le perdre de vue, retomber dans des enfermements, mais on ne peut pas l'oublier. Une fois qu'on a vu, on sait.
Petit Scarabée, tu soulignes la dépendance dans laquelle on se trouve vis-à-vis du bon fonctionnement de notre organisme. On n'aime pas tellement le reconnaître, mais on est bel et bien un produit de notre chimie intérieure. Certaines substances sont capables de nous précipiter dans l'angoisse, d'autres de nous propulser au paradis. Pourtant, l'angoisse qui nous saisit lorsqu'on réalise qu'on est solitude, cette saisie primordiale de notre vérité existentielle, elle ne saurait être gommée par des substances. Calmée, oui, peut-être, mais on ne peut s'empêcher de savoir, une fois qu'on a su.
J'avais raconté dans l'interview avec Oniris une expérience d'angoisse que j'avais faite presque vingt ans après l'éveil, dans un contexte un peu particulier, en particulier en raison de la prise de marijuana (cf. ICI). Une telle expérience, même si elle est précipitée par un contexte, aussi bien psychologique, environnemental que chimique, conduit à une découverte qui ne dépend pas, elle, de la chimie. Inversement, le contexte n'est nullement indifférent pour que survienne une telle expérience, et on rejoint ici ce qu'entendait mauvaiseherbe dans cet autre fil, lorsqu'elle parle d'un équilibre nécessaire à atteindre entre le corps, l'émotion et la pensée, pour que puisse survenir le décollement de sa propre adhérence à soi. Je crois qu'il y a là effectivement des choses que pour ma part en tous cas je ne cerne pas bien, qui sont concrètes, voire matérielles, et qui ont une incidence certaine sur nos dispositions à nous élever au-dessus de nous-mêmes. Je ne les cerne pas bien, mais je sais, pour ce qui me concerne, quelles elles sont, et j'ai appris à les respecter. Je dirais même que respecter ces exigences-là, les exigences de son corps, en quelque sorte, c'est se fier à un guide précieux.
Mais j'en viens au coeur du problème que tu soulèves, Guirec. L'ego a si peur de mourir, parce qu'il sent bien qu'au fond, il n'est que du vide. Alors il se raccroche à tout ce qui est capable de meubler ce vide pour faire illusion sur la terrible vérité. Tant que ce vide est ainsi meublé, il est supportable, voire confortable. Cela permet d'oublier qu'on est seul. Ainsi sustenté, on peut même se lâcher, se laisser happer par des émotions qui nous emmènent au-delà de soi, vers de vraies rencontres. Mais si par malheur toute cette vie intérieure se trouve tarie — et c'est précisément ce qui se produit dans la dépression —, le vide redevient vide, et c'est insupportable. Je pense comme Petit Scarabée que "la détresse morale peut être tellement intense que la seule porte de sortie « possible », c'est la cessation de tout, la fuite dans la mort… A ce stade, je ne suis même pas sûre qu'on puisse parler d'ego, pour tout dire, submergé qu'il est par la souffrance à l'état pur…" Cette souffrance à l'état pur, je crois au contraire que c'est précisément cela, l'ego. C'est ce qu'il est lorsque plus rien d'autre ne vient le distraire de lui-même. L'ego, c'est un geste de saisie, d'appropriation, de fermeture. Tant qu'il se ferme sur quelque chose, il a l'illusion de posséder, donc d'exister. Mais lorsqu'il se referme sur rien d'autre que lui-même, il se retrouve enfermé dans le vide qu'il est. C'est une angoisse mortelle. Mais peut-être, avant de se supprimer, ce qui serait son ultime tentative de saisir et de reprendre le contrôle, réalisera-t-il que s'il souffre, c'est qu'il n'est peut-être pas, en fin de compte, totalement vide et désert. S'il parvient à faire de cette souffrance qu'il est, non pas un nouveau geste de fermeture qui le conduirait à se supprimer lui-même, mais une question, une question qui se pose — et elle se pose avec la plus grande acuité qui soit —, s'il parvient à s'ouvrir comme la question qu'il est, alors tout bascule. La magnificence du monde lui répond, elle s'ouvre devant lui. Non pas vraiment devant lui, en fait, mais en lui, car il est vide, et précisément parce qu'il est vide, il est ce en quoi tout se passe. Mais le rapport n'est plus un rapport de possession, d'inclusion, d'avoir, mais d'être. Il est ce qui est, il est Je Suis, il est l'êtreté de ce monde qui déroule en lui la magnificence de sa manifestation. Il est l'éternité immuable de l'être. |
