Regards sur l'éveil
Café philosophique, littéraire et scientifique
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Pascal
Inscrit le: 27 Août 2007 Messages: 90 Localisation: Val de Marne (94)
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Posté le: Sa 19 Déc 2009 20:11 Sujet du message: Éveil et musique |
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| mushotoku-nad ICI, a écrit: |
Es tu sur que personne n'a senti de parfun, autour de toi?
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Bien j'ai remarqué récemment que mon entourage me trouvait parfois... triste!
Qu'as-tu? Qu'est ce qui te contrarie?
Ce qui est curieux, c'est que dans ces moments-là je ne constate aucune négativité en moi-même, plutôt une grande paix.
Peut-être que cela fait contraste avec des comportements antérieurs, et je ressens bien qu'il y a pas les mêmes réactions à certaines situations.
C'est pour ça que j'ai souhaité à contre courant choisir un nom à consonance "positive" comme parfum (son absence) ou "négative" comme la fadeur pour parler d'éveil...
Beaucoup de gens parlent de béatitude, d'expérience unique. Pour moi, mais encore une fois je ne qualifie cela d'aucun mot, je ne peux constater qu'une chose très ordinaire: juste du rien qui s'est emparé de moi.
Cela engendrant certes une vision plus claire sur le monde, m'observant souvent parler sans empreinte de ma "personnalité".
Concernant l'inspiration, et même si pour moi l'interprétation est une forme de création à part entière, j'essaierai d'écrire un jour un mot dans la rubrique culture sur ce sujet passionnant de la composition: la page blanche, le lâcher prise mais aussi, contrairement à ce qu'on pourrait croire, tous les choix que le mental doit opérer... vaste sujet!
Merci à toi aussi, Nad.
Dernière édition par Pascal le Sa 19 Déc 2009 20:22; édité 1 fois |
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Alain V
Inscrit le: 24 Fév 2007 Messages: 7212
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Posté le: Sa 19 Déc 2009 20:21 Sujet du message: |
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Il y a l'inspiration mais il y a aussi le talent.
Glenn Gould a composé mais je ne crois pas qu'en ce domaine il se soit montré aussi génial que dans son jeu pianistique.
Nietzsche, génial dans ses textes, était un excellent pianiste, mais ses compositions ne sont pas à la meme hauteur.
Il y a beaucoup d'exemples de ce type. |
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Pascal
Inscrit le: 27 Août 2007 Messages: 90 Localisation: Val de Marne (94)
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Posté le: Sa 19 Déc 2009 20:38 Sujet du message: |
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Oui ou encore Rousseau et dans le sens inverse Wagner, Schumann, Liszt...
En effet tel le prisme décompose plus ou moins une partie de la lumière, certains artistes sont restés plus transparents dans un mode d'expression propre.
Mais la frontière est bien sûr ténue entre ce qu'on appelle inspiration et talent. Et il faudrait sans doute définir avant toute discussion ce que chacun entend par ces termes. En tout cas l'un paraît pouvoir se passer de l'autre.
Le talent est peut-être la propension à, l'inspiration ce qui lui permet de se manifester... |
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Alain V
Inscrit le: 24 Fév 2007 Messages: 7212
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Posté le: Sa 19 Déc 2009 21:33 Sujet du message: |
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| Ce que je crois c'est qu'on peut etre inspiré sans avoir le talent pour le manifester. L'inspiration c'est très indéfini mais profondément créateur. Alors que le talent c'est l'exigence de la définition; c'est la création en actes. Aussi je crois que la technique et le talent sont indissociables tandis que l'inspiration peut se passer de toute technique. |
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mushotoku-nad
Inscrit le: 31 Mars 2006 Messages: 257 Localisation: gard
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Posté le: Di 20 Déc 2009 0:18 Sujet du message: |
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| Pascal a écrit: | Bien j'ai remarqué récemment que mon entourage me trouvait parfois... triste!
Qu'as-tu? Qu'est ce qui te contrarie?
Ce qui est curieux, c'est que dans ces moments-là je ne constate aucune négativité en moi-même, plutôt une grande paix.
