Regards sur l'éveil
Café philosophique, littéraire et scientifique
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Guy Mauchamp
Inscrit le: 01 Oct 2009 Messages: 26 Localisation: Dijon - France
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Posté le: Ma 08 Déc 2009 15:29 Sujet du message: Bonjour Joakim et à vous tous, ...je me présente |
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Bonjour Joakim et à vous tous,
J’ai découvert avec bonheur votre site il y a quelques semaines et ai pris le temps d’en lire une grande partie, d’imprimer des pages pour les relire au café, suivi les forums… ceci avec le plus grand intérêt.
L’histoire de Joakim (café-éveil.org/interview.html) m’a particulièrement interpellé car je retrouve beaucoup de points semblables à mon histoire et cela m’a permis un éclairage plus limpide. Aussi, je tiens à le remercier pour la qualité et l’utilité de son site.
J’aimerais évoquer mon histoire avant d’échanger avec vous sur ce qui me passionne ici : l’éveil.
Je suis désolé pour la longueur (3 pages pour résumer 36 ans de quête), mais ici le fait de parler est pour moi une sorte d’exorcisme du silence : en effet, les premières ouvertures à l’éveil sont apparues à mon adolescence et j’avais toujours gardé le silence. Bien que ces vécus soient d’une évidence absolue, j’ai tenté de mettre de la clarté dans mon esprit mais toujours sans en partager un mot, même avec les guides spirituels que j’allais rencontrer par la suite.
Voilà donc, avec la publication de ce vécu sur ce site une autre étape, celle de la communication et du partage avec vous (en précisant qu’il n’est pas indispensable de le lire pour échanger…).
Cette histoire, qui est « mon » histoire, pourrait tout à fait débuter par « Il était une fois, un enfant issu d’une famille… ». Concernant notre identité profonde, il n’est pas anodin de souligner que tout récit usant de représentation et de mémoire se réfère donc à une personne qui n’existe au moment où j’écris que comme une notion. Les formules « je », « mon », « moi » ne sont que des conventions narratives. Ce rappel n’est pas un simple effet d’auteur mais bien un préliminaire nécessaire pour aborder le thème de notre nature profonde.
Aussi…
« J’étais un enfant issu d’une famille française aisée dans laquelle on ne parlait ni de piritualité, ni de religion. Par coutume, j’avais reçu le traditionnel enseignement catholique. Celui-ci me laissait distant, y voyant plutôt une sorte de théâtre de croyances et d’hypocrisies.
A l’adolescence j’étais surtout préoccupé par les copains, les motos, ma guitare. Mais j’avais aussi un jardin intérieur dans lequel je me donnais des rendez-vous secrets avec moi-même.
J’écoutais seul de la musique et je ressentais un basculement : ma perception entrait en expansion avec une grande légèreté hors des limites corporelles. Dans le même temps, mon corps était toujours bien présent et inclus dans mon attention, avec plus de présence à la respiration. Je contactais en plus une dimension subtile, plus vaste que celle du corps physique.
Dans mon innocence d’adolescent j’avais remarqué que cela n’avait rien à voir avec la pensée et la volonté. Un jour je tentai avec une certaine appréhension une nouvelle expérience : j’essayais de ne plus focaliser mon attention sur la musique mais plutôt sur l’arrivée de nouvelles pensées étrangères à la musique. Je fus très soulagé et absolument ravi de constater que la pensée était tout à fait indépendante à ces phénomènes et n’avait aucune capacité à guider quoi que ce soit. Je compris qu’il était possible dans le même instant d’être en osmose avec la musique, de percevoir une dimension sans limite et d’observer le train de pensées qui n’altère en rien ce vécu.
Je pouvais aussi me percevoir comme étant un minuscule point au sein de l’espace. Plus l’attention s’y concentrait plus il se réduisait à l’infiniment petit mais dans le même instant, cela me plongeait dans la perception parallèle d’être sans limites, joyeusement dilaté dans l’infiniment grand.
Ces jeux m’étaient précieux car ils me permettaient de retrouver quelque chose d'essentiel que je formulais intérieurement ainsi : “c’est d’ici que je viens, j'en suis certain, et là c’est la vraie vie ! ” .
Je ne parlais jamais de ces jeux intérieurs à personne et c’est plus tard, à 18 ans, que deux instants d’éveil sont apparus abruptement alors que je n’avais jamais rien entendu à ce sujet.
La première ouverture s’est déclenchée en écoutant de la musique indienne. J’étais à la fois étonné et curieux, mon attention se focalisait sur la mélodie, comme je le faisais dans mes jeux secrets d’adolescence. Mais, sans crier gare, la musique a pris soudainement toute la place, il n’y avait plus qu’elle. La notion habituelle de distance entre les haut-parleurs et mes oreilles avait complètement disparu, si bien que j’entendais la musique en moi, qui semblait se jouer dans toute mon étendue illimitée, ce qui lui donnait un relief, une présence vivante et cristalline. Il n’y avait plus qu’écoute sans effort, et la musique semblait émaner de moi-même tout en sachant que j’en étais également l’auditeur émerveillé (un paradoxe insoluble pour la pensée !).
Alors que l’écoute n’était plus limitée, la mélodie et le rythme « parlaient » de cycles cosmiques, de naissance de la Vie et de l’Amour qui sont partout présents dans l’univers. Tout cela préexistait dans l’instant et n’avait pas de durée. C’était infiniment joyeux et paisible.
