Regards sur l'éveil
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riseohms
Inscrit le: 30 Nov 2009 Messages: 4343 Localisation: paris
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Posté le: Je 17 Déc 2009 19:20 Sujet du message: l'Ego et Dieu.Spinoza |
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bonjour à tous
je me permets de rendre compte d'un échange privé avec Lune .
considérant qu'un tel échange peut intéresser les autres membres de ce forum et bénéficier de leur participation
j'en fait un sujet du forum questions philosophiques, avec l'accord de Lune
| lune a écrit: | Est-ce que tous les philosophes s'accordent à penser que chaque homme naît avec un ego?
Merci
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je ne connais pas tous les philosophes
mais je pense que tous constatent la présence du moi .certains lui accordent une réalité et donc une autonomie impliquant le libre arbitre ( descartes )
D’autres comme Spinoza lui enlève toute réalité substantielle, le moi est alors une idée, une fonction de la pensée liée au corps. Hume nie qu'il y ait un moi permanent. la philosophie moderne et contemporaine critique la notion de moi et de sujet.
En fait la croyance en un moi autonome et souverain est liée à la croyance en Dieu, l'homme ayant été crée à l'image de Dieu. Enlevons Dieu et tout s'écroule.
Nietzsche a logiquement, après avoir affirmé la mort de dieu, remis en cause l'existence libre du moi, considérant que celui ci est un épiphénomène d'une lutte de forces qui se déroule en dehors de lui et Freud par la suite a achevé d'humilier le moi avec son inconscient et enfin Marx avec sa critique des religions comme opium du peuple.
Ceux qui croient en Dieu,j 'imagine ,ne peuvent faire autrement que de considérer que l'homme nait avec un moi
On peut dire qu'ils ont crée un Dieu à l'image de l'homme cad qui pense,décide, juge, légifère c'est une vision anthropomorphiste de Dieu
Les autres pensent que le moi est une illusion acquise
personnellement je pense que le moi n'est pas une illusion mais ses limitations le sont. et en plus je fais une différence entre l'égo et le moi réel et vivant
on peut aborder la question de l'existence en Dieu sans se sentir concerné par la croyance ou la non croyance en son existence. Le Dieu des philosophes n'est pas celui des religions, il se situe au delà de toute croyance et ne s'oppose pas à la raison alors que pour les religions, il y a débat en la raison et la foi.
les philosophes se préoccupent de démontrer rationnellement l'existence ou la non existence de Dieu ou du moi
Spinoza à son époque s'était fait traiter d'athée
Son dieu n'était pas transcendant mais immanent à la nature
Dieu n'étant plus empereur, l'homme non plus et cessait d'être un empire dans un empire. lui ce qu'il cherchait c'était une vision unitaire,.un seul monde sans rien au delà ou au dessus de lui ,.
de même Nietzsche ,il avait un tel amour de la vie qu'il ne pouvait supporter que quelqu'un se plaçant au dessus de la vie puisse la juger qu'il soit homme ou Dieu car tout jugement est division et écrase la vie.
rien ne doit se surimposer à la vie, aucune valeur, aucune loi.
leur vision des religions est plutôt une critique de ce qu'ont fait les hommes des religions, ils proposent donc une autre approche de la réalité qui est derrière le mot Dieu
et de même une autre approche du moi considérant que l'éducation et la morale ont éloigné les hommes de leur réalité intime.
pour moi Dieu est amour et ne juge pas
le christ n'est pas au dessus de la vie puisqu'il affirme : je suis la vie, le chemin et la vérité
Voilà ce que je peux te répondre
Mais bon, je ne suis pas non plus un spécialiste
Amicalement joel
Dernière édition par riseohms le Ve 18 Déc 2009 13:23; édité 3 fois |
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riseohms
Inscrit le: 30 Nov 2009 Messages: 4343 Localisation: paris
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Posté le: Je 17 Déc 2009 19:33 Sujet du message: |
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| lune a écrit: | En fait je bute sur l’idée que si l’homme est fait à l’image de Dieu, son moi s’écroulerait au cas où Dieu n’existerait pas. Peut-être parce que je crois en Dieu, une réalité vivante, alors mon ego n’est qu’une image, un concept, une idée .Qu’il s’écroule donc… Dieu ne disparaîtrait pas pour autant. L’ego ne définit que mon image, statique et définie, alors que Dieu se situe au cœur de l’homme, là où réside son caractère unique, infini et toujours en « construction ». L’ego permet une analyse de soi-même et de ses mécanismes, mais en reste à l’enveloppe extérieure. Dieu n’apporte pas de réponses structurées, il reste la grande question.