Peut-être que cela fait contraste avec des comportements antérieurs, et je ressens bien qu'il y a pas les mêmes réactions à certaines situations. |
Peut-être bien que oui.
Les "qu'est ce qui t'arrive ?", ou même "mais tu es malade ou quoi?" ne font que témoigner justement de ce changement par rapport a des comportements antérieurs.
Certaines choses se transforment effectivement, et cela sans que nous tentions quoique ce soit.
Cela peut même aller si loin et dans des choses si concrètes que notre entourage ne comprend pas du tout .
Je crois que lorsqu'on parle "d'expérience unique" de béatitude, c'est de l'expérience d'éveil elle même. Des expériences dans leur aspect paroxistique.
Et apres, il y a ....aprés!
La dissolution du "moi" dans le vide et le Silence elle est paix.Et une sorte de" receuillement" permanent.
C'est dans l'Unité intérieure et l'ouverture totale au monde que la plenitude apparait, et la joie" sans objet".
C'est en tous cas ainsi que je le vis.
| pascal a écrit: | | Le talent est peut-être la propension à, l'inspiration ce qui lui permet de se manifester... |
Bonne formule, je trouve..
leur nature respective, le lien entre les deux et ce qui nait de leur "union" peut réellement être approfondis à plusieurs niveaux de sens et de compréhension.
la Création et l'Art aussi.Non?.
Je ne doute pas que l'interprétation est aussi une forme de création. De re-création en tout cas.
Et je pressens ce que peux être la composition .
Là aussi je sais d'avance que les parrallèles ne manqueront pas pour éclairer nos chemins intérieurs.
Alors je me réjouis de te lire bientôt sur ce sujet , Pascal
Bien à vous deux... |
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Pascal
Inscrit le: 27 Août 2007 Messages: 90 Localisation: Val de Marne (94)
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Posté le: Di 20 Déc 2009 2:28 Sujet du message: |
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| mushotoku-nad a écrit: |
La dissolution du "moi" dans le vide et le Silence elle est paix.Et une sorte de" receuillement" permanent.
C'est dans l'Unité intérieure et l'ouverture totale au monde que la plenitude apparait, et la joie" sans objet".
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D'après ce que je comprends de ce que tu écris, ce sentiment de paix peut être un préalable à cette "ouverture totale au monde"? |
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daniel
Inscrit le: 15 Fév 2006 Messages: 11248 Localisation: belgique
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Posté le: Di 20 Déc 2009 5:16 Sujet du message: |
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bonjour pascal, toniov et nad !
l'Unité intérieur me semble primordiale ... ne plus être divisé ... (entre par exemple, ce à quoi l'on aspire et la réalité des faits, de nos limites ...) ...
la "joie sans objet", peux-tu nous en dire plus, nad ... faut-il l'avoir connu avec objet, avant ... avoir reçu beaucoup de cadeaux, connu des rencontres inattendus, etc ... je ne connais pas spécialement, cette joie là, à part ce qu'on appelle, la joie altruiste ... ça, ça m'arrive ... hè !  |
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mushotoku-nad
Inscrit le: 31 Mars 2006 Messages: 257 Localisation: gard
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Posté le: Di 20 Déc 2009 15:33 Sujet du message: |
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| Pascal a écrit: | D'après ce que je comprends de ce que tu écris, ce sentiment de paix peut être un préalable à cette "ouverture totale au monde"?
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Non seulement il "peut- être" un préalable, mais c'est un préalable incontournable.Le "vide de soi" de la dissolutiondu sens du "moi", et sa paix sont un passage incontournable.
Car il ne s'agit pas d'être ou de devenir "quelqu'un d'ouvert" ("par nature"), mais de découvrir l'Ouvert tout inclusif en soi...
Mais cela peut aussi rester simple vide , paix , si le Regard intérieur (actif) reste subtilement tourné vers sa source.
C'est parfois ce qui est enseigné dans certaines voies, et à travers certaines techniques de méditation pour acquérrir le détachement de tout ce qui est perçu et ressenti.