Le deuxième instant d’éveil concernait la notion d'espace. Cela a débuté très banalement, j’allais de ma chambre à la salle de bain, rien de plus ! Mes concepts habituels d’espace se sont soudainement dissous. Une compréhension claire se vivait là : il n’y a pas de véritable distance entre moi et la chambre, le couloir et la salle de bain. J’étais déjà par nature tout cela en ces différents endroits tout en sachant que mon corps, lui, était bien en train de marcher normalement dans le couloir. Dans cet autre paradoxe apparent, j’étais témoin d’une façon d’être très naturelle et évidente à travers une aperception sans frontière, sans coloration. Il n’y avait aucune hallucination, seulement le concept d'espace limité et local devint un vécu illimité et global. Il ne s’agissait pas de perception comme nous l’entendons habituellement à travers nos cinq sens. On pourrait parler d’aperception pour reprendre le terme de Jean Klein (Transmettre la lumière – Jean Klein – Les éditions du Relié).
Une qualité baignait ces deux expériences, celle de l’absolue évidence. D’ailleurs, absolue évidence serait un autre nom que je donnerais volontiers à l’éveil, comme le suggère aussi Jeff Foster . Il n’y avait pas la moindre place pour une question ou l’ombre d’un doute. Tout se sait naturellement dans une grande nudité fulgurante. Il s’en suit une grande tranquillité, une paix limpide.
L’expérience s’estompant, les préoccupations de mes 18 ans sont revenues sur le devant de la scène, mais j’étais sous le choc. A la fois saisi par le côté radical de « l’absolue évidence » et d’autre part, par la nécessité de plonger dans la vie avec les tentations qu’elle me proposait. C’est alors que j’avais eu une sorte de prémonition de ce que seraient mes apparentes prochaines années : j’ai maintenant à vivre une vie ordinaire, pendant longtemps mais un jour, je sais que je retrouverai CA, c’est évident !
L’identité Guy Mauchamp a donc repris son cours avec tous les aléas et vicissitudes ordinaires de la vie. De nombreuses apparentes années ont coulé sous les ponts sans que je ne me soucie des expériences de mon jardin intérieur, trop préoccupé à être persuadé de tenir les commandes de mon navire.
En fait les expériences de ma nature réelle étaient tombées dans un oubli profond, aussi je devins petit à petit un chercheur spirituel.
Je commençai alors à me passionner pour les livres traitant de psychologie, de psychanalyse (Carl Jung), et de spiritualité. Je me plongeai dans : le Livre de morts tibétains, le Tao Té King, les Upanisads, sans rien en comprendre et surtout sans faire aucun lien avec mes vécus, bien que je sentais une résonance inexplicable.
Je tentai différentes pratiques avec l’espoir non formulé de retrouver quelque chose enfoui au fond de moi. Je pratiquai le yoga, la méditation, l’aïkido puis le kinomichi, mais sans jamais que ces techniques résonnent avec ce que j’avais connu. Si bien que chacune des pratiques se concluait par un abandon.
Pendant cette période de recherches, d’autres ouvertures d’éveil sont venues me visiter, toujours par surprise et hors contexte de quête spirituelle. Je n’en raconterai qu’une ici, pour décrire le processus qui écartait dans mon esprit tout lien possible entre ces ouvertures et ce qui est devenu ma quête spirituelle :
Un jour, je me reposais au bord d’un petit lac de montagne, livré tout entier à la contemplation de ce merveilleux paysage, tout en ressentant une certaine soif. Sans crier gare, il n’y eut plus la séparation habituelle : moi regardant quelque chose là-bas, il n’y eut plus : moi – séparation – le lac, le monde. L’eau du lac est soudainement devenue mon essence. L’eau, moi, conscience de Cela = une même chose tout en étant présent à cela. Il était vu que toute l’étendue de ce tableau n’était qu’un.
L’évanouissement des limitations mentales était vécu en toute tranquillité et dans une grande simplicité. Il n’y avait plus les notions d’intérieur et d’extérieur, sans que cela soit qualifié d’extraordinaire par le mental. Cela avait le goût d’une profonde évidence, vaste et paisible, un absolu qui émanait du centre de moi-même. Il y avait une reconnaissance immédiate et cette évidence laissait de côté le cortège de questions, d’analyses et de jugement. Si bien que sur le moment je n’avais même pas relevé mentalement le caractère singulier de ce changement de perception.
La sensation de soif avait alors disparu, si bien que je me suis levé pour passer à autre chose. J’ai ensuite continué mon chemin comme auparavant, et les promeneurs que je croisai ne remarquaient rien chez moi car il n’y avait rien de changé.
Au beau milieu d’un parcours fait d’égarements amoureux et de tâtonnements professionnels, la vie me gratifia d’autres expériences d’Unité dans lesquelles ce qui est vu est moi-même voyant, ou encore, ce qui est entendu émerge et retourne dans le silence que je suis. Ce n’est pas quelque chose que « je » faisais, mais « Cela » se produisait très naturellement, sans le sentiment de subir ni de maîtriser « Cela », mais d’Etre Cela.
A cette époque, ce que l’on appelle l’ego dans les milieux spiritualistes m’était complètement étranger. Lorsque ces vécus se sont présentés, je n’ai pas du tout eu l’impression de dissolution d’un ego, comme le souligne aussi Joakim ( www.cafe-eveil.org/archives/reperes.html), pas non plus de disparition des pensées. Celles-ci continuaient leur cours, mais sans perturber le vécu d’unité. Ces commentaires s’y calquaient et ressemblaient à : « tiens, mais cette eau du lac, en fait, elle est en moi, oui, je sens que chacune des molécules de mon corps sont faites de cette eau. Plutôt c’est moi qui suis ce lac, … en fait l’eau est partout présente… d’ailleurs je n’ai plus soif… » Ces pensées étaient dociles et secondaires, tout comme au cinéma lorsqu’on lit les sous-titres sans pour autant être empêché de suivre l’histoire, les images, les sentiments.