Amicalement
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Bonjour lune
Et la grande question,c'est bien celle de l’existence ou de la non existence de Dieu.
Mais cette question ne se pose plus si on considère que Dieu est l’existence elle-même.
se demande-t-on si l’existence existe ?
On ne peut la nier. On ne peut imaginer un dehors à l’existence ou un commencement.
C’est l’intuition de Spinoza qui dans son livre l’Ethique ne commence pas par la question de Dieu mais par celle de la substance cad de la réalité .
je cite la première phrase du livre : “par cause de soi, j’entends ce dont l’essence enveloppe l’existence, autrement dit ce dont la nature ne peut être conçue qu’existante.“
On ne peut pas penser à l’existence sans penser qu’elle existe, de même pour la vie ou pour soi même en tant que sentiment d’être.
Les existants passent, les choses de la vie, les idées et images de nous -mêmes mais pas la vie, l’existence ou nous-mêmes en tant qu’esprit.
Tout se passe et passe au sein de l’existence, de la vie et de notre esprit. Le contenu change mais pas le contenant.
ensuite il écrit :“ par substance, j’entends ce qui est en soi et est conçu par soi cad ce dont le concept n’a pas besoin d’une autre chose pour être formé“ .
on n‘a pas besoin d’une autre idée pour penser et sentir la vie ,l’existence, l’être, ce qui est ou nous- mêmes, ce sont des idées absolues que Spinoza appelle idées vraies car elles existent par elles-mêmes et donc sans dehors, sans limite .
Le monde change toujours mais il y a toujours un monde et en tant que tel c’est un absolu
Et si on se dit oui mais il peut disparaitre et faire place au néant, au rien. Et alors ni monde ni dieu.
Oui et à ce moment, on dit : il y a le néant, le non être mais ainsi en affirmant le néant, le non-être, on le nie en même temps puisque par ce “il y a “ on affirme son existence, son être, sa réalité.
Ici le non être devient identique à l’être, donc le non- être, le néant n’est pas une réalité. si le monde disparait avec tous les existants, il restera toujours l’être pur, l’existence en soi, la vie en soi. Les idées absolues sont des contenants, des englobants. Abstraites oui mais sans lesquelles
il n'y aurait rien, aucun concret. Cet abstrait est le substrat de tout.
Et Dieu ne peut qu’être qu’un englobant sinon il serait englobé donc dépendant d’autre chose que lui-même, limité et imparfait or on ne peut concevoir Dieu sans penser qu’il est illimité et parfait. Dieu est donc la substance absolue englobante .
C’est pourquoi Spinoza peut affirmer dans la suite de sa démonstration que Dieu est cette substance absolue existant en soi et cause de soi.
une partie des philosophes font de Dieu un être transcendant extérieur à la réalité, au monde, ils en font un existant, un étant (et non l’être) .
Et dans ce cas comme les enfants, on peut demander légitimement mais qui a crée dieu ?
à cette question, ils répondent qu'elle ne concerne pas la philosophie mais la religion. kant pour justifier et fonder sa morale passe le relai à la foi de la religion
Mais ici la question ne ne se pose plus, le Dieu est immanent à la nature, il est la vie et spinoza remplace la morale par une éthique, morale immanente
Et nous on n’est pas en dehors de la vie et de l’existence et donc de Dieu, il est plus juste de dire que nous sommes en Dieu plutôt que dieu est en nous.
Dans ce cas quel est ce nous ? L’homme cad une image, une idée de dieu et notre moi est juste une idée, une idée qui centralise et synthétise toutes les autres pour qu’on puisse fonctionner de façon cohérente et si cet ego disparait, toute la personnalité s’écroule est devient incohérente et on se retrouve à l’asile.