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octave
Inscrit le: 15 Juin 2007 Messages: 78 Localisation: centre
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Posté le: Sa 10 Oct 2009 20:28 Sujet du message: |
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Joaquim a écrit | Citation: | | S'il parvient à faire de cette souffrance qu'il est, non pas un nouveau geste de fermeture qui le conduirait à se supprimer lui-même, mais une question, une question qui se pose — et elle se pose avec la plus grande acuité qui soit —, s'il parvient à s'ouvrir comme la question qu'il est, alors tout bascule. La magnificence du monde lui répond, elle s'ouvre devant lui. Non pas vraiment devant lui, en fait, mais en lui, car il est vide, et précisément parce qu'il est vide, il est ce en quoi tout se passe. |
Je pose une question naïve : que veut dire exactement « comment transformer cette souffrance en question » ; De quelle question s’agit-il ? Pourrais-tu être un peu plus explicite car je ne pense pas qu'il s'agisse réellement d'une question. Cela me trouble d'autant plus que je connais bien cette « angoisse mortelle de l’ego qui se trouve enfermé dans le vide qu’il est, de cette « peur de me retrouver enfermé en moi pour l’éternité ».
Et en même temps, je partage totalement la dernière phrase de la citation "c'est précisément parce qu'il est vide qu'il est ce en quoi tout se passe". |
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joaquim Administrateur
Inscrit le: 06 Août 2004 Messages: 7128 Localisation: Suisse
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Posté le: Di 11 Oct 2009 14:24 Sujet du message: |
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Bonjour octave,
Voilà une question difficile... Parce qu'elle interroge à la fois les deux versants de la vie: le versant naturel, animal, biologique, et le versant métaphysique. Mais ne sommes-nous pas continuellement à la croisée de ces deux chemins? Ne sommes-nous pas la crête qui surplombe ces deux versants? Pas étonnant qu'on puisse être parfois saisis de vertige...
Tout d'abord, tu dis: « comment transformer cette souffrance en question ». Je n'avais en fait pas suggéré qu'il faille transformer la souffrance en question, mais plutôt qu'on accepte qu'elle puisse être une question sans réponse, ce qu'elle est fatalement. Une simple question, lancinante. Parce que paradoxalement, c'est la recherche effrénée d'une réponse qui crée la souffrance. Et que si on laisse la souffrance être simplement la question qu'elle est, sans chercher à la neutraliser par une réponse qui de toutes façons ne viendra pas, on fait en soi-même un certain mouvement, celui de se mettre debout, de sortir d'un état de passivité subi, on assume ce qu'on est, toute la souffrance qu'on est, et ce mouvement d'assomption, c'est la seule vraie réponse à la souffrance.
| joaquim ici a écrit: | | Tu avais raconté de manière poignante dans l'ancien forum, mauvaiseherbe, cet événement où ton impuissance et ta colère contre l'injustice et la violence étaient parvenues à un point tel que tu mis en doute le dernier socle sur lequel tu pouvais encore prendre appui, tu demandas des comptes à Dieu. Autrement dit tu acceptas de ne prendre appui sur plus rien, ni même sur lui, et ne te tins plus que sur la fine pointe de ta question, dans laquelle se condensait tout ce que tu étais. Tu t'apparus soudain, et le monde à travers toi. Tu n'étais plus cette chose palpitante et blessée, tu étais, tu faisais acte d'exister, tu amenais l'entièreté du monde à exister parce que tu étais là, toi, entièrement ouverte pour l'accueillir. C'est cet acte de foi, non pas en un dieu-chose (toute idée de Dieu n'est qu'une chose), mais dans la vie que l'on est, cette vie que l'on devient lorsqu'on ose se dresser comme une simple question, soutenue par aucun autre appui qu'elle même. |
Mais cela ne résout pas pour autant, je le sens bien, le deuxième volet de ta question:
| octave a écrit: | | Cela me trouble d'autant plus que je connais bien cette « angoisse mortelle de l'ego qui se trouve enfermé dans le vide qu'il est, de cette « peur de me retrouver enfermé en moi pour l'éternité ». |
Il y a là-dessous une angoisse qui est peut-être bien d'origine métaphysique, mais qui s'enracine dans la biologie. C'est un point qui avait été abordé sur l'ancien forum: voir l'article sur Winnicott et sur l'Autre.