Je ne parlai toujours pas de ces expériences, gardant silencieusement leur parfum en moi en évitant même de les inventorier, de les comparer. D’une part, parce que je ne possédais pas les concepts adéquats (y en a-t-il ?) et qu’il m’était très difficile de mettre des mots dessus. Une raison de cette difficulté est que l’éveil est ineffable comme le dit à nouveau Joakim.
D’autre part, dans mon entourage, je n’entendais jamais personne parler de ce genre de vécu. Mais surtout, j’avais appris à ne pas partager ce qui se passe en moi, à rester en retrait, dans le mutisme. Par crainte, voire par peur organique je gardais le silence. Il m’était ainsi plus confortable de ne pas m’exposer aux dénis des autres et réveiller ainsi mes propres doutes psychologiques.
Il ne me serait jamais venu à l’idée de me dire que j’avais vécu des expériences d’éveil, car pour moi cela c’était réservé à quelques sages et devait avoir un caractère bien plus extraordinaire, plus exotique. Jamais je n’aurais pu me dire que j’étais une personne éveillée. Ce silence m'a peut-être été de bon augure, me protégeant certainement d'une possible enflure de l'ego qui aurait eu là une riche matière à récupérer pour son compte.
Ainsi je menais ma barque tant bien que mal. L’éveil s’était présenté, mais je pensais que tout n’était pas réglé, loin de là. J’avais au plus profond de moi un trésor venu du ciel, le monde était un écrin d’harmonie cachée. Par contre, dans ma vie courante je ne voyais ni ne ressentais cette harmonie, cette unité chez les autres, ni dans ma relation avec les autres. Je n’avais pas réalisé ce paradoxe de l’unité incarnée dans l’altérité, la relation. J’avais en moi autant de désirs inextinguibles que de rejets violents de l’autre, et surtout un manque abyssal de l’autre, cruellement ravivé par une difficulté à me rapprocher des autres. Les contenus psycho-émotionnels de mon identité m’emportaient comme une lame de fond aveugle.
Après plusieurs années de thérapie à tenter de régler mes problèmes émotionnels et relationnels, j’ai entamé une quête spirituelle auprès de personnes reconnues dans le milieu de la non-dualité.
Il était devenu important pour moi de rencontrer des personnes vivant l’éveil en toute simplicité, dans un quotidien ordinaire et bien insérées dans la société. Ces critères étaient tirés de mon vécu : l’éveil ne change rien à la vie de tous les jours ! J’ai donc rencontré Francis Lucille, Marianne Dubois, Eric Baret, Stephen Jourdain, Jean-Marc Mantel, Douglas Harding, Thierry Vissac, Wayne Liquorman. Enfin, j’ai effectué un voyage à Bombay pour rencontrer Ramesh Balsekar.
La voie non-duelle exprimée par ces personnes m’apparut comme la plus en résonance avec mon vécu.
En leur présence je me sentais comme à la maison, apaisé, mais il y avait aussi une multitude de questions qui me venaient. C’est là que je plongeais en plein paradoxe : je me définissais comme un chercheur spirituel en quête d’éveil. Puis la quête s’est transformée en compréhension qu’il n’est pas possible d’atteindre l’éveil, il est clair que l’éveil se produit, je compris que cela émerge sans cause et en l’absence de la notion d’être une personne. Mais, insidieusement, je devenais une personne identifiée à sa non attente de l’éveil… Ensuite je me définissais comme ayant effectivement connu des échantillons divins mais qui nécessitaient la stabilité dans une réalisation permanente. J’avais la notion insistante qu’il devait y avoir une présence permanente de quelque chose d’éveillé plutôt que rien.
Il a fallut un certain nombre d’années pour réaliser que la notion d’un moi séparé s’émisse dans toutes les opportunités qui peuvent être saisies après coup, même celles de l’éveil. L’ego récupère, recycle, fait un objet de l’éveil et ensuite invente des projets projetés dans un futur. Ainsi, la notion devenir un éveillé permanent est encore une projection de l’identification. Voir ce jeu d’allers et venues permet de l’accueillir comme étant ce qu’il se passe au sein de la conscience et rien d’autre. Comme le dit magistralement Tony Parson : Vouloir devenir éveillé est le déroulement de ce qui Est et c’est sans problème, c’est absolument parfait. Il y a l’idée qu’il faut obtenir quelque chose comme l’éveil jusqu’à ce qu’il ait la réalisation que cela ne peut être obtenu car vous êtes déjà ce qui Est. Il n’est rien qui ne soit Unité (Tout ce qui est – Tony Parsons – Ed L’originel)
L’épilogue de « mon » histoire pourrait reprendre la prétendue prémonition de mes 18 ans : j’ai maintenant à vivre une vie ordinaire pendant longtemps, mais un jour, je sais que je retrouverai CA, c’est évident ! pour la suggérer finalement par la proposition suivante :
Une vie ordinaire se vit ici. Il n’y a personne qui ne retrouvera un jour l’éveil, car Cela n’a jamais été perdu. Cela Est tout ce qui EST, c’est évident !
Et maintenant, chers amis, tout déroulement d’une apparente histoire personnelle, d’une quête spirituelle, d’abandon d’une quête spirituelle, d’avoir l’éveil ou de ne pas l’avoir, se termine ici en refermant les guillemets ».
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Alain V
Inscrit le: 24 Fév 2007 Messages: 7212
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Posté le: Ma 08 Déc 2009 16:57 Sujet du message: |
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Guy,
Merci de ton témoignage.
