Regards sur l'éveil
Café philosophique, littéraire et scientifique
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octave
Inscrit le: 15 Juin 2007 Messages: 78 Localisation: centre
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Posté le: Ve 25 Déc 2009 12:04 Sujet du message: éveil ou éveil ? |
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parami vient d'écrire: | Citation: | | nous devons tenir compte des plaisirs de la vie aussi bien que de ses douleurs et de ses peines, et également la possibilité de s'en libérer afin de comprendre la vie objectivement. C'est ainsi seulement que la libération véritable deviendra possible." |
Est-ce à dire que la compréhension objective de la vie ouvre la porte à la libération véritable? Et dans ce cas qu'est-ce que la libération véritable? Cela a-t-il quelque chose à voir avec le fait de ne plus se "faire avoir" par l'ego ou le mental?
Cette réflexion est importante pour moi car depuis l'âge de 10 ans je cherche à comprendre la vie. En effet, c'est à cet âge là que j'ai eu une expérience étrange qui a définitivement marqué et orienté ma vie.
En 1957 (eh oui, je ne suis pas un perdreau de l'année!) je préparais ma première communion et récitais consciencieusement et attentivement mes prières que j'étendais ensuite à ce que j'appellerais maintenant une sorte de méditation sur ce que je venais de réciter.
Et puis un soir, il s'est passé quelque chose d'incompréhensible mais d'absolument réel et en même temps d'impossible à décrire. Le lendemain matin j'ai pris un petit bout de papier sur lequel j'ai noté la date exacte avec le mot "Compréhension" et j'ai caché le tout dans une étagère de mon armoire.
Il m'est impossible de décrire ce qui s'est passé durant ces moments. Tout ce que je peux en dire -j'avais 10 ans à l'époque-, c'est l'absolue évidence de l'existence de quelque chose que j'ai, faute de mieux, appelé Dieu. J'avais réellement compris quelque chose.
A la fin de cette expérience, lorsque j'ai repris conscience d'être moi, je me suis dit "eh bien oui Dieu existe parce que... parce que..." et puis je me suis retrouvé dans mon lit. En réalité c'est l'inverse qui a du se passer. C'est parce que j'ai essayé de conscientiser et de conserver le souvenir de tout cela que l'expérience s'est arrêtée. Je ne voulais absolument pas oublier ce que je venais de comprendre. Mais à l'époque je n'avais aucune idée de tous ces phénomènes.
Ensuite tout ma vie a été influencée par cette nécessité de "comprendre la vie" doublé du fait que je savais qu'il y avait quelque chose d'autre qui pour moi était absolument réel même si je ne l'avais pas clairement compris et si je l'oubliais ou le perdais de vue la plus part du temps.
Voila pourquoi ce mot de "Comprendre" résonne tellement en moi. Passons sur les détails qui ont meublés la suite de cette recherche, pour en arriver à maintenant où il me semble que la connaissance et la compréhension des mécanismes sont utiles pour comprendre et s'extraire un peu du jeu ou du piège du mental et en même temps que cette compréhension est un piège si on ne fait que s'appuyer dessus pour tout expliquer et tenter de la maîtriser. (Et de cela j'en ai aussi tristement fait l'expérience).
J'ai souvent entendu dire que la connaissance est un obstacle qui empêche de voir ce qui est, qu'il fallait jeter ce que l'on savait pour pouvoir s'ouvrir à autre chose, etc. J'aimerais avoir votre avis sur la valeur et l'importance de la compréhension dans une démarche spirituelle.
La deuxième fois où j'ai parlé de cette expérience, on m'a dit que cela n'était pas l'éveil et que l'éveil c'est autre chose. Pourtant il me semble que ce genre d'ouverture est bien un éveil à autre chose. Là aussi j'aimerais bien avoir votre point de vue sur le sujet et sur ce distinguo que je ne comprends pas.
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Pascal
Inscrit le: 27 Août 2007 Messages: 90 Localisation: Val de Marne (94)
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Posté le: Ve 25 Déc 2009 14:23 Sujet du message: |
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Cher Octave bonjour,
il y a une chose qui m'inspire dans ce que tu écris, et qui n'est pas si fréquemment énoncé, c'est de dire et redire la chance que nous avons.
La chance d'être tombé un jour sur des témoignages d'éveil, qui décrivait le fait révolutionnaire pour notre identité que nous ne sommes pas la pensée, entité que nous n'aurions jamais supposé être étrangère à nous-même.
La chance aussi d'avoir pu être touché par ces témoignages, d'avoir ressenti leur vérité profonde.
La liberté que nous retirons de cette compréhension, dût-elle rester intellectuelle, et au delà de toute notion d'éveil (bien que la définition du verbe s'éveiller puisse impliquer des étapes) est une des choses les plus précieuses qui nous soit donnée.
En ce jour de Noël, offrons-nous le cadeau de nous rappeler cette chance!
Belles fêtes à toi  |
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joaquim Administrateur
Inscrit le: 06 Août 2004 Messages: 7128 Localisation: Suisse
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Posté le: Sa 26 Déc 2009 0:39 Sujet du message: |
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Bonjour Octave,
Merci pour ce portrait cadré en pleine vie. Pascal relève le point qui me semble capital : pour pouvoir incarner une expérience qui se situe hors de la forme et du temps afin de la faire pénétrer dans sa vie et dans la durée, il faut pouvoir la comprendre. C'est ce que tu as tenté de faire à ce moment-là, à 10 ans, mais les concepts nécessaires te faisaient alors défaut. Ton outillage intellectuel ne comportait rien qui te permit de saisir ce qui s'était produit, mis à part la notion de Dieu. Celle-ci ne t'a pas aidé vraiment à comprendre, mais elle t'a permis au moins de nommer ce qui s'était passé. Ce que tu as vécu demeurait incompréhensible, comme Dieu, mais le nommer t'a permis de le situer et ainsi aussi, peut-être, de t'en souvenir. Je repense au témoignage de Guy Mauchamp, qui lui aussi, très jeune, a vécu des expériences, pour lesquelles il n'avait aucun mot, et qu'il a pour cette raison par la suite totalement oubliées. Je crois que les témoignages spirituels sont importants non seulement pour indiquer à ceux qui ne le savent pas qu'il existe quelque chose au-delà du mur de la pensée, mais aussi pour offrir à celui dont le regard s'est porté au-delà, des mots qui lui permettent de ramener ce qu'il a vu dans ce monde-ci. Je remets ici quelques mots que j'avais postés dans l'ancien forum :
| joaquim sur l'ancien forum a écrit: | | Les pensées ne servent à rien quand on est dans la Présence. Elles ne servent qu'à baliser le chemin lorsqu'on l'a perdue. Non pas qu'on puisse apprendre le chemin: comme tu l'as si bien dit: Re-susciter "Je Suis" est une autre affaire : c'est vraiment un non-geste pour lequel aucune expérience ne peut se capitaliser, bien au contraire. Mais elles aident à soutenir la confiance bien fragile dans notre capacité à retrouver le chemin. C'est cette confiance seule qui compte. Pour peu qu'on ait assez confiance, on se retrouve dans la Présence. Il n'y a besoin de rien d'autre. Et on peut alors rejeter à nouveau les pensées comme de simples écorces qui ont aidé le fruit à mûrir. C'est en cela je crois que consiste le chemin après l'éveil: apprendre toujours mieux à faire confiance, pour retomber dans la Présence comme si on entrait simplement dans une eau accueillante. |
| octave a écrit: | | La deuxième fois où j'ai parlé de cette expérience, on m'a dit que cela n'était pas l'éveil et que l'éveil c'est autre chose. Pourtant il me semble que ce genre d'ouverture est bien un éveil à autre chose. Là aussi j'aimerais bien avoir votre point de vue sur le sujet et sur ce distinguo que je ne comprends pas. |
Je me demande bien d'où cette personne pensait détenir un savoir sur ton vécu, alors que toi-même n'avais aucun mot pour le décrire... Tu as choisi le titre "Éveil ou éveil" ; je n'avais pas bien compris pourquoi, mais il détient peut-être bien la clé. Tu as touché Dieu, tu t'es éveillé à lui, et pourtant, ce n'était pas à proprement parler un éveil, puisque s'éveiller, c'est par définition se savoir en état de veille. Cet éveil n'a pas laissé une trace assez consciente pour que tu sache t'être éveillé. Tu as touché l'essentiel, mais avec une partie de toi qui n'a pas pu se maintenir identique à elle-même une fois revenue dans le monde de la pensée. Je ne sais si ces réflexions te parlent... |
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octave
Inscrit le: 15 Juin 2007 Messages: 78 Localisation: centre
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Posté le: Sa 26 Déc 2009 11:29 Sujet du message: |
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Bonjour Pascal bonjour Joaquim,
Encore une fois tu as les mots justes pour faciliter la copréhension de ce qui me paraissait mystérieux.