Je crois que cela dépend vraiment du chemin de chacun
là, il s'agissait en fait justement de ces aspects de "l'expérience" intérieure:
| nad a écrit: | Mais lorsque le Regard se porte à partir du Voir de ce vaste espace libre et inconditionné , il devient juste un geste de focalisation nécéssaire dicté par la nécéssité de notre réponse à l'instant .
Son aspect discriminant devient Discernement,lumière...
Conscientisation.
Pur Etre/ non être et Conscience d'Etre entiérement Unis, ici et maintenant avec ce qui se déploit dans son champs.
C'est ça la Presence, non?
Et lorsque ce Regard se porte sur sa propre source, il la rée-intégre instantanément, pour revenir dans ce Voir indifférencié.
C'est cette danse indissociable qu'il faut découvrir en Soi. Sa musisque, et son mouvement.Son harmonie et son équilbre, ou ses disharmonies et ses déséquilibres.
Et c'est de cette Respiration ,dans le mouvement imfime et subtil de ce mariage intérieur que s'effectue la libération de ce qui est Vu et Regardé.
de La aussi qu'émerge l'acte , la parole, ou le geste créateur. |
Si cet Ouvert tout inclusif n'est pas découvert comme étant notre véritable nature alors sa plénitude ne l'est pas encore non plus . Ni la joie sans objet, bien sur.
Parfois c'est une histoire "d'expérience d'éveil".
De vision, ou bien des enseignements qui en naissent.
On peut s'être éveillé au Rien de l'illusion du moi sans que ce "moi" se soit pour autant dissout dans le Tout.
Alors on peut aussi rester là, dans un vide ouvert, paisible et neutre...
| daniel a écrit: | | la "joie sans objet", peux-tu nous en dire plus, nad ... faut-il l'avoir connu avec objet, avant ... avoir reçu beaucoup de cadeaux, connu des rencontres inattendus, etc ... |
Rien du tout a voir avec la joie qui est le résultat de la satisfaction d'un désir, ou avec le plaisir lié à une situation.
Et ce n'est pas non plus la joie altruiste.
C'est une Joie d'un tout autre ordre, "receuillie", vivante, sereine, qui englobe tout l'être dans une détente profonde, sans aucune cause .
Une joie qui est simplement une des "qualités" de cette Unité intérieure Ouverte, tout comme l'amour, le silence et la paix.
Une plenitude d'être nourrie de l'évidence profondement ressentie de la perfection de Ce qui Est et a travers laquelle la beauté et "le sacré" de l'existance au monde est une évidence totale, tout autant que son impermanence et son mouvement totalement accepté.
Et (si il n'y a pas de "happage" soudain par des conditionnements encore inconscients de l'identification., et les pollutions intérieures qui s'ensuivent.!!!) , le mouvement de respiration se fait entre cette plénitude et la paix silencieuse du vide de soi.
C'est cette joie qui est à l'origine de certains "sourires bouddhiques" qui peuvent rester totalement incompris...
Cela aussi provoque des reflexions étonantes.
Genre: "Oooohhhh! Toi, tu es amoureuse..."
Cela fait aussi que beaucoup de gens que tu croises dans la rue te sourient, te disent bonjour ou t'adressent la parole croyant que c'est a eux qu'il s'adresse.
Et d'autres par contre, ne le supporte pas du tout.( ils le ressentent avec une certaine aggréssivité comme Hypocrite, ou "allumé" plutôt qu'illuminé...). Cela arrive aussi, et plus souvent qu'on ne croit, surtout dans les milieux spirituels, lorsque cette saveur d'Etre n'est pas partagée ou reconnue.