Tu vas pouvoir parler avec ceux qui, ici, ont vécu des expériences similaires aux tiennes . |
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mushotoku-nad
Inscrit le: 31 Mars 2006 Messages: 257 Localisation: gard
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Posté le: Ma 08 Déc 2009 19:32 Sujet du message: |
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Bienvenue parmi nous, Guy
Merci pour ce témoignage |
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daniel
Inscrit le: 15 Fév 2006 Messages: 11248 Localisation: belgique
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Posté le: Ma 08 Déc 2009 21:03 Sujet du message: |
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bienvenu guy !
la première chose qui m'interpelle dans ton témoignage, c'est de voir, comment, tu as pu gérer "ce qui t'arrivait là",alors, que tu étais ado et jeune adulte, que manifestement, tu ne savais rien de cela ... !?
comment définissais-tu ce que tu vivais là ?
et depuis, quelle relation as-tu avec la musique ?
quelLE enseignantE, t'as le plus impressionné, quelLEs sont celles et ceux qui t'ont, le plus, "fait avancer" ?
voilà ...  |
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joaquim Administrateur
Inscrit le: 06 Août 2004 Messages: 7128 Localisation: Suisse
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Posté le: Me 09 Déc 2009 0:37 Sujet du message: |
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Bonjour Guy,
J'avais déjà réagi à un témoignage que tu avais fait sur le blog de José Le Roy et qui m'avait touché. Je suis content que tu viennes poursuivre l'échange ici.
Ce qui me frappe dans ton témoignage, c'est cet espèce de cloisonnement entre les moments de vécu non-duels et le cours quotidien de ta vie, tout au moins durant une longue période. Comme si ces moments, qui pourtant englobent tout, ne parvenaient pas à prendre racine dans ta vie de tous les jours. En même temps, cela témoigne d'une totale absence d'identification, cette usurpation illégitime qu'opère l'ego, si bien qu'on peut dire dans ce sens que tu étais d'une fidélité absolue au divin qui se donnait. C'est cette fidélité, j'imagine, qui a permis aussi que ces moments se répètent. Parce que les saisir, c'est les figer, et paralyser le mouvement libre qui les fait naître. Alors que les laisser partir sans les retenir, même pas dans sa mémoire, c'est les rendre à leur liberté originelle, et c'est faire confiance à la source d'où elles émergent. Cela illustre parfaitement le caractère paradoxal de l'éveil : une fois qu'il est survenu, et qu'on l'a identifié comme tel (il m'a fallu à moi aussi des années pour le faire), on court le grand risque de le chosifier, et il faut trouver le moyen de s'en dessaisir pour en préserver la virginité. Il doit devenir comme une respiration à laquelle on s'abandonne, quelque chose qu'on lâche dans la confiance de son retour.
Comme toi, durant des années, et cela malgré la fréquentation assidue d'un groupe d'étude anthroposophique, au sein duquel la question du cheminement spirituel était tout-à-fait centrale, je n'en ai jamais parlé. Je n'avais parlé que du "mal de front", une sensation physique de pression sur le front, comme venant de l'intérieur, située entre les deux yeux, qui m'accompagna en permanence durant des années à la suite l'éveil. Mais j'avais comme toi le sentiment très puissant que parler de ces états ou même simplement d'y réfléchir aurait constitué comme un viol de ce qui m'était donné. Et pourtant, contrairement à toi, je ne me contentais pas de les laisser survenir, parce que j'avais découvert le geste qui ouvre sur l'unité. C'était pour moi le suprême devoir que de l'accomplir, de sorte que ma vie sociale, comme aussi mes études, me semblaient à côté totalement accessoires. Je les suivais en touriste. Mais ma vie intérieure, j'y appliquais le plus grand sérieux. Ne pas accomplir le geste, cela me serait apparu comme une trahison vis-à-vis de la vie. Je ne le dis bien sûr pas pour toi, chaque parcours est différent. Au contraire, je trouve très touchant que n'aies jamais fait autre chose, à cette époque, que de te laisser visiter. En fait, j'en suis là moi aussi aujourd'hui. Il n'y a rien à atteindre, tout est là, il n'y a pas même de geste à faire, juste à cesser de vouloir autre chose que ce qui est. Quoique... c'est facile à dire quand c'est là. Mais quand on se retrouve déconnecté, il faut bien pagayer pour retrouver la maison. Mais encore une fois, on la trouve quand on cesse de la chercher ailleurs qu'ici. Mais pagayer n'est pas complètement inutile non plus, parce que cela intensifie notre présence, et que c'est elle, la maison. |
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Guy Mauchamp
Inscrit le: 01 Oct 2009 Messages: 26 Localisation: Dijon - France
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Posté le: Me 09 Déc 2009 16:47 Sujet du message: |
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Bonjour à vous tous,
En ouvrant le blog je suis assez stupéfait de voir aussi rapidement autant de messages d'accueil qui laissent entendre que vous avez pris la peine de me lire. Je dois vous avouer que j'en suis bouleversé, ému au bord des larmes... Mais tout de suite, puisque nous sommes ici pour parler conscience de soi, je vois là dans le même mouvement ce petit moi ému et l'embrasse du regard en sachant qu'il est accueillit sans que je sois cela... d'ailleurs c'est passé!
Bonjour Toniov
Très heureux de mettre un visage sur ton accueil pour le partage.
Bonjour mushotoku-nad
J'apprécie beaucoup ton site, les poèmes, les photos...merci.
Bonjour Daniel
Pour te répondre, Je n'ai pas eu l'impression de gérer quelque chose, cela c'est passé à travers le conditionnement de mon petit moi qui à fait que je n'ai pas définit ce vécu. D'autre part, avec le recul il est évident que l'absolu évidence de ce vécu fait qu'il n'a besoin de rien : aucune définition, aucun partage n'est requis pour le compléter ou l'achever car il est déjà tout ce qui Est.
