sephres
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Posté le: Di 07 Fév 2010 3:32 Sujet du message: un chemin personnel, de la mort à la naissance |
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Je suis l'enfant de moi même.
Seul, je me suis donné naissance ; et pour cela il m'a fallu préalablement mourir. Un décès lent, perpétuel, présent à chacune de mes expirations, chacune de mes pensées. A travers la mort, je me suis libéré, épuré, mes scories se sont faites plus rares.
Bien sûr, je suis l'enfant d'un papa, et l'enfant d'une maman. Mais il m'est impossible de le rester ; leur amour lié à leurs attentes m'ont trop longtemps étouffés. Je ne peux que me donner naissance, et devenir mon oeuvre. Quelle tâche plus noble que celle de s'enfanter ?
L'accouchement est douloureux, immensémment, plein de larmes et de désespoir ; mais une fois la sensation de solitude passée, un souffle nouveau se présente à soi ; et une liberté nouvelle coule dans le coeur.
Je suis le fruit d'une chaine de souffrance, l'enfant né dans la prison de mes parents. Un lieu noir, dur, ou la nourriture se fait pauvre et les promenades rares. Cette malédiction, il a été de mon rôle de la briser ; qui m'aurait libéré ? Aucun prisonnier ne libère un autre prisonnier, il m'a donc fallu trouver des alliés à l'extérieur.
Des fils et des filles de Platon, sortis de la caverne, familier de la puissance inimaginable du réel.
Mes chaînes s'appellent colère, demande et manque. Une mer d'acide, d'amertume et un amour d'enfant me retenaient. J'étais infantile, et légitime dans ma lutte. Mais demander à un père prisonnier de libérer son fils était une voie sans issue, un piège subtil à affronter dans toute sa douleur.
J'ai lutté, encore et encore, jusqu'à l'épuisement, m'emmenant souvent au bord de la folie. Tous me disaient d'arrêter, de vivre, d'accepter cette vie sombre ou je dormais pieds et poings liés. Mon combat était illégitime, aux yeux du monde, mais je me remercie, sincèrement, d'avoir persévéré.
Quelque chose en moi m'appelait. Le souvenir d'une promenade intérieur, d'un souffle attrapé du bout des lèvres ; la promesse d'un paradis vide et lumineux me hantait, m'animait. J'y aspirais comme on aspire à l'amour, un désir défiant toute imagination.
J'ai accepté de lutter contre mes parents, contre mon propre coeur ; j'ai insulté mes chaïnes, fait de mon mieux pour les briser. J'ai frappé en moi ces zones d'ombres, haï l'image d'un moi détesté de tous ; puis au bout de la haine, là ou l'espoir n'est plus, le grand nettoyage a pu s'opérer.
La fin de la guerre, et les derniers temps de ma grossesse m'ont causés une immense fatigue. Je portais la graine, en moi ; je la nourrissais de pensées, d'amour forcé qui progressivement devenait sincère.
Une nuit au parc floral ; un dialogue entre moi-parent et ce moi en gestation, et un lien beau à pleurer ; je me disais au revoir, salut à ce Guillaume malheureux, perdu dans une existence morne et incohérente. Je lui pardonnais de n'avoir pas été comme il l'aurait fallu car je voyais bien qu'au fond il n'y avait pas de coupable ; alors que dire et que faire ? Simplement accepter ce passé là, et pardonner à tous les éléments ayant engendrés ces souffrances.
Paisiblement, sans exiger quoi que ce soit. Être un peu soi, en toute ouverture. C'était l'heure de ma mort, et c'était une fin magnifique, empli d'une paix préservée du fracas du monde.
Quelques temps plus tard, je suis né. Et je suis mon propre père. Les amis étaient là à mon arrivée, ils me souriaient, et saluaient mon existence ; mes premières heures furent pleines d'affection et de jeux ; un enfant qui reçoit cela ne peut jamais tout à fait se perdre.
Ces amis, je les salue et leur rend grâce, car ils m'ont permis d'être un, à l'heure ou la fragilité est la plus grande. Quand l'homme est nu, l'apocalypse est qu'il soit refusé par ses pairs.
J'ai dix sept jours, et je suis heureux. |
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