Regards sur l'éveil
Café philosophique, littéraire et scientifique
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latululireli
Inscrit le: 28 Jan 2010 Messages: 97
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Posté le: Ve 30 Juil 2010 10:58 Sujet du message: |
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| riseohms a écrit: | Bonjour Joaquim et bonjour à tous
Tout à fait d’accord avec ton analyse
Je voudrais rebondir sur ce passage
| joaquim a écrit: | | Pour Joël, l'acte de connaître, c'est un plongeon à la rencontre des choses et des pensées |
Le mot rencontre est tout à fait adéquat parce que tant qu’on est dans le connu et non dans la présence au connaitre, on ne rencontre rien
Le monde est absent parce qu’on est absent
Dans l’ouverture, le monde devient un événement cad de l’inattendu
Quand je disais que la réalité est plus un devenir qu’un être reposant en lui-même cad une substance j’employais le mot devenir dans le sens d’un advenir
Donc d’une naissance, d’une création en train de se faire
Événement unique, non répétable, non représentable
Neuf et surprenant
Le réel présent qui se présente à nous est une surprise parce que l’on cesse de vouloir avoir prise sur lui cad de le prendre dans nos filets mentaux, de l’enfermer dans le connu
L’inconnu c’est la connaissance elle-même, connaissance qu’on est mais aussi ce qu’elle connait ; le monde en train de naitre à nos yeux
Oui quand le moi abandonne le connu dans la présence à lui-même, c’est aussi le monde qui nait dans cette naissance à lui-même, à chaque instant
Pour illustrer un peu mes propos
Voici un lien vers un philosophe et sinologue : François Jullien dont les propos sont simples et limpides
, il regarde la philosophie occidentale à la lumière de la pensée chinoise ( lao tse )
Sur le site de France culture
il y a 3 conférences :
j’avance masqué
évidence et le retrait
présents ils sont absents
amitiés à tous
joel
ps les liens ne fonctionnent pas, il faut aller sur le site de france culture, chercher la page culture academie, rubrique idée et bnf |
<<< LE DÉTOUR D’UN GREC PAR LA CHINE
Entretien avec François Jullien
Extrait (…)
Néanmoins j'ai passé presque deux ans en Chine, à Pékin puis à Shanghai, avec l'idée qu'il fallait traverser cette difficulté parce qu'il y avait un enjeu derrière.
Alors quel enjeu ? Mais la langue ! La langue, parce que dès que vous apprenez le chinois, même le plus élémentaire, quand vous dites par exemple : " Qu’est-ce que c'est que cette chose ? ", shi shenme dongxi, vous dites : " Qu'est-ce que c'est que cet est-ouest ? ". Et ça, je trouve, philosophiquement, c'est fantastique. Puisque, pour nous, " chose ", c'est un terme individualisant. " Chose ", " cause ", c'est un terme isolant. Alors que pour dire la même chose, si je puis dire, en chinois, et dans le chinois d'aujourd'hui, pas le chinois classique des philosophes, vous dites : " Qu’est-ce que c'est cet est-ouest ? ". Vous dites une relation. La pensée chinoise est une pensée essentiellement relationnelle. Pour dire paysage, on dit " montagne et eau ", shanshui ou shanchuan.
Donc cette idée, au fond, que la pensée chinoise devait s'articuler différemment de la pensée grecque. C’est une intuition que très tôt la langue chinoise nous donne et puis confirme dans son apprentissage. (…)"
Il se trouve que ...
François Jullien et Alexandre Jolien (le voyageur sans bagage)
constituent une mise en relation dans mon cheminement personnel pour le mot : viatique
Présents, ils sont absents : L’accès au heurt à 14 :30
Pour dire : Regarde ! (avec l’idée de faute)
On dit : Éblouissement (clair) yeux
Que l’éclair de ce qui en train de se passer te foudroie !
Et puis un jour, j’avais cinq ans, âge auquel elle avait elle même perdu sa mère
elle n’a eu d’autre choix que de mimer sa mort,
pour que je comprenne le mot solitude – (courage vie amour : nous sommes seules au monde)
Tu as le ciel des gaulois qui te dégringole sur la tête et la terre qui s’entrouvre pour t’engloutir– j’y met de l’humour « au nom de la R’ose » maintenant –
Et quand j’entends « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » je répond Boileau et Narcejac, un pied de nez à d’anciennes blessures de métissage à mes tissages.