Pour la musique, la compréhension claire de ce qu'est l'écoute fait qu'il n'y a pas de tentative de reproduire un vécu particulier car le vécu d'unité à travers la musique comme pour le reste est enfant de bohème : indomptable! Donc il se passe ce qu'il se passe, certaine fois une audition dans la plus grande des distractions...mais ce n'est pas grave. A part ça je continue de composer des chansons et de les enregistrer à la maison.
Pour les enseignants, le mot "impressionné" ne correspond pas vraiment à ce que je recherchais. Il était important pour moi de trouver une personne qui soit capable de mettre des mots clairs, des concepts ordonnés, qui laissent le mental en paix par rapport au vécu d'Unité. Cela à été un parcours souvent déchirant car même chez les plus "reconnus" il y a souvent de la confusion dans leurs paroles. Je ressortais de certains échanges très déboussolé car je leur faisais une confiance totale et les tendances à donner des conseils me replongeaient dans une dualité qui exacerbait les doutes de mon petit moi.
Je ne ferais pas de liste ni de podium car je porte ces rencontres au plus profond de moi, sachant que chaque "enseignant" à son propre style incomparable. Et je ne voudrais pas blesser ceux avec qui mon petit moi c'est blessé lui-même.
Bonjour Joaquim
Je suis très ému par ta réponse, merci.
Ta remarque me touche beaucoup. Effectivement il y a eu un cloisonnement qui empêchait de prendre racine dans le quotidien.
C'est un grand paradoxe que l'éveil, qui est un tout en soi, et se vit ensuite comme s'il y avait un besoin de l'identifier en mettant des mots dessus en sachant dès le départ que rien ne le définira ! ?
Le "caractère paradoxal de l'éveil" dont tu parles très bien est d'une grande subtilité à dévoiler.
Il me semble aussi qu'il n'y ait rien à atteindre (lorsque c'est vu!). Comme le dit avec la plus grande humilité Tony Parsons : "atteindre ou ne pas atteindre quelque chose, cela est toujours ce qui Est, et c'est parfait comme ça puisque nous sommes déjà Cela".
Merci encore |
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mushotoku-nad
Inscrit le: 31 Mars 2006 Messages: 257 Localisation: gard
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Posté le: Je 10 Déc 2009 1:33 Sujet du message: |
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| Joachim a écrit: | | Ce qui me frappe dans ton témoignage, c'est cet espèce de cloisonnement entre les moments de vécu non-duels et le cours quotidien de ta vie, tout au moins durant une longue période. Comme si ces moments, qui pourtant englobent tout, ne parvenaient pas à prendre racine dans ta vie de tous les jours. En même temps, cela témoigne d'une totale absence d'identification, cette usurpation illégitime qu'opère l'ego, si bien qu'on peut dire dans ce sens que tu étais d'une fidélité absolue au divin qui se donnait. C'est cette fidélité, j'imagine, qui a permis aussi que ces moments se répètent. Parce que les saisir, c'est les figer, et paralyser le mouvement libre qui les fait naître. |
Tiens! point de vue auquel je n'aurais jamais pensé, Joachim...
Cela ne m'est bien sur pas adréssé mais me concernait aussi.
La fidélité je la vivais complètement mais face a ce qui étais ma vérité de l'instant, et ma "vérité" d'alors était en general complétement identifiée.
C'est beaucoup plus "sympathique" comme point de vue que celui que j'avais entendu et fait mien.
J'ai effectivement plutôt entendu:"c'est parce que tu étais bouchée à l'emmeri que tu as eu besoin de tant d'expériences pour arriver enfin a ouvrir les yeux!!! ."
J'avais donc tendance a croire pour ma part, que c'est parce que cela ne parvenait pas a prendre racine dans ma vie que ces expériences c'étaient tellement multipliées.
| Guy a écrit: | Le "caractère paradoxal de l'éveil" dont tu parles très bien est d'une grande subtilité à dévoiler.
Il me semble aussi qu'il n'y ait rien à atteindre (lorsque c'est vu!). |
Lorsque c'est Vu, oui.
hé oui, Voir!
Si on ne veut rien ( et donc si on ne refuses rien non plus..),si on "n'attend" pas, on "n'atteint" rien .( tous mots d'action!!).
Mais si on lache ( pas si on abandonne faute de résultats, bien sur), si on accepte ce qui est là,( dans le sens acceuil bien sur, pas celui de complaisance...) on rentre dans l'espace libre qui Voit, et il y a se qui se passe de Soi.
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Guy Mauchamp
Inscrit le: 01 Oct 2009 Messages: 26 Localisation: Dijon - France
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Posté le: Je 10 Déc 2009 10:38 Sujet du message: |
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Bonjour Nad-tout-court et Joaquim
Je découvre ici qu'un témoignage peut se ramifier en aparté entre d'autres personnes, et c'est la merveille imprévisible de la vie, car jamais je n'aurais eu l'idée de répondre ce qui suit. Dans ce sens je vous remercie pour cet aspect "cafè" car il me permet un peu plus de clarté.
(toujours sans oublier que la facette "clarté" n'est qu'une partie de l'histoire de nos vies)
Nad tu dis :
| mushotoku-nad a écrit: |
La fidélité je la vivais complètement mais face a ce qui était ma vérité de l'instant, et ma "vérité" d'alors était en général complétement identifiée.
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Un thème que je n'ai pas évoqué apparaît ici avec la remarque de Joaquim, celui de la fidélité.
Pour moi cela n'est qu'une notion concernant notre nature réelle. Il n'y a pas du tout eu dans mon parcours cette notion de fidélité, ni en vécu ni en concept. l'immersion dans l'identification a été totale, sans appel, sans recours. L'oubli de l'éveil n'a pas été un déchirement car il a été total.