L’égo dans l’ouverture spirituelle ne disparait pas mais est dépassé et devient un outil, un véhicule au service de notre être réel et vivant
Et quel est- il cet être vivant ?peut-il être autre chose que la réalité vivante dont tu parles et à la quelle tu as raison de croire, à savoir Dieu.
Notre erreur est peut être alors de se prendre pour un homme (une image) alors que nous sommes vivants et comme on ne peut pas être en dehors de la vie et que la vie est une et indivisible alors on est la vie, on est Dieu : le christ dit : je suis la vie
Se prendre pour un homme c’est rester dans une approche extérieure à la réalité ultime (dieu ou notre soi profond) considérée comme transcendante .on est alors un peu comme un homme qui regarde vers le soleil voilé par les nuages et voudrait les chasser pour contempler le soleil. Ces nuages ,ce sont nos images, les pensées, l’ego etc
L’approche immanente est l’inverse, c’est considérer que nous sommes le soleil, Dieu, le Soi et que les nuages (l’ego, les pensées) ne sont pas gênants et ne voilent rien puisqu’ils sont en dessous de nous,.
Ce n’est plus Dieu qui est extérieur à nous, c’est l’homme, image ou idée de Dieu. L’homme est en nous et ne pose aucun problème. On peut dire que le fils prodigue qui s’était séparé du père a réintégré la maison du père
on aurait tendance à opposer les philosophies de la transcendance à celles de l’immanence :
Emmanuel Levinas considère que Dieu est au delà de L’être, infiniment Autre, de même autrui est infiniment autre. infiniment autre cela implique qu’on ne peut réduire l’autre au même mais cela veut dire aussi qu'il est inaccessible.
certes c’est l’affirmation de la différence radicale de Dieu et des autres mais si rien ne peut nous permettre des toucher alors l’amour, l’union est impossible
car on n’a rien de commun avec autrui et Dieu.
Reste une morale admirable sur l’infini respect du à autrui.
Levinas s’inscrit complètement dans le Judaïsme.
Il me semble que son approche est excessive. L’être est réduit au même, à l’indifférencié rejetant toute différence. C’est l’un s’opposant au multiple.
Levinas s’oppose radicalement aux philosophies de l’immanence que sont celle de Spinoza, Deleuze ou Derrida, voir Heidegger et je dirai aussi au Christianisme qui réunit en lui une approche à la fois immanente et transcendante de Dieu et d’autrui :
Saint Paul : “en Dieu nous avons la vie, le mouvement, et l`être.“
Les philosophies de l’immanence identifient Dieu à L’être absolu et à l’existence pure
et chez eux le même et l’autre, l’un et le multiple ne s’opposent pas. La répétition est répétition de la différence. Et il n’y a pas de séparation absolue avec Dieu et autrui
Si Dieu n’est pas L’être que peut-il être sinon un Etant, un super Etant ?
c’est le reproche de Heidegger à la métaphysique occidentale depuis Platon : faire de l’être divin un Etant suprême c’est confondre l’être et l’étant.
Je vois le monde (l’étant), le monde Est. pourtant je ne vois pas ce EST, je ne peux que le sentir,. en lui-même il est invisible, il n’est rien, une non- chose mais sans lui le monde est mort, sans vie et n’existerait même pas. l’être est indissociable de l’étant mais ne se confond pas avec lui
Pour les philosophies de la transcendance, le risque de l’immanence c’est de déboucher sur le panthéisme
on a déjà fait ce reproche à Spinoza. Oui il y a du panthéisme chez Spinoza puisque Dieu est la nature.
Comprendre les choses singulières, dit il, c’est comprendre qu’elles sont des modes de la substance et les sentir en tant que telles.
Elles expriment Dieu mais ne se confondent pas avec à lui puisque Dieu est nature naturante, productrice (substance et attributs étendue et pensée) et ce que nous percevons : les êtres, les corps c’est la nature naturée, produite. Le panthéisme consisterait à confondre les deux natures, ce qui n’est pas le cas de Spinoza
on pourrait dire que Dieu n’est transcendant que du point de vue de la pensée, sortons de la pensée alors il devient immanent, on est en lui et lui en nous.