« Alors que pour dire la même chose, si je puis dire, en chinois, et dans le chinois d'aujourd'hui, pas le chinois classique des philosophes, vous dites : " Qu’est-ce que c'est cet est-ouest ? ". Vous dites une relation. La pensée chinoise est une pensée essentiellement relationnelle. Pour dire paysage, on dit " montagne et eau ", shanshui ou shanchuan. »
Pour dire : ô Mon Dieu ! : (Ciel/Temps –Terre) - Étonnement – catastrophe/joie/imprévu
on dit Ciel qui est le même mot que Temps
et Terre et (Cher et Tout- puissant) pour « ô ! »
« Ma vie est comme( le frôlement /bruissement/soyeux/noir/invisible etc) de l’aile d’un oiseau de nuit »
Sont les seules paroles de chanson que je connaisse dans cette langue.
Qui n’est pas le chinois mais qui a les mêmes racines.
Rhizomes,
c’est pour cela sans doute que je comprends certaines démarches,
pour aller vite je dirai que j’ai fait les mêmes en contrepoint et à contre-sens, avec beaucoup de trous, lacunes,
« mais même absents ils étaient présents »
dico : « Au loin court quelque voile hellène » (HUGO, Contempl.,).
Hellène ma sœur ma douleur, que j’écris couleur à présent.
Ce n’est pas du bilinguisme, c’est une oreille tierce qui s’entrouvre,
se referme un peu comme les anémones de mer,
une respiration marine -
***
Il était une fois…une foi.
A foison et ça rejoint le thème musical de Dodo Chan sur une solitude qui s’exprime par la musique – les cordes, les sonorité,, les rythmes, les gares, les voyageurs, les bagages, les correspondances
A propos du dico Dodo-Chan, voilà c’est aussi pour "toi", pour remercier les jeunes pousses de prendre le relais avec toutes les difficultés que nous savons.
***
A l'envers de l'envers, il y a l'endroit,
l'endroit rigoureux où je me trouve
A l'envers de l'endroit
Il y a un autre lieu, un autre jeu,
un autre sens
Je me repère,
je repars de l'endroit
et je me retrouve à l'envers du décor
là, où la rigueur n'est plus de mise
Je déchiffre l'itinéraire d'une certaine image de soi
griffonnée à la diable, au dos d'une carte postale
affranchie au tarif d'une mauvaise conscience
des gens, des dates des histoires
qui défilent comme des gares
des endroits disparus
des attentes
Enfances
Des traces qui subsistent en pointillés
des revers inattendus
Espérances
Longtemps, je jouerai avec les dictionnaires
pour trouver les correspondances,
le sens caché des mots absents
pour savoir si j'ai manqué de tact envers moi-même
...ou à l'endroit d'un autre. (1990)
***
Seuls et ensemble. PLOUF !
merci à la compagnie des vagues, on lit.
Lise |
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riseohms
Inscrit le: 30 Nov 2009 Messages: 4343 Localisation: paris
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Posté le: Ve 30 Juil 2010 20:11 Sujet du message: |
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Bonjour lise
et merci pour ton post
Il est très inspirant
Cela donne envie d’apprendre le chinois
J’ai découvert récemment François Jullien avec ses deux recueils :
La pensée chinoise dans le miroir de la philosophie
Et la philosophie inquiétée par la pensée chinoise
Il y a un autre livre avec un beau titre : les transformations silencieuses
C’est un regard qui est proche du mien et qui est de penser l’éveil à la lumière de la philosophie et la philosophie à la lumière de l’éveil
Et cela aide à mieux comprendre les deux, car on le contraste et la distance nécessaires pour ne pas trop se perdre dans les formes de ces deux cheminements
Ce que tu dis sur la pensée chinoise permet de comprendre l’importance du langage et de l’écriture en tant qu’ils déterminent la pensée et donc notre manière de vivre
Nous en occident on pense en termes de sujet, d’objet, de choses et de substance
| latululireli a écrit: | : Pour dire : Regarde ! (avec l’idée de faute)
On dit : Éblouissement (clair) yeux
Que l’éclair de ce qui en train de se passer te foudroie |
Le réel n’est donc pas une chose, un objet pour un sujet mais un événement, quelque chose qui arrive.
non pas quelque chose que l’on peut prendre et saisir et donc figer mais quelque chose qui surprend, à condition de se laisser surprendre.
le réel devrait être une surprise permanente et donc toujours neuf
mais nous, on cherche surtout à être rassuré.
on veut des repères, des prises et jamais de sur-prises.
on veut tout contrôler et prévoir et jamais l’imprévu, l’inattendu
| latululireli a écrit: | | Dieu (Ciel/Temps –Terre) |
Nous en occident, on pense juste le ciel et la terre et jamais le temps parce que justement c’est difficilement pensable.