Un peu comme une graine d'éveil qui a été plantée dans un sol non fertile et que je piétinais en toute inconscience. Mais dans cette période d'apnée d'identification, la graine était là, prête à éclore à tout instant. Par la suite, il se trouve que l'éveil est à nouveau apparu, mais ce jaillissement soudain est a-causal. Cela advient !
Alors je me demande à quoi fait référence cette fidélité dont vous parlez ?
Avec mes amitiés |
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mushotoku-nad
Inscrit le: 31 Mars 2006 Messages: 257 Localisation: gard
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Posté le: Je 10 Déc 2009 16:43 Sujet du message: |
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Oui, Guy, c'est toute la richesse des échanges et du partage de points de vue différents...
| Guy a écrit: | Un thème que je n'ai pas évoqué apparaît ici avec la remarque de Joaquim, celui de la fidélité.
Pour moi cela n'est qu'une notion concernant notre nature réelle. Il n'y a pas du tout eu dans mon parcours cette notion de fidélité, ni en vécu ni en concept. l'immersion dans l'identification a été totale, sans appel, sans recours. L'oubli de l'éveil n'a pas été un déchirement car il a été total.
Un peu comme une graine d'éveil qui a été plantée dans un sol non fertile et que je piétinais en toute inconscience |
Oui... mais cela on le découvre effectivement lorsqu'on a découvert sanature réelle, ne crois tu pas?
La fidélité a soi même , tant que cela ne c'est pas réellement découvert dans son être profond, c'est simplement la fidélité à tous les mouvements, tous les désirs, pulsions et impulsions du "moi" identifié.
C'est déjà être "vrai" avec ce que l'on est, mais dans la séparation et l'ignorance totale de notre véritable nature, oui.
La notion de fidélité "change" alors: elle ne se rapporte donc plus à la même chose.
Pour ma part c'est aussi exactement ainsi que je le ressentais: la semence était tombée au kilo, dans une terre qui n'était pas prète encore à ce qu'elle croisse.
Mais cette semence c'est comme un feu qui couve, sous-jacent. Son action subtile peut être étoufée si nous revendiquons toujours le mouvement de la volonté et de l'action du moi identifié, mais chaque espace de vacance intérieure, chaque moment de lacher prise, chaque ouverture fait l'effet d'un appel d'air qui ravive la flamme cachée.
Elle oeuvre de soi, doucement au rythme de nos espaces de réceptivité et de vide de soi jusqu'a devenir un incendie qui brule tout ce qui n'est pas Fidélité à l'expréssion spécifique et juste de notre nature réelle.
Et plus elle oeuvre subtilement, plus cette voix intérieure qui nous dit "ce n'est pas ça" est perçue, jusqu'a s'imposer de maniére évidente et incontournable.
C'est pour ma part ainsi que je le ressens..
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joaquim Administrateur
Inscrit le: 06 Août 2004 Messages: 7128 Localisation: Suisse
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Posté le: Je 10 Déc 2009 22:03 Sujet du message: |
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| Guy Mauchamp a écrit: | Un thème que je n'ai pas évoqué apparaît ici avec la remarque de Joaquim, celui de la fidélité.
Pour moi cela n'est qu'une notion concernant notre nature réelle. Il n'y a pas du tout eu dans mon parcours cette notion de fidélité, ni en vécu ni en concept. l'immersion dans l'identification a été totale, sans appel, sans recours. L'oubli de l'éveil n'a pas été un déchirement car il a été total. |
Bonjour Guy,
Voilà une remarque qui va loin...
C'est bien parce que cette fidélité, tu ne te l'es pas appropriée, au point que tu ne saches même pas l'avoir exercée, qu'on peut justement parler à son propos de fidélité envers l'inappropriable. C'est comme si je disais à un enfant, que j'admire la qualité de son innocence. Il ne comprendrait pas de quoi je parle, parce pour le comprendre, il lui faudrait précisément sortir de cette innocence. Pour comprendre cette fidélité — au sens de se mettre en face, donc hors d'elle — tu devrais sortir d'une position qui précisément refuse de se mettre en face. Ce refus n'était pas exercé consciemment, parce que refuser consciemment, c'est déjà se mettre en face. On pourrait peut-être l'exprimer ainsi : ton être essentiel refusait de se laisser saisir par ton être duel (verbal). Les gestes principaux que l'on fait dans la vie, ce ne sont pas ceux qui sont le fruit d'une décision consciente, mais ceux qui nous révèlent. Fidélité, c'est peut-être le nom que tu aurais reçu dans une tribu indienne.
Mais alors, quel intérêt de mettre en mots, si le mot dégrade la chose qu'il désigne ? Pourquoi parler de fidélité, si le dire, c'est se mettre face à elle au risque de la perdre ? Parce que, comme tu le dis, les mots permettent le partage, et que si d'un côté ils enferment, ils savent aussi, si on les laisse faire, nous conduire dans des ramifications qui nous révèlent, dans une nouvelle lumière, la réalité que l'on est. C'est cela qui permet une meilleure incarnation dans la vie quotidienne. Parce que celle-ci est constituée avant tout par nos rapports avec autrui, et que ces rapports s'appuient toujours, d'une manière ou d'une autre, sur du langage.