Bien à Vous...  |
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joaquim Administrateur
Inscrit le: 06 Août 2004 Messages: 7128 Localisation: Suisse
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Posté le: Je 24 Déc 2009 18:48 Sujet du message: |
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Bonjour Pascal,
Je ne t'avais pas posé la question, mais je pensais précisément à ce dont tu parles dans ton dernier message, et je me demandais si pour toi, qui vis dans une telle intimité avec la musique, l'intrusion de la conscience-je brisait la magie, ou s'il t'était possible de l'intégrer pour "remonter dans le train". Tu y as répondu, par la négative, et en y réfléchissant, je pense que c'est naturel qu'il en soit ainsi. D'abord parce que pour pouvoir remonter dans le train, il faudrait pouvoir s'arrêter, se poser, revenir au silence et à l'ouverture simple aux choses, de manière à ce que l'élan intérieur qui nous porte affleure à nouveau, et nous propulse en orbite. Or, quand tu joues, tu n'as pas le temps de le faire. Tu dois poursuivre ton exécution, de manière consciente puisque tu n'es plus porté, et cette conscience est précisément ce qui maintien à distance le lâcher-prise. Tu ne peux pas te lâcher, parce qu'il faut continuer à jouer. Il faudrait que le plaisir du jeu revienne, que tu t'y oublies, et alors tu serais peut-être à nouveau porté. Mais j'imagine que c'est difficile de s'oublier quand on court après les notes. Bien sûr, on peut apprendre à ne pas couper le fil. C'est une question d'expérience. Surtout, en fait, de confiance en soi. L'intrusion de la conscience-je est toujours, d'une manière ou d'une autre, liée à une forme d'angoisse. "Je" réapparaît, parce qu'une peur a surgi. "Je" était donné à la musique, et tout-à-coup, une idée surgit, qui lui fait apparaître un danger. Cela peut être la peur d'être jugé, la peur de décevoir, ou la peur de n'être pas assez bon. Toutes ces peurs ont en commun le souci de l'image qu'on donne. Ce n'est pas le signe d'un ego démesuré, mais celui d'un certain manque de confiance en soi. Il ne me semble pas que tu en souffres tellement d'ailleurs, si j'en juge par ta musique, ou par les entretiens radiophoniques que j'avais entendus à l'époque.
Il y a une deuxième raison, plus fondamentale, qui fait qu'il me semble impossible d'intégrer la conscience-je à l'intérieur de ce genre d'états de fusion avec son environnement. C'est parce que ces états de réceptivité habités sont des états que j'appellerais yin. Des états hypnotiques durant lesquels on devient la chose que l'on regarde ou le geste que l'on fait. Comme lorsque j'écris en ce moment (sans prétention à la virtuosité, bien sûr). Je surfe sur une pensée qui me porte. Je ne dois pas la saisir, mais la laisser s'imprimer sur la cire de ma conscience. Je dois être présent, pour que l'impression ait du relief, mais je ne dois pas la saisir, car cela romprait le lien qui l'alimente. Si je le faisais malgré tout, je devrais m'arrêter, en panne, et reprendre plus tard peut-être. Tant que le fil est palpable, on peut agir, le tendre ou le détendre pour le faire accoucher de son chant. C'est une activité, mais une activité yin, réceptive. Elle est créatrice, certes, mais au sens d'un accouchement. Il s'agit de palper, de toucher le fil, dans un état de fusion avec ce que l'on touche. Dans toute activité de nature hypnotique, il est exclu d'y introduire la conscience-je. Celle-ci brise toujours le charme. On peut au mieux la repousser vers la sortie, et retrouver la paix. Le geste yin, c'est accoucher d'une création parce qu'on est fécondé par l'esprit qui nous traverse. Mais cet esprit n'est pas "je". C'est l'esprit de la chose à laquelle on s'ouvre. Pour boucler le cercle du Tao et intégrer le yang, il faut oser une transgression de l'harmonie yin, il faut oser la détruire complètement (je pense là à l'oeuvre obscure de Jourdain), être insolemment et pleinement "je", tout en gardant du mouvement yin l'élan d'une totale désappropriation. |
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Pascal
Inscrit le: 27 Août 2007 Messages: 90 Localisation: Val de Marne (94)
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Posté le: Je 24 Déc 2009 23:59 Sujet du message: |
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Bonjour Joachim,
ce que tu écris est en effet en phase avec ce que je peux ressentir.
J'ajouterais cependant quelques nuances, dont l'expérience me prouve qu'elles sont plus importantes qu'elles peuvent en avoir l'air. Elles sont aussi un guide dans mon parcours.