le mouvement, le processus c’est le temps, la conscience en fait c’est le temps, la durée disait Bergson
| latululireli a écrit: | | On dit Ciel qui est le même mot que Temps |
Alors qu’on occident, on fait du ciel l’éternel que l’on oppose au temps
En réalité l’éternel c’est le temps en lui-même, cad la forme pure du temps
| latululireli a écrit: | | Ma vie est comme(le frôlement /bruissement/soyeux/noir/invisible etc) de l’aile d’un oiseau de nuit » |
Magnifique, ma vie est pure sensibilité, sensualité et mouvement léger sans pesanteur, je vois et ne suis pas vu, je suis invisible, imperceptible, il n’y a pas d’autre pour la vie que je suis, l’éveil c’est le parcours de ''Jonathan le goéland'' (beau livre et film)
les chinois pensent en terme de relations, de processus, de devenir cf le livre des transformations, le yi king
Finalement l’écriture chinoise ce sont des images comme les hiéroglyphes égyptiens
Nous c’est l’alphabet cad un code
Cela doit changer beaucoup de choses dans la perception du monde
Chez nous Hegel a essayé de penser en terme de transformation avec sa dialectique
Mais Pour François Jullien il s’est arrêté en chemin , figé dans le savoir absolu, fin de l'histoire
Alors que pour les chinois, il y a pas de but et de finalité, le Tao n’est pas autre que le processus, il est le chemin, le milieu qui est un acte
En tous cas les deux conférences, accessibles sur France culture sont superbes : l’évidence est le retrait – présents, ils sont absents
( site France culture/ onglet culture académie/ idée/ bnf )
Amitiés
Joël |
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joaquim Administrateur
Inscrit le: 06 Août 2004 Messages: 7128 Localisation: Suisse
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Posté le: Je 05 Août 2010 16:24 Sujet du message: |
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Bonjour Lise et Joël,
Merci pour ces échanges passionnants. J'en ai fait un nouveau sujet. Si tu veux changer le titre, Lise, tu peux éditer ton premier message. |
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Pierre
Inscrit le: 22 Nov 2005 Messages: 78 Localisation: Toulouse
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Posté le: Lu 09 Août 2010 17:12 Sujet du message: |
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Bonjour à tous,
J'ai vécu plus de 5 ans au Vietnam, de 1994 à 2000 (pays qui est culturellement très proche de la Chine).
C'est la lecture de Gödel Escher et Bach, de Douglas Hofstadter qui avait déclenché en moi un vif intérêt pour la pensée asiatique. Dans son ouvrage, Hofstatder explique que notre pensée fonctionne suivant une logique à tiers exclus, c'est à dire qu'une chose est vraie ou fausse mais qu'elle ne peut être les deux à la fois. Ca parait tellement évident, tellement naturel, que je ne voyais pas ce que l'on pourrait y trouver à redire. Pourtant, dixit Hofstadter, d'autres civilisations fonctionnent sur un mode de "logique à tiers inclus", c'est à dire que la coexistence d'une chose et de son contraire ne semble pas poser de problème logique.
L'exclusion mutuelle d'une chose et de son contraire ne serait donc pas une donnée naturelle mais un acquis culturel. Au passage, on retrouve dans notre sagesse populaire des traces de cette logique à tiers inclus à travers des proverbes qui se contredisent sans pour autant que l'un soit nié par l'autre : "Tel père, tel fils" et "A père avare fils prodigue". ou bien "Qui se ressemble s'assemble" et "Les contraires s'attirent". Jourdain, dans un de ces textes, avait écrit (je cite de mémoire) qu'une chose n'excluait pas son contraire mais (bien au contraire ) nouait avec elle des liens profonds.
Ca me disait beaucoup de m'immerger dans une civilisation dont les fondements culturels étaient si éloignés de la mienne. Et c'est ce que j'ai fait. J'ai même rapidement rencontré à Saigon un vieil original, médecin chinois, parlant parfaitement le français, mi taoïste, mi catholique et qui, lorsque je lui ai raconté à peu prés ce que j'ai écrit plus haut, m'a répondu en me disant que je ne risquais pas d'avancer bien loin dans ma recherche en menant un vagabondage touristique et qu'il valait mieux pour moi, si j'étais sérieux, apprendre quelque chose de concret, ce qui me permettrait de me confronter réellement à la pensée asiatique. Et c'est ainsi que je suis devenu son élève pendant deux ans, tout en apprenant le vietnamien avec sa femme (et bon nombre de saïgonnais !).
J'aurais beaucoup à dire sur cette découverte de la pensée chinoise, qui passait autant par l'étude de la médecine que par l'étude de la langue. Et je ne sais pas trop par où commencer. Peut-être par le fait le plus saillant, le plus profond, et curieusement le plus ignoré... (quoique je n'ai guère lu beaucoup de sinologues. je n'accroche pas du tout avec F.Jullien, ni avec Marcel Granet. En revanche, j'ai adoré les essais sur Tchouang tseu de JF Billeter).