Joaquim a écrit: | Citation: | | Tu as touché Dieu, tu t'es éveillé à lui, et pourtant, ce n'était pas à proprement parler un éveil, puisque s'éveiller, c'est par définition se savoir en état de veille. |
Oui, je ne pouvais pas comprendre ce qui m'était arrivé, car je ne savais pas à l'époque ce que c'est que l'état de veille d'autant plus que cela ne fait pas partie de notre culture Européenne qui était davantage remplie de l'exemple des martyrs chrétiens. (Je repense à Ramakrishna qui avait vécu son premier Sahamadhi en observant l'extraordinaire beauté d'un vol de grues blanches sur fond de ciel orageux; mais lui vivait constamment dans une autre culture).
Pour répondre à ta dernière question, Oui, tes réflexions me parlent d'autant plus qu'elles me permettent d'effacer une double invalidation et de redonner de la valeur à un vécu réel. Je me sens à la fois plus solide et plus transparent.
C'est un peu bizarre mais j'ai l'impression d'être de moins en moins rugueux,consistant; que j'ai de moins en moins besoin d'avoir raison, qu'on me prête de l'attention, de vouloir que mes attentes soient satisfaites, que mon avis prédomine ou ait de l'importance, qu'on me traite avec égard, voire même tout simplement que l'on m'aime et qu'on me le montre.
Tous ces besoins égotiques me paraissent comme un épais nuage de fumée qui s'éclaircie de plus en plus à chaque fois que j'en reconnais la futilité. Hier soir, en me concentrant un peu sur cette colonne opaque qui paraît un peu s'estomper, je ressentais un bonheur que j'ai alors qualifié de bonheur sans raison par opposition à tous ces bonheurs que l'on peut ressentir lorsqu'on obtient ce que l'on souhaite.
Être heureux sans raison c'est quelque chose à revendiquer, à affirmer, a accepter et à vivre sans sans complexe et surtout sans chercher à comprendre ou à justifier quoi que ce soit.
Il y a plus de 20 ans alors que je vivais une période dépressive, d'un seul coup en conduisant ma voiture, j'ai été inondé d'un grand bonheur et le noeud d'angoisse que j'avais constamment au creux de l'estomac a subitement complètement disparu. J'ai été très étonné sur l'instant de me sentir aussi bien et je ne comprenais pas pourquoi cela m'arrivait ni surtout en quoi je pouvais bien le mériter. Bien sur cela n'a pas duré et n'a été qu'une courte embellie dans ma vie qui m'a donné le courage de continuer à chercher dans cette direction et que le bonheur m'était encore accessible. Mais je n'étais pas encore capable de comprendre qu'on puisse être heureux sans raison.
Maintenant je dirais qui'il ne sert à rien de chercher une justification quelconque à ce bonheur sans raison lorsqu'il se manifeste (c'est d'ailleurs un excellent moyen pour l'éteindre aussitôt).
Quand on a la chance d'avoir connu ce genre de bonheur sans raison, on peut tourner son attention dans sa direction et se laisser aller à le ressentir sans chercher à comprendre, sans essayer de s'en souvenir, de le revivre ou de le retenir, simplement le vivre. Après coup je me dis que c'est le vivre comme si c'était la première fois. Mais j'ai aussi l'intuition que c'est quand on a le plus besoin de retrouver cet état qu'on n'arrive le moins à faire le geste.
J'ai vécu deux fois une autre expérience extraordinaire En tournant mon attention dans une certaine direction (?), j'étais submergé par une émotion extraordinaire de bonheur incommensurable. Je pleurais sans pouvoir me retenir et j'avais une grosse boule dans la gorge qui m'empêchait de parler. C'était durant un stage et quand j'essayais de parler de ce qui m'arrivait, l'émotion me submergeait. Quand l'émotion était trop forte je détournais mon attention mais dès que mon "regard" se tournait dans cette direction (en haut à gauche) j'étais à nouveau écrasé par la magnificence de ce que je pouvais pas voir et encore moins décrire. Quand on m'interrogeait, je ne pouvais que hoqueter," c'est trop beau, c'est trop beau" je ne voyais rien de rien, juste le noir de mes paupières.
Lorsque l'animateur du stage nous a dit à la fin que tout ce que nous avions vécu n'allait pas durer (et donc qu'il faudrait revenir et payer à nouveau...) tout c'est effondré.
La deuxième fois que cela m'est arrivé, quelqu'un m'a un peu accompagné en me posant des questions pour m'aider à traverser ce noir. Mais tout ce que j'ai pu dire c'est que cela me faisait penser aux douze vierges qui attendaient le retour du Christ. C'était un peu cela que je ressentais, une attente de quelque chose de merveilleux mais que je pouvais pas voir ni même imaginer , et en même temps dont j'étais complètement et absolument certain de la venue. Je me réjouissais à l'avance de cette venue (de je ne savais pas quoi) car je savais (?) que cela allait venir mais toujours sans savoir ni quoi, ni quand, ni où!
Ah là là, c'est bien beau tout ça, mais c'est quand même dure de ne pas pouvoir le retrouver. Je sais, je sais, le désir tue l'apparition, mais même sans désir et sans y penser, rien ne se produit et en ce moment j'ai vraiment la nostalgie de ces moments extraordinairement bouleversants et assez fatigants quand même.
Heureusement que la nostalgie est aussi volatile que les autres émotions.
Merci encore de m'avoir permis de retrouver tout cela et surtout de pouvoir le confier à des personnes capables de comprendre sans porter de jugements.