C'est là l'origine de la tragédie — ou du miracle, c'est selon — de la conscience humaine. Elle se crée en rapport à l'autre, elle naît en réponse à cet autre, c'est dans son regard qu'elle trouve l'appui qui lui permet d'exister, en même temps qu'en se construisant, elle se définit comme autre, justement, que cet autre. Autrement dit, ce sur quoi elle s'appuie, pour se sentir exister : l'autre, c'est pour elle du vide, quelque chose qui lui est par définition extérieur. De sorte qu'elle est tributaire de la qualité du lien que lui offre cet autre, en particulier les personnes, et la mère plus que toutes, qui ont déterminé la manière dont elle s'est construite, sans avoir elle-même aucune prise sur lui. Il faut que ce lien ait été suffisamment porteur, pour que l'enfant, même si sa mère par moments l'abandonnait, ne plonge pas dans l'angoisse d'être seul, abandonné à lui-même. Car c'est cela qui ressurgit à l'âge adulte, dans toutes les formes de troubles anxieux: le sentiment de risquer de se retrouver seul (même dans une foule), sans soutien, sans pouvoir obtenir de l'aide. L'archétype de l'angoisse, c'est le sentiment qu'a le nourrisson que sa mère le porte mal, qu'elle risque de le laisser tomber. Le traitement de l'angoisse vise à restaurer une confiance de base défaillante. Mais ce n'est jamais, d'un point de vue métaphysique, que restaurer une hallucination, comme le dit Winnicott. C'est parvenir à se convaincre que l'on n'est pas seul, alors que précisément on l'est. Et pour certains, l'avoir vu avec une totale acuité, rend impossible le retour en arrière, dans l'hallucination.
L'autre voie, c'est découvrir, au plus profond de cette solitude que l'on est, ce qui nous fonde dans l'être, et qui nous relie de manière bien plus intime qu'on n'aurait jamais pu l'imaginer, à tout ce qui est. Parce qu'être conscient de soi, du moment qu'on a reconnu que "soi" n'est rien d'autre qu'un vide, c'est être conscient de rien, d'aucun objet, juste d'être. Être conscient de soi, c'est être. Dit comme cela, ce n'est qu'une phrase. Oser le faire, franchir le pas, se saisir comme pur être, c'est faire éclater la bulle de savon qui nous retenait prisonnier. Celle qu'avait construite autour de nous tous ces regards auxquels on se raccrochait, mais qui n'étaient, en fin de compte, que le fruit de notre propre hallucination. |
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daniel
Inscrit le: 15 Fév 2006 Messages: 11248 Localisation: belgique
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Posté le: Di 11 Oct 2009 14:27 Sujet du message: |
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guirec dit :
| Citation: | De votre point de vue, quel ressort utilise l'ego pour aller jusqu'a se trucider ? Je ne parle pas du besoin de reconnaissance que je comprends parfaitement, mais de cette décision soudaine d'en finir. L'ego, qui a si peur de mourir, se liquide lui-même. J'avoue ne pas comprendre.
Merci de vos contributions. |
il me semble, en fait, que tout en arrivant au bout du rouleau (comme l'explique très bien isa-petit scarabée), alors que l'on veut en finir avec la souffrance vécue, quelquepart, fort de son égo qui tapit dans l'ombre, on croit, toujours, dans ce même mouvement, que l'on ne mourra pas ... c'est là le propre de l'égo, non !? ... le fait de se penser, en tant que "moi", immortelLE (on a l'impression d'être permanent ...) ... (bien que le "moi" soit un peu schizo, d'une part, il se sent invincible, d'autre part, ce qui le rend avide, gourmand, possessif, semble, justement, semble être le fait, qu'il a peur de manquer, et donc, peut-être aussi, de ne pas survivre à lui-même... est-ce, parce qu'il sait, dans un coin d'sa tête, qu'il est en fait fragile, éphémère, "mortel" ... !?) ...