Dans la langue vietnamienne (et c'est pareil en chinois), il n'existe pas à proprement parler de JE. On dit bien "Tôi" pour parler de soi, mais c'est très formel. Cela pourrait se traduire par "votre serviteur". Mais très vite, dès qu'on devient un tant soit peu familier de son interlocuteur, on s'informe sur son âge et on en fonction de l'écart d'âge, on adopte des pronoms personnels qui seraient ceux que deux personnes d'une même famille emploieraient. Par exemple, Riseohm, j'ai crû lire que tu avais autour de la soixantaine : je t'appelerai donc "Chu", c'est à dire "Jeune Oncle", ou plus exactement "frère cadet de mon père" et à la place de "JE", j'emploierai "Chau", qui signifie "Neveu". Si je souhaite (et si je peux) accentuer une certaine familiarité entre nous, je t'appelerais "Anh" (grand frère) et me désignerais par "Em" (petit frère). Donc, en place de notre JE immuable, statique, figé, en vientamien, nous aurons plus d'une demi douzaine de pronoms qui s'y substitueront.
Je ne peux m'empêcher de penser que cette petite différence grammaticale, traitée en quelques paragraphes dans les méthodes de langues, et qui se réduit pour la plupart des voyageurs à une charmante tournure exotique, de par son omniprésence dans la vie de tous les jours depuis des générations, a des conséquences immenses sur nos appréhensions du réel et de nous même, conséquences qui culminent dans nos spiritualités respectives.
Je n'ai guère le temps de développer tout cela. je vous laisse méditer sur le sujet.
A bientôt. |
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Pierre
Inscrit le: 22 Nov 2005 Messages: 78 Localisation: Toulouse
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Posté le: Ma 10 Août 2010 9:41 Sujet du message: |
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Cette notion d'un JE fluctuant est à rapprocher de la célèbre notion de face qu'il ne faut surtout pas faire perdre à un asiatique. Tout le monde connait le cliché. On associe cette idée de face à une grande susceptibilité qu'il s'agirait d'épargner. D'après moi, c'est plus subtil que cela.
Dans notre représentation de nous-même, nous supposons qu'il existe une entité mentale ou spirituelle ou psychologique que nous appelons "moi/Je" et qui entre en relation avec autrui et le monde. Cette entité a deux face : une face interne qui me vaut d'interminables conversations avec moi-même et une face externe qui est celle que je présente à autrui. Je suppose que c'est ainsi chez la plupart des individus, quelle que soit leur civilisation.
La différence est le poids de l'une des deux faces par rapport à l'autre : en occident (et particulièrement l'occident moderne "psychologisé"), on accorde plus d'importance à son moi intériorisé qu'à son moi extériorisé. C'est à dire que s'il y a conflit entre les deux, c'est l'intérieur qui l'emporte le plus souvent. Si j'ai une bonne image de moi et que l'on me fait des reproches, je vais les assimiler plus ou moins bien et m'arranger pour conserver cette bonne image de moi. En revanche, si j'ai une mauvaise image de moi et que l'on me complimente, ce compliment à peu de chance de l'améliorer durablement. Cette image de moi est à la foi un tampon qui me permet d'amortir les jugements reçus de l'extérieur (jusqu'à la surdité totale), et la gardienne de ce sentiment particulier d'être une personne singulière. L'existence des pronoms personnels "JE/moi" aide à fixer cette image jusqu'à la considérer comme une entité existant en soi. En orient, enfin, en extrème orient (Vietnam, Chine, Corée), il n'y a pas ce JE/moi, il y a des pronoms qui changent suivant les relations (voir mon post précédent), et ainsi (conséquence ou concommitance ? je penche pour la concommitance), c'est la face extérieure qui domine la face intérieure. L'image de soi-pour-soi est supplantée par l'image-de-soi-au-yeux-d'autrui. Faire perdre la face à un oriental, c'est endommager l'image qu'il a de lui-même. Cela reviendrait - un peu, pour donner une idée - à faire éprouver un sentiment d'indignité ou de culpabilité à un occidental, quelque chose de plus insidieux, de plus profond qu'une simple blessure d'amour-propre.
Tout ceci est dit de manière simpliste et caricatural. Ce sont des grandes lignes qui dans la réalité vécue sont bien plus nuancées que cela.