Tout d'abord la notion de peur et de confiance en soi. La peur d'être jugé est réelle: celle liée aux traditions, aux références, au petit ego, à l'incapacité d'être relié à la source... Je n'entrerai pas ici dans leur analyse propre.
Pour autant il faut dire qu'il n'y a pas que la peur qui peut interrompre le fil. Aussi étrange que cela puisse paraître, tu peux te trouver dans un état de réceptivité totale et de confort maximal et voir débarquer une pensée du type "tiens, est ce que j'ai bien payé le parcmètre?"!
Refus de l'instant? Peur déguisée? Compensation d'une perte totale de repère inadmissible? Ou tout simplement l'esprit dans sa nature naturelle de mouvement.
Il peut cependant être aisé (tout comme impossible) de renouer avec la musique, tout processus mourant lorsqu'il n'est plus nourri.
Il est à noter que dans les moments de grande réceptivité aucun effort n'est requis pour observer la moindre petite pensée que l'esprit est en train de créer.
Par ailleurs la peur ne me semble pas toujours liée dans mon identité de concertiste à un manque de confiance en soi. Le moindre bruit d'une salle, un petit déséquilibre sur le piano, un enregistrement en direct et j'en passe sont autant d'éléments qui peuvent s'avérer dévastateur.
Enfin, et c'est là qu'on rejoint peut-être le plus notre sujet, la "conscience-je" ne détruit pas toujours ("paradoxalement" comme je l'écrivais dans un autre post) l'inspiration.
Exemples: j'ai pu constater qu'en sachant la présence de quelqu'un dans une salle, j'ai été transcendé par une volonté de partage hors du commun absolument née de l'image que je souhaitais lui rendre.
Ou bien jouant une oeuvre d'une haute virtuosité, la "démonstration" a permis de donner à l'oeuvre une dimension que je ne soupçonnais pas. Mieux, je me rendis compte que cette extériorisation égotique fut la condition sine qua non, la source même qui l'avait fait naître, avec laquelle je me mis en résonance dans une sorte de duel contre le compositeur à travers le temps..
Quand on est très jeune, on pense qu'on est maître à bord, puis ensuite qu'on n'y est pour rien, la vérité se situe sûrement dans l'équilibre, mieux l'interdépendance, entre le simple canal et le flux, de même que lorsqu'un artiste veut rompre avec l'ordre établi il édicte de nouvelles règles qui permettront l'émergence d'une créativité pure, règles qui n'auraient jamais vu le jour sans elle.
C'est comme si la création était généreuse avec elle-même, créant les conditions de son propre développement et de son propre plaisir. |
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miboogh
Inscrit le: 24 Fév 2007 Messages: 202
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Posté le: Ve 25 Déc 2009 12:49 Sujet du message: |
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Bonjour Pascal, Bonjour Joaquim, et Bonjours à tou(te)s,
Merci Pascal pour cette observation claire du fonctionnement de l'esprit, et lorsque tu dis
| Citation: | | C'est comme si la création était généreuse avec elle-même, créant les conditions de son propre développement et de son propre plaisir. |
en conclusion à ce que tu écris sur cet état d'interdépendance entre simple canal et le flux, cela montre que la création est une continuité de l'instant qui est variable dans ses modes, soit purement inspiré de son coeur ou en interaction avec ses choix ou l'environnement. C'est certainement la "pratique" de l'inspiration, en quelque sorte ta nécessité de concertiste, qui t'a fait trouver l'espace de sa continuité qui intègre alors tout en son sein créatif, même une pensée passagère, sans perdre son flux. Tout comme peut se présenter la conscience "je" elle aussi pensée passagère qui n'a pas plus de substance réelle.