Bien amicalement à tous |
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mushotoku-nad
Inscrit le: 31 Mars 2006 Messages: 257 Localisation: gard
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Posté le: Sa 26 Déc 2009 19:08 Sujet du message: |
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Bonjour Octave, bonjour Joaquim
| Citation: |
Octave
La deuxième fois où j'ai parlé de cette expérience, on m'a dit que cela n'était pas l'éveil et que l'éveil c'est autre chose. Pourtant il me semble que ce genre d'ouverture est bien un éveil à autre chose. Là aussi j'aimerais bien avoir votre point de vue sur le sujet et sur ce distinguo que je ne comprends pas.
Joachim
Je me demande bien d'où cette personne pensait détenir un savoir sur ton vécu, alors que toi-même n'avais aucun mot pour le décrire...(...) Tu as touché Dieu, tu t'es éveillé à lui, et pourtant, ce n'était pas à proprement parler un éveil, puisque s'éveiller, c'est par définition se savoir en état de veille. Cet éveil n'a pas laissé une trace assez consciente pour que tu sache t'être éveillé. Tu as touché l'essentiel, mais avec une partie de toi qui n'a pas pu se maintenir identique à elle-même une fois revenue dans le monde de la pensée |
Je crois que vous abordez là un probléme complexe et délicat qui fait intervenir divers plans de l'etre.
Peut être as tu tout aussi justement décris ton expérience a ces personnes que tu l'as décris ici, Octave?
Non?
Etait ce a quelqu'un qui avait vécu l'eveil?( ou le "prétendait".)
Peut être bien que au moins une de ces personnes a répondu en fait exactement là même chose que tu viens de le faire joaquim, et a partir des mêmes sources que les tiennes?
Tout dépend je crois a qui la question a été posée, et comment la réponse a été reçue en son temps...
Je crois profondement que quelqu'un qui a vécu un éveil ne peut invalider de telles ouvertures mais ne peut faire autrement qu'emmetre aussi les précisions et les nuances que tu as données là, tu ne penses pas?
| Octave a écrit: | | tes réflexions me parlent d'autant plus qu'elles me permettent d'effacer une double invalidation et de redonner de la valeur à un vécu réel. |
Tout vécu intérieur réel a sa valeur intrinséque, je crois, a son niveau et là ou il se place, et je crois aussi que seule la personne elle même peut la lui reconnaitre.
Il me semble cependant important de les reconnaitre pour ce qu'elles sont vraiment, sans les "sur évaluer" ou les "sous évaluer".
Ces ouvertures là sont tres importantes dans une vie, car à moins d'être totalement occultées par la personne elle même, je crois profondement qu'elles orientent subtilement leur cheminement.
J'en ai pour ma part vécus de tres profonds depuis ma plus petite enfance et je comprends parfaitement ce que tu as pu vivre.
Comme la dit Joaquin, ce n'était pas a proprement parler des eveils, mais de véritables ouvertures vers....
Si tu as reçu une explication de ces vécus lors d'une reflexion comme celle que joaquim vient de t'offrir ce n'était pas une invalidation du tout( a moins qu'il y ait eu totale ignorance ou intention négative de l'autre partie...)cela les replacait simplement dans le processus d'éveil en les différenciant de l'Eveil lui même.
Mais peut être ne les as tu pas reçu de la même façon a cette époque?
L'invalidation peut proceder aussi de la manière dont nous recevons ce qu'on nous dit, ne crois tu pas?
Je crois aussi qu'on peut tout a fait auto invalider nos propres expériences .
Par exemple entendre qu'un vécu qui nous a fortement bouleversé et que nous considérions comme l'eveil nest pas l'Eveil peut nous déstabiliser dans le sens ou il perd de son crédit d'absolu...
Beaucoup vivent mal la "relativisation" de ce genre d'expériences.
Cela peut même être tres mal vécu, et effectivement perçu comme une invalidation par l'autre.
On peut aussi se trouver effectivement en situation d'invalidation, et de négation par l'autre, cela peut reveiller des passages de "réaction violentes" avant d'arriver a "se rendre a soi même "sa propres validation.
Cest un fait et certaines personnes ont souffert des années durant de ce genre de difficultes .J'ai vecu cela dans mon enfance et ma jeunesse et je sais ce que cela signifie.
Il me semble d'ailleurs que j'ai encore moi même témoigné tres recemment de ce genre de perturbation intérieure sur ce forum même:oops:
Ce sont en fait des partages intimes qui iouvrent sur des situations complexes et subtiles qui mettent beaucoup d'aspects de l égo en jeux chez chacun des protagonistes, et ce n'est en général pas conscient.
J'ai tres souvent rencontré cel dans le cadre de mes activités passées, autour des NDEs et des états modifiés de conscience.
Et encore plus caricaturalement depuis les echanges sur l'eveil...
Je crois que c'est en nous que nous devons trouver cette validation de ces bornes interieures qui jalonnent et eclairent notre chemin, tout en restant ouverts a cette relativisation parfois difficile que l'autre peut nous renvoyer.
Elle est le mirroir et le garant qui nous permet de ne pas nous fourvoyer en croyant être arrivés avant même que d'être parti
Cette ouverture nous permet en fait d'integrer la véritable valeur de ces expériences.
Je suis heureuse pour toi que tu ais su le faire , Octave, et que tu goûtes cette joie sans raison...
Bien a vous
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joaquim Administrateur
Inscrit le: 06 Août 2004 Messages: 7128 Localisation: Suisse
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Posté le: Di 27 Déc 2009 3:55 Sujet du message: |
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Bonjour Octave, merci pour la confiance que tu nous fait en nous livrant ces récits.
| octave a écrit: | | effacer une double invalidation |
C'est le maître-mot pour sortir de tous les pièges auto-bloquants en forme de noeuds serrés. On tire sur un brin, le noeud se serre ; on tire sur l'autre, il se resserre aussi. Difficile de donner du jeu. Le seul moyen, c'est de décentrer son regard. L'échange peut y contribuer.
Tu avais parlé dernièrement de ton (ex)-dépendance à a fumée. Les dépendances nous asservissent, mais en même temps, lorsqu'on en a trop marre d'elles et de soi, elles nous obligent à nous redresser pour les affronter. Elles sont les aides les plus incroyablement efficaces au redressement. Elles nous empêchent de nous retirer dans un douillet quant-à-soi, parce qu'elles frappent à la porte avec insistante ; en même temps, elles nous invitent de leur côté à nous réfugier dans le lit douillet qu'elles nous présentent. Tant qu'on cherche un lit douillet, il n'y a aucun échappatoire. Ni par devant, ni par derrière. Le seul échappatoire est par le haut, hors de tout lit douillet. Les dépendances sont le fruit d'une double erreur : elles nous invitent à nous réfugier dans leur illusoire réconfort, parce que la vie nous aurait refusé le réconfort (illusoire lui aussi) auquel on aurait légitimement droit. Se dresser face à elles, c'est advenir à soi en effaçant une double invalidation.
| octave a écrit: | | Être heureux sans raison c'est quelque chose à revendiquer, à affirmer, a accepter et à vivre sans complexe et surtout sans chercher à comprendre ou à justifier quoi que ce soit. |
Tu décris là parfaitement le côté yang que j'essayais avec tant de peine dernièrement d'évoquer. L'affirmation gratuite de soi, une confiance totale que l'on se fait, justifiée par rien. Elle ne conduit bien sûr au bonheur que si elle prend son élan sur la position yin, qui en est le préalable incontournable : accueillir de manière inconditionnelle, sans rien saisir, en se laissant simplement féconder par ce qui est. Ces deux positions fusionnent dans le double geste du don de soi, et de l'assomption (de "assumer") de soi. C'est encore un exemple de double invalidation.