On retrouve dans la médecine un autre aspect de cette importance que l'on accorde en occident à l'existence d'un moi intérieur qui serait plus "moi" que tout le reste. Si je suis triste, affligé, déprimé, ou bien stressé, ou colérique, ou joyeux, si je suis affecté émotionellement d'une façon ou d'une autre, c'est ce "moi" qui est affecté, et rien d'autre. Je puis noter des conséquences physiologiques de cette affectation : fatigue, ulcères, douleurs diverses, problèmes de peau, etc... et je vais considérer ces symptômes comme des conséquences de mon affectation psychologique. C'est psycho-somatique. C'est étonnant ce présupposé d'une influence unidirectionelle de l'esprit sur le corps. Comment expliquer alors qu'un petit verre d'alcool, par exemple, une substance qui va modifier ma physiologie, puisse avoir des répercussions sur mon humeur ? Qui domine quoi ? Qui influence quoi ? En médecine chinoise, c'est clair : nos humeurs sont le produit de notre physiologie. En modifiant la physiologie - en soignant le corps - on tempère ces humeurs, on soigne l'esprit. Même les maladies mentales sont traitées par le corps. Cette approche ne laisse pas une grande place à ce "moi/JE" auquel nous sommes si attaché chez nous. Elle le réduit même à peu de chose.
Pas étonnant donc que nos deux cultures aient donné naissance à des spiritualités dont les sommets soient en apparence si différents : un Dieu Personnel pour les occidentaux, la Grande Vacuité pour les orientaux. Mais je prends là un raccourci qui ne me semble pas d'une très grande rigueur...
A vous lire. |
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riseohms
Inscrit le: 30 Nov 2009 Messages: 4343 Localisation: paris
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Posté le: Ma 10 Août 2010 11:40 Sujet du message: |
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bonjour pierre
ce que tu dis sur l'importance du moi extérieur pour les asiatiques me fait penser à la question du suicide au japon
il y en a beaucoup actuellement à cause du chômage
or le suicide pour le japonais est à rapprocher de la question de l'honneur
le fameux hara kiri
être exclu, sdf ou sans ressource est insupportable pour eux , c'est vecu comme un déshonneur et beaucoup préfèrent se suicider
bref au japon et en occident on ne se suicide pas pour les mêmes raisons
Joël |
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riseohms
Inscrit le: 30 Nov 2009 Messages: 4343 Localisation: paris
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Posté le: Sa 14 Août 2010 2:52 Sujet du message: |
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bonjour à tous
une réflexion sur le temps à la lumière de la pensée chinoise:
En occident nous concevons le temps comme une flèche, une ligne partagée en deux parties : le passé et le futur
Le passé est ce que n’est plus et le futur ce qui n’est pas encore.
Ils sont entachés d’irréalité, aussi dit- on que le temps est illusoire et que seul est réel l’instant présent qui n’est pas une partie du temps mais le point, la césure qui partage la ligne du temps en deux.
Cet instant présent est seul considéré comme réel, on dit qu’il est hors du temps, on parle de lui comme un instant éternel, lui seul existe.
Le devenir cad le monde appartient au temps .l’être, lui, demeure dans l’instant présent
dans la métaphysique classique seul est considéré comme réel ce qui est indivisible, le temps étant divisible en passé et futur est donc illusoire
Seul l’être qui est indivisible est donc réel.
Alors on a deux possibilités : le temps, le devenir, cad le multiple est une pure illusion, un effet de la mémoire, une trace du présent éternel.
Seul est réel le présent, l’éternité, l’être, Dieu : l’un
L’autre possibilité c’est de considérer le devenir comme le devenir de l‘être.
La ligne du temps serait le déplacement du point mobile et éternel qui est l’instant présent
Mais une question se pose, pourquoi l’être qui repose en lui-même dans sa perfection et son éternité éprouverait il le besoin de bouger ?
lui manquerait il quelque chose ?
le manque, le désir est signe d’incomplétude et donc de division interne or l’être est indivisible ?
Concevoir le devenir comme le devenir de l’être est donc contradictoire
L’être éternel depuis les grecs est pensé comme fixité et immobilité, un point d’être immobile.
Rien ne justifie le mouvement de l’être
le devenir est alors pensé comme effet d'une chute, une illusion, une perte une déperdition, un oubli etc
Pour s’en sortir, il ne faut pas penser de début à ce mouvement et cesser de différencier le devenir de l’être, de penser le devenir comme celui de l’être
En réalité le devenir, c’est l’être et l’être c’est le devenir, il y a identité
C’est la pensée qui fige le mouvement et en extrait un instant t, un point qu’elle appelle être ou présent éternel.
la pensée occidentale classique ( depuis les grecs) est incapable de penser la ligne, elle ne conçoit que des points.