Le flux créatif est constant, et l'espace de sa spontanéité a une "saveur" particulière qui fait office de rappel à Soi quand l'esprit s'y coule, comme une sorte de préalable à l'improvisation, tout au moins c'est ainsi que je le ressens dans le chant, et ce fil qui relie à l'Etre peut devenir le conducteur qui induit la liberté dans tous les instants de la vie. En quelque sorte la manière d'improviser sa vie, en Présence. |
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mushotoku-nad
Inscrit le: 31 Mars 2006 Messages: 257 Localisation: gard
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Posté le: Ve 25 Déc 2009 19:32 Sujet du message: |
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Bonjour à vous tous, et merci pour le subtilité de cet échange
| joaquim a écrit: | | Le geste yin, c'est accoucher d'une création parce qu'on est fécondé par l'esprit qui nous traverse. Mais cet esprit n'est pas "je". C'est l'esprit de la chose à laquelle on s'ouvre. Pour boucler le cercle du Tao et intégrer le yang, il faut oser une transgression de l'harmonie yin, il faut oser la détruire complètement (je pense là à l'oeuvre obscure de Jourdain), être insolemment et pleinement "je", tout en gardant du mouvement yin l'élan d'une totale désappropriation. |
et:
| Pascal a écrit: | Enfin, et c'est là qu'on rejoint peut-être le plus notre sujet, la "conscience-je" ne détruit pas toujours ("paradoxalement" comme je l'écrivais dans un autre post) l'inspiration.
Exemples: j'ai pu constater qu'en sachant la présence de quelqu'un dans une salle, j'ai été transcendé par une volonté de partage hors du commun absolument née de l'image que je souhaitais lui rendre.
Ou bien jouant une oeuvre d'une haute virtuosité, la "démonstration" a permis de donner à l'oeuvre une dimension que je ne soupçonnais pas. Mieux, je me rendis compte que cette extériorisation égotique fut la condition sine qua non, la source même qui l'avait fait naître, avec laquelle je me mis en résonance dans une sorte de duel contre le compositeur à travers le temps.. |
Je crois que l' ouvert ( Yin), c'est effectivement comme le dit Joaquim"C'est une activité, mais une activité yin, réceptive. Elle est créatrice, certes, mais au sens d'un accouchement. Il s'agit de palper, de toucher le fil, dans un état de fusion avec ce que l'on touche. Dans toute activité de nature hypnotique, il est exclu d'y introduire la conscience-je."
le "je", là, n'est qu'instrument.
Mais le "je" des lorsqu'il entre en relation avec le monde extérieur,ou avec une situation peut donner une direction à l'inspiration.
Et la "tournure" spécifique que prends alors la création est subtilement le fruit de l'attention et de l'intention du "je" dans cette relation.
Et cette intention peut naitre d'une volonté( actif), ou être le fruit d'une réceptivité( passif)
C'est ainsi que je comprends la musique de Pascal qui change lorsqu'elle s'adresse subtilement a quelqu'un de précis dans la salle, ou d'une démonstration qui donne une autre dimension a l'oeuvre qu'il interprète.
L'inspiration yin pur est "inspiration en soi", et lorsque l'actif intervient en tant que terme et pôle d'une relation ( que ce soit à une situation ou à une personne), elle devient "réponse spécifique " à la relation.
Et dans ce sens la création peut s'exprimer dans sa richesse infinie, et effectivement, la "démonstration"( dans tous les sens du termes) peut permettre une dimension insoupçonable.
Pascal, comme cela ne procéde pas du même "fonctionnement"intérieur,
peux tu partager avec nous ce qu'il en est pour toi quand il s'agit de l'improvisation et de la composition? :) |
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Pascal
Inscrit le: 27 Août 2007 Messages: 90 Localisation: Val de Marne (94)
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Posté le: Ve 25 Déc 2009 21:30 Sujet du message: |
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| mushotoku-nad a écrit: |
Pascal, comme cela ne procéde pas du même "fonctionnement"intérieur,
peux tu partager avec nous ce qu'il en est pour toi quand il s'agit de l'improvisation et de la composition?  |
Vaste sujet! Qu'il faudrait traiter sans doute avec plus de temps mais je vais essayer d'être aussi concis que possible. Une question qu'il faudra du coup peut-être déplacer dans une autre rubrique?..
Je ne suis pas sûr que cela ne procède pas du même fonctionnement intérieur mais disons que les " enjeux" sont différents.
On pourrait dire que la composition est une improvisation qui a été fixée, l'improvisation une composition non aboutie.