| octave a écrit: | | Quand on a la chance d'avoir connu ce genre de bonheur sans raison, on peut tourner son attention dans sa direction et se laisser aller à le ressentir sans chercher à comprendre, sans essayer de s'en souvenir, de le revivre ou de le retenir, simplement le vivre. Après coup je me dis que c'est le vivre comme si c'était la première fois. Mais j'ai aussi l'intuition que c'est quand on a le plus besoin de retrouver cet état qu'on n'arrive le moins à faire le geste. |
Il me semble que ce que tu dis là permet de saisir l'ambiguité du mot : compréhension. En effet, lorsque tu dis : "ressentir sans chercher à comprendre, sans essayer de s'en souvenir, de le revivre ou de le retenir", tu actualise une forme de compréhension, celle précisément qui te faisait défaut à 10 ans. Comprendre qu'il faille renoncer à comprendre. Voilà une drôle de compréhension. Elle n'est pas simple contradiction, parce qu'elle se réfère à deux instances qu'on confond, et qui pourtant sont distinctes : la conscience-je qui s'accroche à la sécurité des pensées, et la conscience-je qui advient lorsqu'on ose se passer de cette sécurité. C'est toujours "je", mais sous deux modalités radicalement distinctes. Le premier est passif, inconsistant, et pour cela s'accroche à ce qui lui donne consistance — ou plutôt, puisque tout n'est que virtuel dans cette position passive, à ce qui semble étoffer son inconsistance —, tandis que le second est actif : renoncer à s'accrocher est éminemment actif, c'est même le seul geste qu'on puisse faire lorsqu'on est piégé dans la passivité. Devenir actif en acceptant d'être passif, cela semble être une contradiction dans les termes. Pourtant il y a là aussi une distinction à faire, puisque l'un des termes est un état, et l'autre un geste : être passif, c'est un état ; accepter d'être passif, c'est un geste, et c'est donc actif. Réaliser cela, pleinement, se découvrir être ce geste-là, c'est s'éveiller à soi-même.
Lorsque tu dis : « Quand l'émotion était trop forte je détournais mon attention mais dès que mon "regard" se tournait dans cette direction (en haut à gauche) j'étais à nouveau écrasé par la magnificence de ce que je pouvais pas voir et encore moins décrire », il me semble que tu accomplis précisément ce geste-là : tu acceptes l'émotion et la douleur, et ainsi tu n'es plus un état, celui de cette émotion et cette douleur, mais un geste, celui que tu fais en l'acceptant. Ce geste-là, c'est celui qu'on est, et il est fait de bonheur. Tu n'avais pas réalisé à l'époque que ce geste-là, c'était toi, de sorte que tu le croyais dépendant des circonstances qui l'avaient vu naître, et ainsi les paroles décourageantes de l'animateur ont eu le pouvoir de le faire disparaître.
A 10 ans, tu as compris que tu étais un geste, mais la forme de ta compréhension ne te permettait de saisir que des états. Tu n'as pas pu placer ton centre de gravité dans le geste que tu étais, parce que rien autour de toi ne t'invitait à le faire : tu aurais dû pour cela croire en toi contre tout le reste. Tu n'as eu d'autre choix que de choisir "tout le reste", et tu t'es retrouvé de ce fait en porte-à-faux avec toi-même. Ce qui t'est arrivé là, ce n'est pas un destin uniquement personnel. C'est un destin archétypique. C'est le destin de Perceval. Perceval découvre le château de Graal, sans l'avoir cherché, mais il passe à côté de l'occasion de sauver le Roi Pêcheur et de devenir ainsi lui-même le Roi du Graal, parce qu'il ne pose pas la question qui aurait guéri le roi. Voici le texte de Chrétien de Troyes, au moment où Perceval se trouve devant la chambre du Roi :
Comme ils parlaient de choses et d'autres, un valet d'une chambre vint, qui lance brillante tenait, empoignée par le milieu. Il passa à côté du feu et de ceux qui étaient assis. Coulait une goutte de sang de la pointe du fer de lance et jusqu'à la main du valet coulait cette goutte vermeille. Le jeune hôte voit la merveille et se roidit pour ne point demander le sens. C'est qu'il se souvient des paroles de son maître en chevalerie. Ne lui a-t-il pas enseigné que jamais il ne faut trop parler ? Poser question, c'est vilenie. Il ne dit mot.
(...)
[plus tard, ayant quitté le château, il rencontre une pucelle qui lui dit :]
— Certes un grand honneur il vous fit quand près de lui il vous assit. Or dites-moi, avez-vous vu la lance dont la pointe saigne, n'ayant pourtant ni sang ni veine ?
— Si je la vis ? Oui, par ma foi !
— Et demandâtes-vous pourquoi elle saigne ?
— Jamais n'en parlai !
— Dieu m'aide ! Mais sachez donc que vous avez bien mal agi. Et vîtes-vous le Graal ?
— Je l'ai bien vu.
— Qui le tenait ?
— Une pucelle.
— D'où venait-elle ?
— D'une chambre. En une autre chambre elle alla.
— Nul ne marchait devant le Graal ?
— Si !
— Qui donc ?
— Deux valets sans plus.
— Et que tenaient-ils entre leurs mains ?
— Chandeliers garnis de chandelles.
— Et derrière le Graal, qui vint ?
— Autre pucelle.
— Que tenait-elle ?
— Un petit plat d'argent.
— Demandâtes-vous à ces gens vers quel lieu ils allaient ainsi ?
— Nul mot ne sortit de ma bouche.
— Dieu m'aide ! C'est pis encore ! Comment avez-vous nom, ami ?
Et lui qui son nom ne savait, soudain le connut et lui dit que c'est PERCEVAL LE GALLOIS. Mais ne savait s'il dit vrai ou non. Il dit vrai, pourtant ne savait. Quand la demoiselle l'entend, d'un coup se dresse devant lui, en disant toute courroucée :
— Alors votre nom est changé, ami !
— Comment ?
— En "Perceval le Chétif". Ah, malheureux Perceval, tu as connu male aventure de n'avoir jamais dmandé cela qui eût fait tant de bien à ce bon roi qui est blessé ! Bien vite il aurait retrouvé usage des membres et sa terre. Si grand bien en fut advenu ! Mais sache que malheur en viendra, à toi et à autrui pour ce péché, sache-le bien !