Elle pense la matière physique en termes d’atomes et de particules alors que la pensée chinoise parle plutôt de relations, de corrélations se constituant en pôles, les énergies ying et yang dont découle une interaction sans fin
( bien sur, actuellement la réflexion scientifique rejoint la pensée chinoise, on pense plus en terme de relations, d'ondes etc )
| Citation: | << la chine a pensé l’absolu, que ce soit le ‘’ciel ‘’ des confucéens ou la ‘’voie ‘’ des taôistes sans pour autant penser l’éternel et n’a donc pas inscrit le temps….
Lao tse : ‘’ le tao que l’on peut nommer n’est pas le tao constant’’
Deux notions sont à distinguer radicalement : l’eternel et le constant.les deux disent la pérennité, les deux s’opposent à l’éphémère mais le font différemment
L’eternel est séparé du temporel tandis que le constant se manifeste au travers du changeant.
Le constant est ce qui, au sein de la variation, ne varie pas ;
l’eternel est ce qui, en tant qu’être, ne devient pas.
Tandis que la permanence de l’eternel s’adosse à l’être et s’offre à la contemplation, celle du constant se réfère à la marche des choses ou, comme disent les chinois, à leur’’ fonctionnement’’.
L’eternel renvoie à une identité d’essence ; tandis que le constant est de l’ordre de la ‘’capacité ‘’ : c’est lui qui assure au procès des choses, se transformant sans cesse.
Bref tandis que L’eternel est l’hors du temps, le constant est ce qui ne s’interrompt jamais. C’est pourquoi la notion de constance est essentielle à la pensée chinoise, elle va de pair avec sa pensée du processus…
Les chinois n’ont pas séparé le tao du cours des choses, ils en ont fait la <<voie>> ; ne l’hypostasiant pas en un être, ils ne sauraient lui conférer l’éternité << | francois jullien , de l’énigme à l’ornière
Le réel pour les chinois est un processus en transformation permanente sans début ni fin, c’est pourquoi il n’y a pas chez eux l’idée de création du monde.
Création qui marque la séparation de l’eternel et le temporel et qui sert de point départ du temps
| Citation: | [<< c’est à l’évidence, la notion d’être qui, en Grèce, fournit son statut à l’éternel en l’opposant au devenir ;
l’éternel est ce qui est toujours ou plutôt, simplement, il ‘’ est ‘’( Plotin ). De l’éternel pour le définir, il suffit de dire qu’il est
.Or on sait que le chinois classique ne connait pas de verbe être mais seulement la fonction copule, le ‘’ se trouver dans ‘’ ou l’il y a : comme elle n’a pas extrait d’être du devenir, ni non plus n’a abstrait d’identité des essences, qu’elle n’a par conséquent pas envisagé ‘’d’au dessus ‘’ ou ‘’d ’au-delà ‘’ du temps.
La chine n’a pas conçu d’a-temporel à opposer au temps<< | francois jullien , de l’énigme à l’ornière
Notre conception occidentale du temps est inscrite dans notre langue nous avons le verbe être et nos langues sont à conjugaison, nous distinguons systématiquement et opposons les temps du passé, du futur et du présent
Le fait de dire ‘’ était ‘’ ou ‘’sera’’ confère au temps une certaine réalité, pourtant ni le passé ni le futur n’existent car l’un n’existe plus et l'autre n’existe pas encore, ‘’
c’est le temps présent qui sépare l’éternel de l’ordre du temps, ce qui le définit est qu’il est,
on ne peut dire de l’eternel qu’il était ou qu’il sera
Or la langue chinoise ne conjugue pas, elle ne sépare pas les temps et donc n’oppose pas le passé au présent et au futur.
il y a chez eux des expressions qui expriment le passage de ce qui s’en va (le passé) de ce qui vient (le futur) le présent n’est pas conçu comme un point, un instant t mais comme un flux, un passé –présent et un –futur-présent
Il y a dans leur langue des marqueurs’’ sur le point de ‘’ ou ‘’déjà ‘’ qui sont ajoutés à l’expression et traduisent un mode continuel de transition au sein d’un processus
c’est exactement ce que husserl et Bergson ont tenté de penser, le temps comme durée et flux, le présent étant pensé comme passé immédiat et comme futur immédiat et aucune conjugaison ne peut traduire cette approche du temps, notre pensée peut difficilement penser le mouvant et la durée, seul l’intuition y a accès
Bergson a pensé la vie comme devenir permanent et s’est passé des notions d’être et d’éternité les considérant comme de pures abstractions,
Pour Bergson la conscience est temporelle, durée mais d’une temporalité à laquelle on n’oppose pas une éternité.