cher joaquim, personnellement, j'en suis arrivé à la "conclusion" ( que cet "espace-Je", le "Je Suis", était toujours lié au corps, après que le "Je" se soit dépouillé de ce qui le qualifiait (je suis ceci, je suis cela, le "je personnel", de ses attributs, donc ...), quand est-il pour toi, en tant qu'"espace-Je", en tant que "Je Suis", continue-t-il d'exister, après la mort du corps ? |
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Alain V
Inscrit le: 24 Fév 2007 Messages: 7212
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Posté le: Di 11 Oct 2009 18:36 Sujet du message: |
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| joaquim a écrit: | Voilà une question difficile... Parce qu'elle interroge à la fois les deux versants de la vie: le versant naturel, animal, biologique, et le versant métaphysique. Mais ne sommes-nous pas continuellement à la croisée de ces deux chemins? Ne sommes-nous pas la crête qui surplombe ces deux versants? Pas étonnant qu'on puisse être parfois saisis de vertige...
Tout d'abord, tu dis: « comment transformer cette souffrance en question ». Je n'avais en fait pas suggéré qu'il faille transformer la souffrance en question, mais plutôt qu'on accepte qu'elle puisse être une question sans réponse, ce qu'elle est fatalement.
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Il y a beaucoup de choses dites ici et je voudrais réagir. C'est vrai que nous sommes des etres biologiques et physiques autant que métaphysiques. Je participe depuis un an à un forum de philosophie et j'ai fini par me rendre compte, au cours des discussions, qu'il était très difficile d'accepter cette double réalité. La plupart du temps, les uns ne considèrent que la réalité matérielle du monde et en bons matérialistes cherchent par tous les moyens à prouver que l'esprit est un produit de la matière. Les autres, les idéalistes, cherchent à prouver le contraire. Et je crois avoir compris , en approfondissant les discussions, que les matérialistes assignaient à la matière des limites, leurs limites, lui interdisant en quelque sorte de se " spiritualiser ". Et inversement.
De fait il me semble que ce paradoxe, matière / esprit est finalement inhérent au monde, le monde "renfermant "en lui toutes les thèses et toutes les antithèses.
Et qu'est ce que cela signifie pour nous ? A mon avis c'est la preuve meme que le mouvement du monde ne peut jamais avoir de fin, car toute fin supposée ne peut conduire qu'à un nouveau commencement, puisque toute thèse rencontre toujours son antithèse. Autrement dit que la " question " ne peut jamais rencontrer de réponse pas plus qu'elle ne peut avoir d'origine.
Mais nous parlons ici d'absolu. Je crois pour ma part que le monde relatif est également réel. Je pars du principe que tout ce qui EST est réel. J'ai eu la dessus des discussions mouvementées et interessantes avec un partisan de Bouddhisme...ainsi je pense que nous portons en nous le dualisme d'une double nature qui nous conduit graduellement à notre vérité par un processus que l'on peut qualifier d'évolutif. En somme je suis tombé dans la " marmite " concoctée par Sri Aurobindo...et je m'y sent bien.  |
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joaquim Administrateur
Inscrit le: 06 Août 2004 Messages: 7128 Localisation: Suisse
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Posté le: Di 11 Oct 2009 21:09 Sujet du message: |
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| daniel a écrit: | | cher joaquim, personnellement, j'en suis arrivé à la "conclusion" ( que cet "espace-Je", le "Je Suis", était toujours lié au corps, après que le "Je" se soit dépouillé de ce qui le qualifiait (je suis ceci, je suis cela, le "je personnel", de ses attributs, donc ...), quand est-il pour toi, en tant qu'"espace-Je", en tant que "Je Suis", continue-t-il d'exister, après la mort du corps ? |
Bonjour Daniel,
Tu donnes la réponse toi-même dans un autre fil: "la question ne se pose, effectivement, qu'à travers le cadre illusoire de la dualité ..."