Chrétien de Troyes, Perceval, folio 1974, p. 92 et 98
Perceval n'a pas posé la question qui aurait guéri le roi et l'aurait fait, lui, roi du Graal. Il s'en est tenu à ce qu'on lui avait appris. Il n'a pas osé mettre le centre de gravité en lui-même, il n'a pas fait confiance aveugle à lui-même, mais à celui qui l'avait enseigné, et qui était censé savoir mieux que lui-même qui il était. C'est exactement ce que tu as fait toi-même. Tu n'as pas fait confiance à ce que tu étais, mais à ce qui pouvait t'expliquer. En quittant le château, lorsque la pucelle lui demande son nom, qu'il ignorait, aussitôt, il le sait : Perceval le Gallois. C'est son vrai nom, et pourtant il est faux, parce qu'il s'est trahi. Chrétien de Troyes a cette phrase qui dit tout : "Il dit vrai, pourtant ne savait". C'est exactement ce que tu as vécu : tu comprenais avoir vécu quelque chose de divin, mais tu ne savais pas ce que tu avais vécu. Tu n'avais pas osé t'inviter toi-même, à brûle-pourpoint et sans y être invité, comme Perceval n'a pas osé poser la question qui l'aurait placé activement au coeur de l'action. Tu es resté passif, réceptif, comme Perceval. Le silence et l'accueil sont un préalable nécessaire, mais à un moment il faut transgresser tout cela, transgresser la parole du maître, et se laisser être soi, sans retenue. C'est la partie yang. Comme tu dis : « ... c'est quelque chose à revendiquer, à affirmer, a accepter et à vivre sans complexe et surtout sans chercher à comprendre ou à justifier quoi que ce soit. » Perceval a voulu se justifier face aux recommandation de son maître, et il a perdu le Graal. Il a dû errer durant des années, à la recherche du château introuvable, jusqu'à ce qu'enfin il le retrouve, après bien des épreuves. Et alors il a posé la question, il s'y est invité sans retenue. |
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octave
Inscrit le: 15 Juin 2007 Messages: 78 Localisation: centre
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Posté le: Lu 28 Déc 2009 1:21 Sujet du message: |
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Bonsoir Joaquim, et bonsoir à tous
Quel bouillonnement, en te lisant. Quels bouleversements et quels étonnements aussi à découvrir des évidences que je n'avais jamais envisagé. Comme tout paraît simple et évident. Comme disent les arabes, je marche sur le tranchant de la dune (ou du sabre). C'est une position délicate et instable car on ne sait pas si on va conserver son équilibre ni de quel côté on risque de tomber.
Je reprends le début de ton message:
| Citation: | octave a écrit:
Être heureux sans raison c'est quelque chose à revendiquer, à affirmer, a accepter et à vivre sans complexe et surtout sans chercher à comprendre ou à justifier quoi que ce soit.
Joaquim a écrit: Tu décris là parfaitement le côté yang que j'essayais avec tant de peine dernièrement d'évoquer. L'affirmation gratuite de soi, une confiance totale que l'on se fait, justifiée par rien . Elle ne conduit bien sûr au bonheur que si elle prend son élan sur la position yin, qui en est le préalable incontournable : accueillir de manière inconditionnelle, sans rien saisir, en se laissant simplement féconder par ce qui est. Ces deux positions fusionnent dans le double geste du don de soi, et de l'assomption (de "assumer") de soi. C'est encore un exemple de double invalidation. |
En effet, le danger est double. D''un côté de la dune il y a le danger de "la seule affirmation gratuite de soi, une confiance totale que l'on se fait, justifiée par rien". Avec ces seules certitudes c'est de ce côté-ci qu'on trouve les sectes, les gourous, les petits maîtres et les escrocs en tous genres. Ils s'autorisent et se permettent tout et n'importe quoi sous l'unique prétexte qu'ils n'ont confiance qu'en eux ou en ce qu'ils croient, que c'est comme ça et qu'ils le revendiquent haut et fort!
De l'autre côté de la dune, il y a ceux qui se laissent féconder par ce qui est (par ce qui leur arrive) et qui accueillent les évènements de manière inconditionnelle (sans trop penser à remettre en question ce qu'on leur dit). De ce côté là de la dune on trouve les naïfs, les suiveurs, les fidèles, les disciples, les chercheurs, ceux qui se coupent du monde et ceux qui tendent l'autre joue pour qu'on les frappe à nouveau et bien sûr ceux qui écoutent les faux gourous, les petits maîtres et les escrocs en tout genre.
Bien sûr tout cela est caricatural, mais c'est pour mieux illustrer comment cette double invalidation, c'est-à-dire ces deux manières de rendre nul ce que nous sommes, ne peut se résoudre que si l'on arrive à monter et à avancer sur le tranchant de la dune, c'est-à-dire sur l'étroit chemin où les deux versants n'en font plus qu'un.
Je vous garantis que octave ne se doutait vraiment pas de la portée de ses mots lorsqu'il écrivait:
Être (heureux sans raison) c'est quelque chose à revendiquer, à affirmer, a accepter et à vivre sans complexe et surtout sans chercher à comprendre ou à justifier quoi que ce soit.
Jacques.
P-S: Une petite précision Joaquim; lorsque tu écris " Ces deux positions fusionnent dans le double geste du don de soi, et de l'assomption (de "assumer") de soi. C'est encore un exemple de double invalidation. "
Je crois comprendre dans ce double geste que le don de soi c'est le fait de s'ouvrir à ce qui vient, "se laisser féconder par ce qui arrive" et que dans le même temps il est indispensable d'assumer ce que l'on se sent être sans l'invalider d'une manière ou d'une autre. Autrement dit et comme tu le dis plus loin, un état qui se double d'un geste. Est-ce bien cela?
A suivre...  |
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joaquim Administrateur
Inscrit le: 06 Août 2004 Messages: 7128 Localisation: Suisse
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Posté le: Lu 28 Déc 2009 3:34 Sujet du message: |
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Bonsoir octave,
| octave a écrit: | | Je crois comprendre dans ce double geste que le don de soi c'est le fait de s'ouvrir à ce qui vient, "se laisser féconder par ce qui arrive" et que dans le même temps il est indispensable d'assumer ce que l'on se sent être sans l'invalider d'une manière ou d'une autre. Autrement dit et comme tu le dis plus loin, un état qui se double d'un geste. Est-ce bien cela? |
Oui, c'est bien cela.
Permets-moi de prolonger ces réflexions en reprenant un sujet qu'on avait abordé il y a quelque temps. La crête de la dune, c'est aussi celle qu'arpente Amélie quand elle emmène l'aveugle dans sa danse. La frontière est ténue entre l'illuminée heureuse qui interprète le monde à sa manière sans se préoccuper des envies éventuellement discordantes de celui qu'elle emmène, comme tu l'avais ressenti, et le simple élan de partage gratuit qu'on a trop souvent tendance à réprimer pour mille bonnes raisons, comme je l'avais perçu de mon côté. Il y a quelque chose de transgressif dans le geste d'Amélie, et c'est cela qui te gênait. Elle est pourtant éminemment réceptive à l'aveugle, elle ne regarde les choses qu'à travers les yeux qu'elle lui prête, mais elle n'est pas que cela ; elle n'est pas que réceptive. Elle le reçoit, et l'emmène sans lui demander son avis. Pour ma part, j'y sens précisément la fusion du yin offert et du yang qui s'impose dans la joie. Elle prend le risque de s'imposer, rien ne l'y invite, à part le mobile gratuit de vouloir le faire.
Voici le tableau de la vocation de St-Matthieu, peint par Le Caravage, qu'on peut admirer dans l'église de St-Louis-des-Français à Rome.