S’il faut maintenir l’idée d’éternité, il faut la considérer comme la forme pure du temps dont le contenu, la matière est nos vécus, notre vécu, un vécu qu’on ne peut diviser et notamment en terme de passé, présent et futur, un vécu qui est un continuum, un flux et non un point qui se déplace et qui divise ce flux en passé et futur
* édit: l'éternité comme forme pure du temps ,c'est le temps en lui même, tel qu'il est
de même l'être est la forme pure du devenir, cad le devenir en lui même , tel qu'il est
sans son contenu l'être éternel est vide, rien, abstraction
et encore faut- il ne pas séparer contenant et contenu, ile ne sont pas deux choses mais une seule
comme disent les bouddhistes :le vide est forme et la forme est vide
Amitiés
Joël |
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latululireli
Inscrit le: 28 Jan 2010 Messages: 97
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Posté le: Sa 14 Août 2010 22:39 Sujet du message: |
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| Pierre a écrit: | Bonjour à tous,
J'ai vécu plus de 5 ans au Vietnam, de 1994 à 2000 (pays qui est culturellement très proche de la Chine).
C'est la lecture de Gödel Escher et Bach, de Douglas Hofstadter qui avait déclenché en moi un vif intérêt pour la pensée asiatique. Dans son ouvrage, Hofstatder explique que notre pensée fonctionne suivant une logique à tiers exclus, c'est à dire qu'une chose est vraie ou fausse mais qu'elle ne peut être les deux à la fois. Ca parait tellement évident, tellement naturel, que je ne voyais pas ce que l'on pourrait y trouver à redire. Pourtant, dixit Hofstadter, d'autres civilisations fonctionnent sur un mode de "logique à tiers inclus", c'est à dire que la coexistence d'une chose et de son contraire ne semble pas poser de problème logique.
L'exclusion mutuelle d'une chose et de son contraire ne serait donc pas une donnée naturelle mais un acquis culturel. Au passage, on retrouve dans notre sagesse populaire des traces de cette logique à tiers inclus à travers des proverbes qui se contredisent sans pour autant que l'un soit nié par l'autre : "Tel père, tel fils" et "A père avare fils prodigue". ou bien "Qui se ressemble s'assemble" et "Les contraires s'attirent". Jourdain, dans un de ces textes, avait écrit (je cite de mémoire) qu'une chose n'excluait pas son contraire mais (bien au contraire ) nouait avec elle des liens profonds.
Ca me disait beaucoup de m'immerger dans une civilisation dont les fondements culturels étaient si éloignés de la mienne. Et c'est ce que j'ai fait. J'ai même rapidement rencontré à Saigon un vieil original, médecin chinois, parlant parfaitement le français, mi taoïste, mi catholique et qui, lorsque je lui ai raconté à peu prés ce que j'ai écrit plus haut, m'a répondu en me disant que je ne risquais pas d'avancer bien loin dans ma recherche en menant un vagabondage touristique et qu'il valait mieux pour moi, si j'étais sérieux, apprendre quelque chose de concret, ce qui me permettrait de me confronter réellement à la pensée asiatique. Et c'est ainsi que je suis devenu son élève pendant deux ans, tout en apprenant le vietnamien avec sa femme (et bon nombre de saïgonnais !).
J'aurais beaucoup à dire sur cette découverte de la pensée chinoise, qui passait autant par l'étude de la médecine que par l'étude de la langue. Et je ne sais pas trop par où commencer. Peut-être par le fait le plus saillant, le plus profond, et curieusement le plus ignoré... (quoique je n'ai guère lu beaucoup de sinologues. je n'accroche pas du tout avec F.Jullien, ni avec Marcel Granet. En revanche, j'ai adoré les essais sur Tchouang tseu de JF Billeter).
Dans la langue vietnamienne (et c'est pareil en chinois), il n'existe pas à proprement parler de JE. On dit bien "Tôi" pour parler de soi, mais c'est très formel. Cela pourrait se traduire par "votre serviteur". Mais très vite, dès qu'on devient un tant soit peu familier de son interlocuteur, on s'informe sur son âge et on en fonction de l'écart d'âge, on adopte des pronoms personnels qui seraient ceux que deux personnes d'une même famille emploieraient. Par exemple, Riseohm, j'ai crû lire que tu avais autour de la soixantaine : je t'appelerai donc "Chu", c'est à dire "Jeune Oncle", ou plus exactement "frère cadet de mon père" et à la place de "JE", j'emploierai "Chau", qui signifie "Neveu". Si je souhaite (et si je peux) accentuer une certaine familiarité entre nous, je t'appelerais "Anh" (grand frère) et me désignerais par "Em" (petit frère). Donc, en place de notre JE immuable, statique, figé, en vientamien, nous aurons plus d'une demi douzaine de pronoms qui s'y substitueront.
Je ne peux m'empêcher de penser que cette petite différence grammaticale, traitée en quelques paragraphes dans les méthodes de langues, et qui se réduit pour la plupart des voyageurs à une charmante tournure exotique, de par son omniprésence dans la vie de tous les jours depuis des générations, a des conséquences immenses sur nos appréhensions du réel et de nous même, conséquences qui culminent dans nos spiritualités respectives.
