latululireli
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Posté le: Di 25 Avr 2010 10:12 Sujet du message: ... |
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Luce Giard " A qui s’éloigne "
« Un homme vous ouvre sa porte, il vous accueille, il vous attend.
On dirait qu'il vous attend depuis des années.
Vous êtes un inconnu, un étranger de passage, ou peut être êtes-vous d’ici, quelqu’un vous a adressé à lui, vous venez demander une information, un secours, un conseil, un signe. Plus souvent vous venez chercher bien davantage, un plus essentiel, un indicible.
Car vous n'êtes rien ni personne dans la ville immense, vous croyez n’être rien, le désespoir vous envahit, il vous semble que bientôt vous allez sombrer dans la médiocrité, la folie ou la drogue. déjà vous n'espérez plus rien ni d'autrui ni de vous-même.
Lui vous accueille, il vous écoute, il vous devine. Sa manière d’écouter vous rassérène, il trouve votre récit si intéressant, vos questions si justes, il s'émerveille de ce que vous lui dites, il n’a pas de réponse à vous donner, de recette à vous transmettre, non, il attend de vous vos réponses à vos propres questions. Il vous le dit, il vous en convainc.
On dirait qu’il vous comprend mieux que ceux qui vous connaissent de longue date, mieux que vous-même. Il vous respecte plus que vous ne vous êtes jamais respecté.
En vérité il est heureux que vous soyez vous, simplement vous, vous unique dans votre différence et votre incertitude. Voilà que vous parlez comme deux vieux amis, il ne vous mesure ni son temps, ni son attention.
Il est totalement présent dans cet instant d’une rencontre, si brève soit-elle ; il apprend de vous, il vous le dit et vous le croyez.
De vous, il attend ce que vous serez seul capable de dire, de faire, de penser. Il ne vous juge pas, il ne vous classe pas.
Dans le couloir sans issue où vous vous étiez enfermé, il ouvre une porte, puis s’efface et vous laisse passer. Quand vous vous retournez pour le remercier, il a déjà disparu. Mais il vous a donné l’essentiel : la force du possible. Vous sortez de chez lui rendu à vous-même, éveillé, vivant, rendu à votre liberté, ayant retrouvé l’énergie d’avancer vers votre propre vérité. Bientôt les mots qu'il vous aura dits s’effaceront de votre mémoire.
Dans votre émotion, déjà leur banalité vous échappe. Mais il vous en restera le meilleur : une voix, un ton, un mouvement, une intensité, une ardeur que vous n’oublierez plus.
Cet homme est bon, d’une bonté communicative, d'une intelligence généreuse. A travers lui, vous voilà réconcilié avec l’humanité, c’est-à-dire d’abord avec vous-même.
Comment a-t-il fait ? Est-ce un magicien ? Non, à ceux qui le questionnent, il se dérobe. Si l’on insiste, il répond : " Je suis un voyageur ", ou encore " un itinérant du désir ", et plus tard " un marcheur dans la ville ". Il aurait pu être un aristocrate du savoir et de l’intelligence, un homme de pouvoir dans l’intelligentsia internationale, il aurait pu parcourir d'un pas rapide le cursus des honneurs et se tailler un empire à la mesure de sa créativité d’historien, de sa perspicacité d’analyste des sociétés passées et présentes, d’Europe en Amérique. Il aurait pu sans rougir revendiquer comme raison sociale une place de théologien, d’écrivain, de poète et de philosophe, ou de psychanalyste. Mais un souci éthique, une exigence de radicalité lui ont fait faire chaque fois un pas de côté.
Ainsi s’est-il écarté de ce qu’il appelait tantôt " une logique de propriétaire ", tantôt " des calculs de robin ". De son intelligence lumineuse, contagieuse en quelque sorte, se son savoir immense venu d’un travail acharné, il a fait le plus rare, le plus étonnant usage : non un outil de pouvoir, mais une manière de passer et de partager.
Comme il fut indiqué au jeune homme de l’Evangile, il a partagé tous ses biens. »
En hommage à tous ceux qui… « gigantesque et discret » |
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