Le Christ tend la main vers St-Matthieu, pour lui signifier qu'il le choisit. Ce dernier pointe le doigt sur sa poitrine, avec un geste de surprise et d'incrédulité, et on peut voir à l'affairement de ses compagnons de table qu'il est tiré par l'intervention de Jésus d'une activité qui semblait fort captivante. La encore, on peut interpréter la scène comme la volonté intrusive d'un homme qui se choisirait un disciple à sa convenance, sans se soucier des aspirations de celui-ci ; ou alors, on peut le voir comme une déclaration d'amour, ne reposant sur rien d'autre que sur son propre mobile gratuit, et qui interpelle l'autre dans ce qu'il a de plus intime. Chaque fois, avec Amélie et avec la vocation de St-Matthieu, il y a prise de risque. Amélie et le Christ courent le risque que leur élan soit mal compris, qu'il soit refusé, mais ils s'y donnent sans laisser aucune prise sur eux aux scrupules qui pourraient les retenir. Non pas qu'ils veuillent imposer leur projet, mais ils sont mus par quelque chose auquel ils sont totalement donnés, et ce n'est qu'ainsi qu'ils peuvent toucher l'autre dans son intimité la plus profonde. Toute précaution ferait de leur geste un simple geste de charité ou de sollicitude envers autrui, mais pas un geste qui traverse l'individu de part en part. C'est un thème qui avait déjà été abordé sur l'ancien forum, à partir des réflexions de Francisco Varela sur l'éthique et le jugement moral :
| Citation: | «Cela étant, il n'est pas surprenant que la compassion spontanée, qui ne résulte pas de l'action volontaire des schémas habituels, ait pour caractéristique principale de n'obéir à aucune règle. Elle n'est pas le fruit d'un système éthique axiomatique ni même d'injonctions morales pragmatiques. Son aspiration la plus haute est de répondre aux exigences de la situation particulière. (...) On pose ici que la sollicitude authentique réside dans les fondements mêmes de l'Être (...).»
Francisco Varela, "Quel savoir pour l'Éthique", La Découverte, Paris, 1996, 2004, p. 116. |
Ailleurs, il dit ceci :
| Citation: | La question est très bien exposée dans le Tao Te King de Lao Tseu, où il se présente sous la forme de la célèbre formule, difficile à traduire, du wu-wei ("rien-faire"):
«L'homme de la plus haute vertu ne s'en tient pas à la vertu, et c'est pourquoi il possède la vertu [...].
L'homme de la plus basse vertu ne s'éloigne jamais de la vertu et c'est pourquoi il ne possède pas la vertu [...].
Ainsi le sage agit grâce au wu-wei et il enseigne sans aucune parole [...].
Alors les mille choses prospèrent sans interruption [...].
De moins en moins de choses sont faites jusqu'à ce que le wu-wei soit accompli.
Lorsque le wu-wei est accompli, rien ne reste non fait.»
Le grand problème de cette formulation, c'est qu'elle sonne comme un paradoxe. C'en est effectivement un, mais ce n'est pas un cercle vicieux. La solution consiste à en combiner les deux niveaux en un métaniveau que l'on ne pourra jamais découvrir par la seule analyse logique, comme beaucoup de savants ont essayé de la faire. En fait, le wu-wei désigne une expérience et un parcours d'apprentissage, et non une simple découverte intellectuelle. Il désigne l'acquisition d'une disposition où la distinction absolue entre le sujet et l'objet de l'action disparaît pour être remplacée par l'acquisition d'un savoir-faire où la spontanéité l'emporte sur la délibération. Comme dans tout savoir-faire véritable, il s'agit d'une action non-duelle.
pp. 56-57
Encore une fois, le paradoxe de la non-action dans l'action, c'est que l'individu devient l'action et qu'il s'agit ainsi d'une action non-duelle: "Cette action, dit Martin Buber, est celle de l'homme parvenu à sa pleine croissance, celle que l'on a désigné comme un rien-faire; parce que rien d'isolé, rien de partiel ne se meut plus dans l'homme, et que rien de lui n'intervient plus dans le monde [...]" (Martin Buber, Ich und Du, 1923). Quand on est l'action, il ne reste plus aucune conscience de soi pour observer l'action de l'extérieur. |
Ni Amélie avec l'aveugle, ni le Christ avec St-Matthieu, ne soumettent leur propre démarche à un jugement moral. Ils sont l'action qu'ils effectuent. Cette démarche n'est pas morale parce qu'elle répond à certains critères codifiés, mais parce qu'elle jaillit d'un fond d'eux-mêmes auquel ils sont entièrement donné. On pourra répliquer qu'un gourou narcissiquement imbu de sa personne n'agirait pas autrement. C'est vrai. Les deux gestes sont structurellement identiques, mais de polarité opposée : l'un est prédateur et orienté vers l'inflation du moi, l'autre est oblatif et orienté vers la transparence de soi.
L'enfant de 10 ans que tu étais a été ravi par quelque chose qui le dépassait, tout au moins qui dépassait son entendement, quelque chose qui était Lui dans ce qu'il a de plus profond. Il n'a pas pu rester fidèle à cette profondeur, parce qu'il lui a fallu composer avec son entendement. Je pense que les réflexions ci-dessus sur le jugement moral et l'action éthique touchent le même dilemme que celui qui te déchira à l'époque : peut-on se faire assez confiance à soi-même pour faire le bien sans devoir passer devant la "commission éthique" ? (pour paraphraser l'heureux terme créé par Pierre avec sa "commission vérité"). Peut-on oser se passer de cette position intérieure en troisième personne qui juge nos propres actes ? Peut-on être convaincu, sans rien qui justifie cette conviction, que ce que l'on est, au plus profond de soi, c'est le bien ? Et que, s'y abandonner sans retenue, c'est cela qui constitue le bien suprême ? C'est ce que tu n'as pas pu croire à 10 ans, peut-être parce que cela te serait apparu comme une inflation démesurée de ton moi. Ça peut l'être, si ce geste (yang) ne se développe pas sur une totale déprise de soi (yin). Mais si l'on garde l'équilibre, alors c'est, comme tu dis, marcher sur le tranchant de la dune. |
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daniel
Inscrit le: 15 Fév 2006 Messages: 11248 Localisation: belgique
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Posté le: Lu 28 Déc 2009 5:02 Sujet du message: |
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bonjour joaquim ! cher octave, chapeau bas !
et bien, ce que tu évoques, ici, joaquim, fait joliment, écho à ce que j'ai connu, pas plus tard, que tantôt ...
en effet, je venais de voir un débat du dimanche, qui parlait du paradis ... alors, étaient réunis là, des représentants de différentes religions, plus deux agnostiques dont un bouddhiste et un philosophe, et puis, un athée d'un cercle rationaliste ...
j'étais, encore, donc, avec la tête dans le débat, et les pieds dans la cuisine, quand je vis mon frère qui donnait son plat au chien, et qui allait de ses commentaires ... en regardant la scène, et le chien qui allait et venait, je me suis dit, "voilà, c'est lui, le chien, la porte qui mène au paradis ..." ... disons, qu'il me semblait évident, qu'avec sa bouille, son air taquin, son bel appétit, mais aussi, toute sa fragilité ..., qu'il était là, pour m'amener à faire des choix ... je pouvais "mal" m'en occuper, ou bien, "bien" m'en occuper ... mais très vite, je rejetai l'dée de"mal" m'en occuper, d'agir contre lui, cette seule idée me sembla incongrue, voir, complètement stérile ... quelque chose, en moi, de profond, ne l'acceptait pas ... je n'avais pas le choix, finalement ...
la profondeur, voilà l'essentiel, l'essence-même ... je ne peux l'occulter ...
il est dit ici :
| Citation: | | Encore une fois, le paradoxe de la non-action dans l'action, c'est que l'individu devient l'action et qu'il s'agit ainsi d'une action non-duelle |
j'ajouterais, que l'individu, dont on parle ici, et qui devient l'action, l'est (devenu) de manière naturelle ... parce qu'il l'est en profondeur...