On n'est pas des êtres d'un seul bloc, notre réalité n'est pas simple, elle est double, elle est divine et humaine, faite de nature et de langage. Les mots sont indissociables de notre condition humaine d'êtres pensants, en même temps que ce sont eux qui introduisent dans notre condition la dualité, autrement dit ce sont eux qui nous séparent de notre propre nature. Ils nous séparent de nous-mêmes, et pourtant, ils sont en même temps constitutifs de ce que nous sommes : c'est en effet grâce à eux que nous parvenons à la soi-conscience, et cette soi-conscience, c'est finalement elle, notre essence véritable. Tout cela semble contradictoire, et ça l'est, au niveau des mots. Pourtant, c'est l'exacte description de notre réalité scindée. Si on reste au niveau des mots, on demeure dans la dualité, et on ne voit pas ce qu'ils désignent. On ne peut pas voir l'illusion, tant qu'on est dans l'illusion. Les mots sont incapables à la fois d'être ce qu'ils sont, et de décrire ce qu'ils font. Ils séparent les deux opérations, et c'est cette propriété qui précisément nous plonge dans la dualité. Mais c'est elle seule aussi qui nous offre en l'autre un Soi qui ne soit pas simple réplique de soi-même, mais un mystère aussi insondable que le sien propre. C'est au fond de ce mystère que réside notre identité à chacun. |
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Guy Mauchamp
Inscrit le: 01 Oct 2009 Messages: 26 Localisation: Dijon - France
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Posté le: Ve 11 Déc 2009 9:23 Sujet du message: |
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| daniel a écrit: | bienvenu guy !
la première chose qui m'interpelle dans ton témoignage, c'est de voir, comment, tu as pu gérer "ce qui t'arrivait là",alors, que tu étais ado et jeune adulte, que manifestement, tu ne savais rien de cela ... !?
comment définissais-tu ce que tu vivais là ?
et depuis, quelle relation as-tu avec la musique ?
quelLE enseignantE, t'as le plus impressionné, quelLEs sont celles et ceux qui t'ont, le plus, "fait avancer" ?
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Bonjour Daniel
Pour te répondre, Je n'ai pas eu l'impression de gérer quelque chose, cela c'est passé à travers le conditionnement de mon petit moi qui à fait que je n'ai pas définit ce vécu. D'autre part, avec le recul il est évident que l'absolu évidence de ce vécu fait qu'il n'a besoin de rien : aucune définition, aucun partage n'est requis pour le compléter ou l'achever car il est déjà tout ce qui Est.
Pour la musique, la compréhension claire de ce qu'est l'écoute fait qu'il n'y a pas de tentative de reproduire un vécu particulier car le vécu d'unité à travers la musique comme pour le reste est enfant de bohème : indomptable! Donc il se passe ce qu'il se passe, certaine fois une audition dans la plus grande des distractions...mais ce n'est pas grave. A part ça je continue de composer des chansons et de les enregistrer à la maison.
Pour les enseignants, le mot "impressionné" ne correspond pas vraiment à ce que je recherchais. Il était important pour moi de trouver une personne qui soit capable de mettre des mots clairs, des concepts ordonnés, qui laissent le mental en paix par rapport au vécu d'Unité. Cela à été un parcours souvent déchirant car même chez les plus "reconnus" il y a souvent de la confusion dans leurs paroles. Je ressortais de certains échanges très déboussolé car je leur faisais une confiance totale et les tendances à donner des conseils me replongeaient dans une dualité qui exacerbait les doutes de mon petit moi.
Je ne ferais pas de liste ni de podium car je porte ces rencontres au plus profond de moi, sachant que chaque "enseignant" à son propre style incomparable. Et je ne voudrais pas blesser ceux avec qui mon petit moi c'est blessé lui-même.
Au plaisir de prolonger cet échange. |
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octave
Inscrit le: 15 Juin 2007 Messages: 78 Localisation: centre
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Posté le: Ma 29 Déc 2009 10:19 Sujet du message: |
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Sur l'indication de Joaquim (dans éveil, éveil?), je viens de relire l'ensemble de échanges "Guy Mauchamp"qui me touchent par bien des aspects et que je reçois maintenant d'une autre manière.
En plus du reste, je retiendrai la dernière phrase à propos des sages que tu as rencontré | Citation: | | Je ressortais de certains échanges très déboussolé car je leur faisais une confiance totale et les tendances à donner des conseils me replongeaient dans une dualité qui exacerbait les doutes de mon petit moi. /... chaque "enseignant" à son propre style incomparable. Et je ne voudrais pas blesser ceux avec qui mon petit moi c'est blessé lui-même. | J'ai trouvé cela très beau puis je me suis dit qu'en réalité si un "sage" se sentait blessé ce n 'était comme tu le dis que parce que son "petit moi s'est blessé lui-même"!
Cela montre aussi que la valeur d'une communication ne se trouve pas chez celui qui s'exprime, mais d'abord et avant tout chez celui qui reçoit cette communication. La valeur réelle d'une communication n'est pas dans l'intention de celui qui s'exprime, elle est totalement dans la compréhension de celui qui reçoit le message et dans ce qu'il en fait.
D'une manière caricaturale, je dirais que si un élève n'a pas compris ce que le prof vient de lui expliquer, c'est parce que l'enseignant n'a pas réussi à bien se faire comprendre. Alors au lieu d'accuser l'élève de ne rien comprendre, celui-ci ferait mieux de se remettre lui-même en cause et de chercher un meilleur moyen pour mieux se faire comprendre (voire d'interoger l'élève sur ses réelles motivations) Cette manière de faire rétablit l'équilibre et évite bien des enflures du moi, je l'ai appris à mes dépends. |
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Guy Mauchamp
Inscrit le: 01 Oct 2009 Messages: 26 Localisation: Dijon - France
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Posté le: Ma 29 Déc 2009 12:36 Sujet du message: |
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Bonjour Octave
Tu as bien évidement raison sur la valeur de la communication qui réside essentiellement dans la compréhension de celui qui la reçoit.
Mais dans ton dernier paragraphe tu retournes cette proposition en disant que l'émetteur d'un message a aussi sa part de responsabilité !