Je Suis, ce n'est pas moi en tant que je suis ceci ou cela, c'est un geste, c'est le verbe être. C'est ce en quoi tout arrive. Comment pourrait-il être dépendant d'un corps ? Tout, y compris ce corps, se déroule en lui. Il est ce qui englobe tout, ce qui se tient en retrait de toute saisie possible. Dire de lui qu'il est matière, c'est l'enfermer, le limiter, et donc le perdre. Dire qu'il est esprit, c'est la même chose. On ne peut rien en dire, sans le limiter aussitôt, et donc le trahir. |
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joaquim Administrateur
Inscrit le: 06 Août 2004 Messages: 7128 Localisation: Suisse
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Posté le: Di 11 Oct 2009 21:15 Sujet du message: |
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| toniov a écrit: | | ainsi je pense que nous portons en nous le dualisme d'une double nature qui nous conduit graduellement à notre vérité par un processus que l'on peut qualifier d'évolutif. |
Bonjour toniov,
J'aurais tendance à dire que nous créons la dualité parce que nous sommes aveugles (mais quel étrange maléfice nous atteint donc là ?...) à ce que nous sommes tout simplement. Notre aveuglement crée une deuxième réalité qui masque la première, une réalité virtuelle, purement représentée. Et le pompon, si j'ose dire, c'est que c'est au sein de cette réalité représentée que naît une soif d'absolu, qui ne pourra pourtant jamais trouver son étanchement dans cette réalité-là, mais uniquement dans l'autre, dans la réalité première, la vraie, celle qui précisément échappe. J'aurais tendance à dire que la soif d'absolu, c'est l'expression, à l'intérieur de la réalité seconde, de la nostalgie de la première. Autant dire que jongler avec les concepts et les représentations ne nous en rapprochera jamais d'un pouce. Soit on reste prisonnier du monde virtuel de la représentation, soit on perce cette prison de papier et on Est. Du coup, je ne suis pas si sûr, pour ma part, que le processus qui nous conduise à notre vérité soit évolutif. On s'y prépare, certes, on crée des conditions propices à son éclosion, mais l'éclosion elle-même, c'est un basculement. |
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Alain V
Inscrit le: 24 Fév 2007 Messages: 7212
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Posté le: Di 11 Oct 2009 21:39 Sujet du message: |
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Merci de ta réponse, Joaquim.
Je pourrai dire que c'est un constat: tout ce qui se fait, dans ce monde , est graduel. Meme les plus grands Maitres ont eu une " période de préparation " avant de " basculer " dans l'eveil. Krishnamurti, Aurobindo, Ramana Maharshi...etc.
C'est ce que j'appelle " notre cheminement ".
Et tu constateras meme que leurs " eveils " ne se ressemblent pas. C'est ce qui m'a stupéfait lorsque j'ai creusé leur enseignement. Je me suis rendu compte qu'entre eux, ils n'étaient pas forcément sur la meme longueur d'onde...
Ce qui signifie que le mental est toujours présent, meme lorsque de grandes réalisations ont eu lieu. |
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joaquim Administrateur
Inscrit le: 06 Août 2004 Messages: 7128 Localisation: Suisse
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Posté le: Lu 12 Oct 2009 0:04 Sujet du message: |
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| Bien sûr, tu as raison, toniov, le cheminement est graduel. Rien dans notre monde soumis à la durée ne saurait être autre que graduel. Sauf, peut-être, l'accession à ce qui se trouve hors de la durée... |
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daniel
Inscrit le: 15 Fév 2006 Messages: 11248 Localisation: belgique
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Posté le: Lu 12 Oct 2009 6:04 Sujet du message: |
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| joaquim a écrit: | | daniel a écrit: | | cher joaquim, personnellement, j'en suis arrivé à la "conclusion" ( que cet "espace-Je", le "Je Suis", était toujours lié au corps, après que le "Je" se soit dépouillé de ce qui le qualifiait (je suis ceci, je suis cela, le "je personnel", de ses attributs, donc ...), quand est-il pour toi, en tant qu'"espace-Je", en tant que "Je Suis", continue-t-il d'exister, après la mort du corps ? |
Bonjour Daniel,
Tu donnes la réponse toi-même dans un autre fil: "la question ne se pose, effectivement, qu'à travers le cadre illusoire de la dualité ..."
Je Suis, ce n'est pas moi en tant que je suis ceci ou cela, c'est un geste, c'est le verbe être. C'est ce en quoi tout arrive. Comment pourrait-il être dépendant d'un corps ? Tout, y compris ce corps, se déroule en lui. Il est ce qui englobe tout, ce qui se tient en retrait de toute saisie possible. Dire de lui qu'il est matière, c'est l'enfermer, le limiter, et donc le perdre. Dire qu'il est esprit, c'est la même chose. On ne peut rien en dire, sans le limiter aussitôt, et donc le trahir. |
damned ! mais c'est bien sûr !
où c'est qu'j'ai mis mon suppo., ma ... typo, mon bip, ho ! ...
v'là qu'ça s'ouvre, que ça sonne, qu'ça prend forme ! déconne pas dan, faut qu'ça reste fluide !...
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