ce que je dis ici, peut paraître, étrange, au regard de ce que j'ai pu dire sur l'autre topic (tradition, bouddhisme ...) ... mais c'est comme ça ... hè !  |
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octave
Inscrit le: 15 Juin 2007 Messages: 78 Localisation: centre
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Posté le: Lu 28 Déc 2009 11:14 Sujet du message: |
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Bonjour Daniel,
Le pragmatisme de ton exemple fait vraiment bien écho aux conversations précédentes. | Citation: | | "voilà, c'est lui, le chien, la porte qui mène au paradis ..." ... disons, qu'il me semblait évident, qu'avec sa bouille, son air taquin, son bel appétit, mais aussi, toute sa fragilité ..., qu'il était là, pour m'amener à faire des choix ... je pouvais "mal" m'en occuper, ou bien, "bien" m'en occuper ... mais très vite, je rejetai l'dée de"mal" m'en occuper, d'agir contre lui, cette seule idée me sembla incongrue, voir, complètement stérile ... quelque chose, en moi, de profond, ne l'acceptait pas ... je n'avais pas le choix, finalement ... |
Ton expérience m'amène à dire que lorsque l'on "voit" vraiment ce qui Est, quand on est dans le "temps présent", quand il n'y a pas de différence entre observateur et observé, quand on est ce qui est, ..., eh bien alors effectivement on n'a plus le choix. Il n'y a plus de bien ou de mal, il n'y a plus de jugement ni de commission d'éthique , il n'y a que l'action que je qualifierais d'instinctive (dans le sens "d'instinct éclairé" qu'il est impossible d'occulter comme tu le conclus toi-même).
Si je n'avais pas peur d'enfoncer une porte ouverte, je dirais que le paradis ou l'enfer c'est d'abord et avant tout le résultat de ma manière de vivre ce qui se présente.
Comme dirait ton chien qui mérite bien une petite caresse, Whoua-là, whoua-là! |
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miboogh
Inscrit le: 24 Fév 2007 Messages: 202
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Posté le: Lu 28 Déc 2009 13:04 Sujet du message: |
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Bonjour,
| Citation: | octave a écrit:
Être heureux sans raison c'est quelque chose à revendiquer, à affirmer, a accepter et à vivre sans complexe et surtout sans chercher à comprendre ou à justifier quoi que ce soit.
Joaquim a écrit: Tu décris là parfaitement le côté yang que j'essayais avec tant de peine dernièrement d'évoquer. L'affirmation gratuite de soi, une confiance totale que l'on se fait, justifiée par rien . Elle ne conduit bien sûr au bonheur que si elle prend son élan sur la position yin, qui en est le préalable incontournable : accueillir de manière inconditionnelle, sans rien saisir, en se laissant simplement féconder par ce qui est. Ces deux positions fusionnent dans le double geste du don de soi, et de l'assomption (de "assumer") de soi. C'est encore un exemple de double invalidation. |
Pourrais-tu Joaquim m'éclairer sur l'exemple de double invalidation que tu veux souligner ici ?
L'affirmation gratuite de soi, découle-t-elle de la découverte de ta Nature Réelle ? La gratuité semble-t-il, est celle de l'effacement du personnel identifié impliqué, | Citation: | | parce que rien d'isolé, rien de partiel ne se meut plus dans l'homme, et que rien de lui n'intervient plus dans le monde [...]" (Martin Buber, Ich und Du, 1923). | ainsi l'être réel, Yang libre, féconde l'offre Yin, ce qui est, dans la cohérence de cette rencontre Juste entre le Yin et le Yang.
En reprenant les mots d'Octave il s'agit donc de s'ouvrir à l'art de la marche sur l'arrête du sommet de la dune.
Mais peut-on le réaliser en revendiquant l'équilibre ? et faire de même avec l'état d'être heureux sans raison, ou devient-il nécessaire de trouver en Soi l'espace essentiel libre qui donne accès à cette forme d'être ?
Comme ci-dessus, s'ouvrir en tant que Juste Clarté sur le monde tel qu'il s'offre dans sa Perfection, et dans cette conjonction, le monde apparaît dans cette perspective "éclairée" de sa plénitude.
| Joaquim a écrit: | | Peut-on être convaincu, sans rien qui justifie cette conviction, que ce que l'on est, au plus profond de soi, c'est le bien ? Et que, s'y abandonner sans retenue, c'est cela qui constitue le bien suprême ? | La spiritualité est-elle autre chose que l'abandon à cette conviction ? |
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octave
Inscrit le: 15 Juin 2007 Messages: 78 Localisation: centre
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Posté le: Lu 28 Déc 2009 13:05 Sujet du message: |
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Dans la série intitulée les "cinq dernières minutes" le commissaire Bourrel ( interprété par Raymond Souplex) concluait ses enquêtes d'un retentissant "Bon dieu mais c'est bien sûr". C'était du temps où l'ORTF était encore en noir et blanc.
Donc dans la série "Bon dieu mais c'est bien sûr", voila ce que me font découvrir les derniers posts de Joaquim et de Daniel.
Professionnellement j'interviens en tant que consultant en relations humaines pour les entreprises qui ont besoin d'une intervention extérieure lorsqu'il s'agit de résoudre certaines difficultés internes. J'intervient également auprès de jeunes handicapés (mentaux et sociaux) pour les aider à trouver un sens à leur vie et se lancer dans l'aventure d'une formation qualifiante (type CAP). Avec l'expérience, je me rend compte que plus je suis transparent, moins je me préoccupe de moi et plus je suis en phase avec le public présent. Par moments je prend du recul pour voir ce que je dis ou fait, mais la plus part du temps, et surtout avec les jeunes, je n'existe pas, je ne réfléchis pas, je dis ce qui me vient à l'esprit et cela fait mouche pour ainsi dire à tous les coups. Comme me le disent souvent les éducateurs présents, je parle de ce qu'il fallait aborder avec tel jeune, l'exemple que je donne ou l'anecdote que je rapporte correspondent à sa situation précise, je dis pile ce qu'il fallait pour débloquer (sans le savoir) une situation problématique dont je ne suis pas nécessaireremnt au courant.
Au début (il y a 17 ans), j'étais étonné de m'entendre dire cela par les éducateurs présents. Mais depuis, j'accepte ce naturel et je me laisse aller à cette liberté sans m'interroger car je sais, sans le savoir, que si telle ou telle idée me viens à l'esprit c'est qu'il faut que j'en parle et qu'elle tombera juste. En fait je ne me le dis même pas, je laisse faire, et mon dieu que c'est bon!
Les rares fois où j'ai voulu préparer mes interventions pour aborder un sujet précis, ce n'était pas un fiasco, mais la magie n'était pas au rendez-vous.
Je vois ces jeunes 3 ou 4 fois dans l'année et à chaque fois sur une durée de 3 heures. Tout cela pour donner un exemple de la valeur de ce que je comprends maintenant être "l'action non-duelle", ou de la "non-action dans l'action" et qui me fait dire :" Bon dieu, mais c'est bien sûr".