Lorsqu'on improvise, on impulse une première étincelle, un premier son A qui induira un second B, donnant forme à une structure AB qui par sa texture donnera encore naturellement naissance à d'autres idées. C'est une fécondation.
L'écoute est donc à la fois dans la prise de conscience de ce qui vient d'être joué et l'anticipation de ce qui va l'être. Là aussi ces deux éléments sont interdépendants. Le matériau musical prend forme en terme d'identité harmonique, de thèmes ou de non thèmes etc par elle-même et pour elle-même, créant finalement en quelque sorte une composition de couleurs, d'humeurs ou d'états d'âme.
Lorsque ma fille me demande de lui raconter une histoire, je dis "il était une fois un chat qui était dans un arbre...", je ne sais pas ce que je vais dire le mot suivant bien qu'en même temps chaque mot crée une jurisprudence, un contexte précis dans lequel la narration se déroulera. Peu importe comment le chat se retrouve sur la route la phrase suivante, l'essentiel étant en quelque sorte ce qui arrive au chat.
Dans la composition, l'intuition de l'improvisation est omniprésente mais la manière et la raison pour laquelle le chat sera descendu de l'arbre, la forme que revêt la narration occupera une fonction déterminante, les ponts et les transitions créant des éléments même de la narration.
Cela n'engendre plus "finalement une composition" car alors de nombreux choix se sont opérés, qui ont à la fois complexifié le matériau musical et l'ont rendu plus fluide et cohérent. Cela explique en partie la hantise de la page blanche, qui ne peut arriver dans l'improvisation.
J'espère que je suis clair... |
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joaquim Administrateur
Inscrit le: 06 Août 2004 Messages: 7128 Localisation: Suisse
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Posté le: Sa 26 Déc 2009 16:24 Sujet du message: |
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Bonjour Pascal, - et Nad, daniel, miboogh, toniov
Merci pour ces fines observations.
| Pascal a écrit: | Pour autant il faut dire qu'il n'y a pas que la peur qui peut interrompre le fil. Aussi étrange que cela puisse paraître, tu peux te trouver dans un état de réceptivité totale et de confort maximal et voir débarquer une pensée du type "tiens, est ce que j'ai bien payé le parcmètre?"!
Refus de l'instant? Peur déguisée? Compensation d'une perte totale de repère inadmissible? Ou tout simplement l'esprit dans sa nature naturelle de mouvement.
Il peut cependant être aisé (tout comme impossible) de renouer avec la musique, tout processus mourant lorsqu'il n'est plus nourri.
Il est à noter que dans les moments de grande réceptivité aucun effort n'est requis pour observer la moindre petite pensée que l'esprit est en train de créer. |
Effectivement, cela n'est pas la peur... Ça m'apparaît plutôt comme une forme de distraction, comme si tu n'étais dans ces moments-là pas pleinement dans la musique, pas vraiment pris, comme si tu en avais un peu marre. J'imagine que cela doit être très exigeant de nourrir pour chaque concert l'enthousiasme nécessaire pour rassembler dans un faisceau unique tous tes élans disparates. En disant cela, je réalise que c'est peut-être cela qui se passe lorsque la présence d'une personne particulière dans la salle devient si importante pour toi qu'elle fédère tous tes élans en un seul mouvement avec lequel tu fusionnes. Dans les concerts plus neutres, si j'ose dire, lorsque la salle n'est pas incarnée par une personne à qui tu t'adresses, c'est la musique seule que tu as en face de toi, et du coup la présence de la salle, au lieu de fédérer par l'enthousiasme toutes tes forces, risque plutôt de te sortir de ton dialogue intime avec la musique ; ou tout au moins ajoute-t-elle à ce dialogue un élément de stress, qui à la fois en accroît la tension intérieure, et à la fois en perturbe le cours paisible. Si j'ose te poser cette question : est-ce que les interprétations les plus parfaites qui t'ont été accordées ont eu lieu lorsque tu étais seul avec ton piano, lorsque tu jouais pour des intimes, ou lors d'un concert ?
