latululireli
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Posté le: Lu 15 Mars 2010 12:34 Sujet du message: ABC d'aires |
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Je ne sens pas de rupture entre les espaces laborantins, aussi j’ai remplacé ton estuaire par ce delta,
de la source au delta et vive versa.
Voici ma prière quotidienne en cinq syllabes pour l’échiquier des mots,
où j’ai bien lu rayon de lune : Merci et pardon.
En cinq syllabes, comme ces cinq doigts là, qui vous saluent.
Comme l’écho d’une empreinte, une main, une ocre rouge gravée sur les parois des grottes préhistoriques,
une main qui appelle demain.
Demain qui nous somme.
C'est ce que j'entends d'un monsieur, d'un veilleur, d'un passeur, un passant, d' un locataire itinérant et qui le dit très simplement :
« La poésie ne veut pas vous distraire ou vous divertir, c’est-à-dire vous aider à oublier les choses graves.
Au contraire, elle ne vous parle que de choses graves, elle vous parle, les yeux dans les yeux, de ce dont personne n’ose vous parler, sauf peut-être vos meilleurs amis, parce que justement c’est trop grave :
la mort qui rôde autour de vous, le désir qui fait trembler les doigts, le terrible silence du ciel dans la nuit, le rêve d’un baiser, la solitude dont on ne sort pas, ce grand silence au fond de soi dont on ne sait que faire, la joie étrange, stupéfiante, de se sentir soudain heureux pour rien dans le soleil. […]
Etre poète ce n’est pas seulement écrire des poèmes.
C’est une manière de vivre, une façon particulière de traverser le monde : l’œil et l’esprit ouverts, curieux de tout, le poète est un étonné perpétuel, passionné du nouveau, de l’étrange, de l’autre, de tout ce qui lui enseigne que dans ce qu’il voit, entend, fait chaque jour, il y a mille secrets cachés, un inconnu qu’il ne finira jamais d’explorer.
Qu’il y a un autre monde dans le monde, tout aussi vrai que le premier mais plus vaste. […]
Vous savez que ce n’est pas toujours sur les chemins balisés et les sites à pancartes trois étoiles qu’on fait les plus belles découvertes.
Alors faites votre propre sentier, cherchez derrière les buissons,
soulevez les pierres, perdez-vous, prenez des raccourcis si ça vous chante.
C’est là qu’il faut cultiver sa paresse : il faut savoir flâner, bader, traîner les pieds, s’asseoir à tout bout de champ,
s’arrêter au drôle de petit détail et, si d’un coup la pente devient trop forte, faire un détour.
Vous n’avez de compte à rendre à personne.
Soyez seulement patients. […]
Revendiquez la lenteur : dans notre monde à toute vapeur, c’est un droit délicieux dont on nous a privés.
Profitez-en, en poésie ce sont les lents qui gagnent ».
Jean-Pierre Siméon – Aïe ! un poète |
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