C'est bien un des paradoxes de la communication !
Pour ma part je parlerai de co-création. Le message de l'émetteur entre en résonance avec la compréhension du récepteur et produit un événement singulier propre à cette inter-action.
Lorsqu'il y a effacement du "moi" chez le sage et son élève, la communication formelle se résorbe dans le silence impersonnel. Il n'y a ici ni réaction ni trace de l'échange. Les notions de sage et élève se dissolvent dans une reconnaissance mutuelle.
Lorsqu'il y a une trace du "moi" dans l'échange, il y a une réaction sous forme d'une co-création résultant de la singularité conjuguée des deux égos.
Ceci m'amène à préciser la citation de mon texte :
"chaque "enseignant" à son propre style incomparable. Et je ne voudrais pas blesser ceux avec qui mon petit moi c'est blessé lui-même.
En fait, je n'ai pas de possibilité de blesser un de mes "maîtres" ! J'ai certainement à examiner ce qui se trouvait blessé chez moi et à considérer ces situations passées de doutes et de confusion comme des opportunités de compréhension...
Bien à toi
Guy |
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mushotoku-nad
Inscrit le: 31 Mars 2006 Messages: 257 Localisation: gard
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Posté le: Ma 29 Déc 2009 14:43 Sujet du message: |
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Bonjour Guy, bonjour Octave
La relation maitre disciple est tres spécifique.
Mais que ce soit lors de celle çi, de relation de simple partage sans prétention d' enseignement, ou de relation ordinaire, Oui, la communication est toujours une co-création a laquelle chacun participe a partir de ce qu'il est.
Chacun y emmène ce qu'il porte en lui autant en clarté qu'en confusion, en liberté qu'en entraves, en Conscience qu'en aveuglement.
C'est bien là a la fois le défi de la communication et la richesse de la relation lorsque chacun peut Voir en lui-même ( il n'y a que là que l'on puisse trouver une eventuelle "solution", non?) le jeu des "ombres et des lumières", et constater sa responsabilité dans les parfois surprenantes créations qui émergent de cette interdépendance.
Surprenantes parfois par leurs abbérations, leurs blocages , leurs souffrances, et parfois par leur magie, leur richesse et leur résonances harmoniques..
Pour ma part c'est un aspect qui me laisse tres souvent dans une remise en question profonde. Face à un constat évident d'impuissance, de la nécéssité d'être profondement authentique et vrai, et de la nécéssité du lacher prise : cet espace de création là échappera toujours à la main mise de l'individu.
La communication vraie n'est jamais un espace "de pouvoir".
Ce n'est pas tout à fait le cas de l'enseignement, je crois, que cela soit a l'école ou lorsqu'on va écouter un maitre, puisque on y va pour apprendre de l'autre quelque chose qu'il sait ( ou est sensé savoir) et que nous ne savons pas ( que nous ne sommes pas sensé savoir);
Il me semble important de faire la difference entre les deux, car c'est le pouvoir, la connaissance ou la " supériorité" que l'on accorde ou que l'on reconnait a l'autre qui peut aussi induire une attente, et donc une déception, non?
Mais quoiqu'il en soit, que celui qui n'a jamais "péché" (" être a coté de Soi", "manquer la cible"..)jette la première pierre, n'est ce pas?
Et un bout de poême ecrit il y a déjà un certain temps sur ce sujet.
Vide de certitude
Le chanteur découvre
Que la limite des mots libres
est dans le sens que l'autre leur donne.
Que la bouche de l'un, et l'oreille de l'autre
les méandres cachés au secret du front de chacun
portent ensemble la clé du sens.Font le tricheur et la contrebande
Et aussi les mineurs, leurs perles, leurs océans et les poudres qui parlent.
Le mot libre chante à l'oreille qui l'entend
au coeur qui l'écoute et au fond qui résone.
Celui qui le reçoit lui donne tout son sens.
C'est la faille ouverte au coeur de ces deux là
qui fait de l'image, ce pâle reflet sonique
Un mur, un mystére, une porte ou un envol.
Ooooh, tu es toujours là?
Je te croyais parti, Guy...  |
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Alain V
Inscrit le: 24 Fév 2007 Messages: 7212
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Posté le: Me 30 Déc 2009 9:21 Sujet du message: |
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| mushotoku-nad a écrit: | .
Ce n'est pas tout à fait le cas de l'enseignement, je crois, que cela soit a l'école ou lorsqu'on va écouter un maitre, puisque on y va pour apprendre de l'autre quelque chose qu'il sait ( ou est sensé savoir) et que nous ne savons pas ( que nous ne sommes pas sensé savoir);
Il me semble important de faire la difference entre les deux, car c'est le pouvoir, la connaissance ou la " supériorité" que l'on accorde ou que l'on reconnait a l'autre qui peut aussi induire une attente, et donc une déception, non?
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On peut voir la chose très simplement: à partir de ma propre expérience, il est clair que lorsque je donne des cours de pastel à des ingénieurs ( par exemple ) je le fais parceque je suis conscient d'en savoir beaucoup plus qu'eux sur le pastel. Il y a donc une connaissance qui me confère ici une supériorité par rapport à eux. Tout comme eux, dans leur domaine, en savent beaucoup plus que moi. Supériorité ou infériorité ne sont pas génants - il faut simplement assumer ces faits sinon on ne fait rien - pas génants à partir du moment ou ils sont employés dans un cadre précis, par rapport aux connaissances qui s'expriment dans ce cadre. Et surtout, si on ne perd jamais de vue que notre supériorité dans un domaine ne signifie pas: je suis supérieur à toi. Humainement parlant. On entre alors, dans ce cas la, dans les complexes de supériorité ou d'infériorité qui sont destructeurs. |
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