| Pascal a écrit: | | Par ailleurs la peur ne me semble pas toujours liée dans mon identité de concertiste à un manque de confiance en soi. Le moindre bruit d'une salle, un petit déséquilibre sur le piano, un enregistrement en direct et j'en passe sont autant d'éléments qui peuvent s'avérer dévastateur. |
Voilà un point qui me paraît essentiel, et qui m'a toujours profondément troublé. Que l'accession à l'essentiel puisse être tributaire d'éléments si matériellement contingents. C'est choquant pour la raison, et pourtant c'est bien ainsi. Comme il est choquant que la modification d'infimes portion d'ADN puisse conduire à une profonde infirmité. C'est le même phénomène qu'on retrouve dans tous les rituels sacrés, me semble-t-il : leur déroulement obéit à un schéma strict, dont la moindre enfreinte invalide tout le processus.
Bien sûr, lorsqu'on examine le problème sous son versant psychologique, on voit que la peur joue aussi un rôle, puisque la fonction des comportements obsessionnels (dont les rituels sont l'expression la plus pure), c'est la défense contre l'angoisse. Il faut pouvoir se sentir en sécurité pour se lâcher. Les rituels auxquels on croit nous persuadent qu'on maîtrise la situation, et nous offrent ainsi l'environnement propice au lâcher-prise. Mais plus on parvient à lâcher-prise, plus on découvre aussi qu'il existe tout au fond de soi une confiance fondamentale, à laquelle on pourrait avoir accès à tout instant, sans rituel rassurant, pourvu qu'on ne s'accroche à rien. On le sent, on sait que c'est vrai, mais il y a en nous encore tant d'aspérités auxquelles on s'accroche qu'on est finalement toujours en chemin vers cette confiance absolue.
| Pascal a écrit: | | Ou bien jouant une oeuvre d'une haute virtuosité, la "démonstration" a permis de donner à l'oeuvre une dimension que je ne soupçonnais pas. Mieux, je me rendis compte que cette extériorisation égotique fut la condition sine qua non, la source même qui l'avait fait naître, avec laquelle je me mis en résonance dans une sorte de duel contre le compositeur à travers le temps.. |
Un bel exemple de geste yang. Il est toujours très difficile de le décrire, contrairement au geste yin (le lâcher-prise). Et il ne peut donner du fruit que s'il s'inscrit dans le prolongement d'un geste yin. |
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Pascal
Inscrit le: 27 Août 2007 Messages: 90 Localisation: Val de Marne (94)
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Posté le: Lu 28 Déc 2009 1:45 Sujet du message: |
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| joaquim a écrit: | Si j'ose te poser cette question : est-ce que les interprétations les plus parfaites qui t'ont été accordées ont eu lieu lorsque tu étais seul avec ton piano, lorsque tu jouais pour des intimes, ou lors d'un concert ?
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En fait il n'y a pas vraiment de règle.
Un concert en "haute tension" peut faire des miracles, alors qu'un autre en petit comité peut générer des tensions paralysantes.
Lorsque je parle de tension, c'est d'abord dans son sens premier, physique: il faut dire que nous travaillons beaucoup sur la détente, la technique instrumentale devant toujours être liée à notre physiologie. Nous devons rester vigilant sur chaque grain de sable qui peut s'insérer dans la machine musculaire, tout comme celui dans l'esprit comme nous en avons parlé.
Jouer chez soi peut être un moment de très grande intensité, j'en garde sans doute les souvenirs les plus prégnants de ma vie de musicien, surtout à la tombée ou au coeur de la nuit, propice au silence et à l'arrêt du temps.
Mais ce que j'ai remarqué, c'est le dénominateur commun qui prélude à un moment fort: l'enthousiasme, l'envie de jouer.
Certes pour ce qui concerne certains concerts, on doit se battre comme un lion dans l'arène et ça peut finir par décoller dans la force et le dépassement de soi. Mais rien ne remplace le besoin inhérent d'entrer sur scène, le plaisir de s'approprier cet espace et de l'investir de tout son être.
Ce besoin provient toujours d'une dimension égotiste, c'est d'abord cela qui nous pousse. |
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