Eh oui, il n'y a pas que monsieur Jourdan qui faisait de la prose sans le savoir! |
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octave
Inscrit le: 15 Juin 2007 Messages: 78 Localisation: centre
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Posté le: Lu 28 Déc 2009 13:20 Sujet du message: |
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joaquim a écrit | Citation: | | peut-on se faire assez confiance à soi-même pour faire le bien sans devoir passer devant la "commission éthique" ? (pour paraphraser l'heureux terme créé par Pierre avec sa "commission vérité"). Peut-on oser se passer de cette position intérieure en troisième personne qui juge nos propres actes ? Peut-on être convaincu, sans rien qui justifie cette conviction, que ce que l'on est, au plus profond de soi, c'est le bien ? Et que, s'y abandonner sans retenue, c'est cela qui constitue le bien suprême ? |
A cette question tellement bien formulée, je répondrai OUI, absolument et je pense l'exemple que j'ai donné répond également en partie aux interrogations que miboogh a formulé pendant que je rédigeais le post précédent. |
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octave
Inscrit le: 15 Juin 2007 Messages: 78 Localisation: centre
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Posté le: Lu 28 Déc 2009 14:58 Sujet du message: |
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c'est encore moi, mais dans l'enthousiasme de la découverte, j'ai oublier de préciser qu'en fait je me rends compte maintenant que je peux être tout le temps dans cette manière d'être (ou de non être) et que ce n'est plus réservé à une situation professionnelle. J'ai longtemps regretté de ne pas pouvoir travailler plus souvent pour vivre davantage cette posture intérieure et voilà maintenant que je découvre que rien n'est plus facile à "faire" dans l'instant.
Il suffit de rester conscient qu'on est en équilibre sur le tranchant de la dune qui unit l'abandon à ce qui advient avec "l'apparente arrogance" de la transgression. Transgression de tout ce que l'on croyait savoir, transgression de ce qu'on nous avait dit et appris à propos se soi, des autres et de la vie. Transgression qui en allant à l'encontre de ce que j'étais ( et qui à l'instar de Perceval m'a fait errer si longtemps dans le désert) me permet maintenant d'oser comme tu le dis transgresser la parole du maître, et se laisser être soi, sans retenue."!
Le pire (ou plutôt le meilleur), c'est que sans même faire l'effort de tirer sur ce petit bout de fil, tout le reste de la pelote vient tranquillement avec!
L'abandon à ce qui advient, c'est ne plus avoir de désirs égotiques à satisfaire. En ce moment, je n'ai plus d'attentes, de besoins ou de désirs particuliers à satisfaire et en conséquence je n'ai aucun problème pour satisfaire avec grand plaisir les attentes de mon entourage. Bon, en tout cas c'est comme ça que cela m'apparaît pour l'instant et c'est ce qui me permet (toujours pour l'instant) de me laisser être Moi, sans retenue.
Mais comme le disait fort justement Kippling "demain est une autre histoire".
- Qui vivra verra,
- Qui va piano va sano, qui va sano va lontano
- ...  |
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joaquim Administrateur
Inscrit le: 06 Août 2004 Messages: 7128 Localisation: Suisse
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Posté le: Lu 28 Déc 2009 15:53 Sujet du message: |
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| miboogh a écrit: | Bonjour,
| Citation: | octave a écrit:
Être heureux sans raison c'est quelque chose à revendiquer, à affirmer, a accepter et à vivre sans complexe et surtout sans chercher à comprendre ou à justifier quoi que ce soit.
Joaquim a écrit: Tu décris là parfaitement le côté yang que j'essayais avec tant de peine dernièrement d'évoquer. L'affirmation gratuite de soi, une confiance totale que l'on se fait, justifiée par rien . Elle ne conduit bien sûr au bonheur que si elle prend son élan sur la position yin, qui en est le préalable incontournable : accueillir de manière inconditionnelle, sans rien saisir, en se laissant simplement féconder par ce qui est. Ces deux positions fusionnent dans le double geste du don de soi, et de l'assomption (de "assumer") de soi. C'est encore un exemple de double invalidation. |
Pourrais-tu Joaquim m'éclairer sur l'exemple de double invalidation que tu veux souligner ici ? |
Bonjour miboogh,
Quand on est enfermé dans le petit moi, prendre appui sur soi, c'est enfler le petit moi. C'est nourrir le souci de soi. Alors, lorsqu'on se trouve dans cette position, et qu'on entend dire qu'il faut se faire confiance sans réserve, on a un peu l'impression qu'on nous invite à sauter à pied joint par-dessus un fossé de dix mètres. Il faudrait pratiquement dans le même mouvement lâcher le petit moi et prendre appui sur lui. Ce sont deux positions qui s'invalident. J'ai repris pour décrire sa résolution l'heureuse formule d'octave : l'annulation d'une double invalidation. Cette double invalidation, elle nous bloque, elle nous paralyse, parce qu'on est incapable de franchir un tel fossé. Cette double invalidation est équivalente à une double contrainte ; au chapitre "solution", on lit : « Paul Watzlawick explique qu'on ne sort d'une boucle paradoxale (double contrainte) que par un recadrage, permettant une lecture de la situation à un niveau différent. » C'est ce recadrage que j'ai proposé à octave. Lire autrement une situation qui semble bloquée sur un paradoxe insoluble, en le faisait à partir d'un point de vue différent, qui fasse apparaître une faille dans la compacité du paradoxe. On ne sort par du petit moi en l'affirmant, parce que l'affirmer, c'est s'y enfermer. Pourtant, il n'y a pas d'autre échappatoire hors de l'enfermement en soi que de cesser d'adorer les idoles que le mental nous présente, et de ne faire confiance qu'à ce qu'on est — et jusqu'à ce qu'autre chose se présente, ce qu'on est, c'est le petit moi. C'est insoluble. Pour en sortir, il faut se dégager des prémisses piégées que cette contradiction contient. Je l'avais formulé ainsi :
| joaquim a écrit: | | Elle n'est pas simple contradiction, parce qu'elle se réfère à deux instances qu'on confond, et qui pourtant sont distinctes : la conscience-je qui s'accroche à la sécurité des pensées, et la conscience-je qui advient lorsqu'on ose se passer de cette sécurité. C'est toujours "je", mais sous deux modalités radicalement distinctes. Le premier est passif, inconsistant, et pour cela s'accroche à ce qui lui donne consistance — ou plutôt, puisque tout n'est que virtuel dans cette position passive, à ce qui semble étoffer son inconsistance —, tandis que le second est actif : renoncer à s'accrocher est éminemment actif, c'est même le seul geste qu'on puisse faire lorsqu'on est piégé dans la passivité. Devenir actif en acceptant d'être passif, cela semble être une contradiction dans les termes. Pourtant il y a là aussi une distinction à faire, puisque l'un des termes est un état, et l'autre un geste : être passif, c'est un état ; accepter d'être passif, c'est un geste, et c'est donc actif. Réaliser cela, pleinement, se découvrir être ce geste-là, c'est s'éveiller à soi-même. |
Le geste yin de désappropriation radicale de soi et d'accueil inconditionnel de ce qui est, et le geste yang de se faire confiance et d'affirmer sans réserve ce qu'on est, apparaissent, au niveau des mots, totalement contradictoires. Devoir les exécuter simultanément, cela semble correspondre à une double contrainte, ou une double invalidation (chacune des position invalide l'autre). On a l'impression de devoir franchir le vide, sans rien qui nous garantisse qu'on ait raison de sauter. Mais pour peu qu'on l'ose, on annule cette double invalidation, et on se découvre être. |
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