Si on fait de l’être, de l’existence pure de dieu un englobant alors le cercle, le contenant est transcendant à son contenu, son contenu lui est immanent, intérieur et Dieu se reflète dans le contenu= (panthéisme) mais il ne se réduit pas à lui-
le cercle, l’absolu, l’existence est bien la transcendance et chacun de nous dans son essence, son fond l’est aussi. Elle n’est donc pas extérieure à nous et nous est parce conséquent immanente.
C’est juste la pensée qui crée de l’extériorité, et de la distance
c’est en ce sens que je vois l’unité de la transcendance et de l’immanence
joel
Dernière édition par riseohms le Ve 18 Déc 2009 13:46; édité 3 fois |
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riseohms
Inscrit le: 30 Nov 2009 Messages: 4343 Localisation: paris
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Posté le: Je 17 Déc 2009 20:46 Sujet du message: |
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Je voudrais préciser que ce que Spinoza appelle idée vraie et qui pour lui donne accès à la connaissance de dieu, il y en a peu : la substance, dieu, le monde en tant que tel cad pure étendue
Soi même en tant que pure idée ou pensée en train de se faire.
Et quand on en trouve une, on rejoint toutes les autres.
C’est pourquoi Spinoza dit que la connaissance de soi même implique en même temps la connaissance de Dieu et la connaissance du monde
Mais cette connaissance par les idées vraies est directe cad d’ordre intuitif.
Cette intuition donne accès à sa propre présence, à la présence du monde et à celle de Dieu
Toutes les trois ressenties comme une présence une. Le père, le fils et le saint esprit balayant, illuminant et traversant le monde, lui donnant de la réalité
Ces idées vraies apparaissent comme sans formes et donc abstraites.
Et donc en ayant intellectuellement ces idées, on court-circuite en quelque sorte l’intellect, ne pouvant penser ces idées et les mettre en relation avec d’autres idées ( la raison à pour fonction de comprendre, de mettre en relation ) il s’arrête se tait et fait place à l’intuition.
Quand j’ai commencé à ressentir la présence ce n’est pas grâce à la méditation orientale où on fait le vide, ce n'est pas une pratique speciale
mais par ces réflexions qui correspondent bien à ce que l’occident appelle méditation.
Exemples :
Je regarde cette pièce, les objets, je me demande ce qu’ils ont de commun. Ils ont de commun d’être de la matière.
les objets changent mais pas la matière qui est leur substrat.. et elle est toujours là , pas les objets.
Est-ce que je vois l’argile disait je ne sais qui, non je ne vois que le pot d’argile.
Le monde est comme un château de sable. est ce que je vois le sable ? non, uniquement le château
si je conçois la matière, l’argile et le sable en eux mêmes alors notre regard ne pouvant regarder que les objets, le pot le château est renvoyé automatiquement à lui-même car son regard va vers le vide et il est vide
Alors cette pièce, ces objets, ce pot, le château deviennent habités, deviennent présents. La présence est là.
Ce genre de d’idées nous fait passer du penser au ressenti
On peut dire aussi :
Il y a toujours un monde même s’il change sans cesse
Il y a toujours le temps, l’instant présent même si son contenu n’est jamais le même
On peut en dire autant de notre esprit dont le contenu n’est jamais le même (nos pensées, nos émotions) il est l’âme au-delà de tous nos états d’âmes Etc..
Avec ces ''il y a toujours'', la pensée ne suis plus et se tait et laisse place à une autre dimension, le pur ressentir
La présence ne peut être pensée mais uniquement ressentie
Autres questions :
pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien ?
Si on n’essaie pas de répondre intellectuellement à cette question et qu’on la laisse être, sa réponse se révèle à nous-mêmes directement,
.la réponse est dans la question, comme toutes les vraies questions : et notre regard par cette question s’étonne et s’émerveille qu’il y ait quelque chose
Il est devenu pur regard
D’autres questions :
Qui suis-je ? la question implique la réponse immédiate. Le je suis n’est pas au bout du regard, il est le regard
la vie pourrait être en noir et blanc,aussitôt je prends conscience des couleurs et en remercie la vie
Toutes ces questions m’ont aidé à ressentir la présence
Mais hélas je suis tombé et pour de nombreuses années dans le piège qui consiste à chosifier cette présence et là bonjour les dégâts.
l'égo n'avait pas dit son dernier mot
l'intégration de la présence en l'homme n'est pas une mince affaire
Amitiés à tous Joël |
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