Je n'ai guère le temps de développer tout cela. je vous laisse méditer sur le sujet.
A bientôt. |
Je suis née là bas, dans ce petit pays mosaïque, à Saïgon un an après Điện Biên Phủ.
Voilà pour la carte d’identité et le contexte géopolitique
J’ai reçu cette langue comme un phare d’eau et un cadeau.
La notion de tiers inclus, ne m’est venu qu’après une banale thérapie de soutien qui s’est poursuivie en psychanalyse – j’appelle ça un voyage dans le silence entre les lettres –
Il y a dans copule et couple un simple déplacement de lettre, de son.
« con lai » veut dire enfant métis avec dans l’empreinte socio-éco-culturo-éduco-religio familial l’idée d’une double faute.
Et ce ne sont ni les mots de Freud-Lacan-Jung, et Jean passe, même si ils furent
des étais provisoires et illusoires, car les mots, les concepts les systèmes où je pensais pouvoir m’appuyer se sont écroulés à chaque fois comme des châteaux de cartes.
Parce que j’avais été bien écoutée, j’ai écouté.
Et c’est d’oser, qui m’a aidée, aller à la rencontre en chair et en os de ceux qui …me faisaient le plus peur, leur parler de vive-voix.
Chemin faisant, j’ai rencontré un prêtre vietnamien, biologiste de formation , boat people de la déferlante de 1975, sur les quelques contes et les comptes de fées et faits que je me faisais il m’a décillé … les tympans.
« Vous savez que l’Eglise est contre Darwin » m’a t-il dit avec quelque malice.
« Penser en chinois » pourquoi pas ce titre Joachim, dans « pourquoi ce forum »
tu écris :
« Les réalités non-saisissables comme le vent, on les perçoit tant qu'on les laisse s'écouler entre ses doigts, mais elles échappent aussitôt qu'on veut les saisir dans sa main. C'est pourquoi l'art, sous toutes ses formes, représente une approche mieux à même de rendre compte de telles réalités. Toutefois, comme ce forum a pour but d'approcher le thème de l'éveil par le moyen de la parole, il faudra bien se résigner à l'aborder par des mots. Mais on tentera de le faire sur la pointe des pieds, de le toucher sans le saisir, et une place de choix sera offerte à la poésie, aux aphorismes, au conte et à l'image, toutes expressions artistiques de la parole, qui savent si bien toucher sans flétrir. »
et c’est ainsi que je me suis arrêtée à vous lire.
Revenant aux écrits de Pierre sur le « je » : effectivement je n’ai jamais dis le mot « je » en vietnamien -
Le « con lai » doit être « extrêmement » poli, quand il s’adresse à quelqu’un en vietnamien telle était la consigne, mais ma langue maternelle n’étant pas vraiment « socialisée » je suis devenue quasiment muette ne sachant qui si ces gens en exil et de passage était bac, chu et moi em chau con etc.
J’ai été enfant, plus écoutante que parlante.
J’écoute des notes-mots – Le carré et le rond, l’angle et l’arabesque dans l’écoute incarnée du silence-texte de l’autre et l’Autre qu’il me renvoie.
C’est aussi le fait de constater que dans la musique il y a et du rythme binaire et du rythme ternaire qui m’a débouché le tympan intérieur.
Les correspondances chromatiques entre clavier et palette – entre sons et sens ont continué à jouer les suites … en poétique des objets ordinaires familiers.
Pierre : tout ce que tu as écrit je le reconnais, rencontre providentielle que ce médecin, et effectivement je n’ai jamais dis le mot « je » en vietnamien.
« Ontophonie » herméneutique homophoniste
Il m’arrive de me réciter des sons pour ne pas perdre la justesse de l’oreille
des listes de mots-sons.
Comme dans le cour de guitare sommaire de Boby Lapointe en phonétique plus que sommaire ça donne des variations sur le son « tiouill’ » chối chùi chua chưa chư
(quá) chối c’est la banane
chùi c’est essuyer
chua c’est acide mais aussi un côté intraduisible, il faudrait goûter les petites prunes séchées salées-sucrées pour « chua ».
Chưa : Christ Seigneur
autre exemple avec le son « cao » càu cao cấo cậu câu
càu : égratigner ratisser …
cao : haut élevé..
cấo : pont
cậu : oncle qui se dit aussi bac et chư ci-dessus
câu (cá) : pêcher le poisson – j’employais une expression qui faisait beaucoup rire une amie du Nord quand je disais câu lửa (pêcher le feu avec une allumette)
dans l’oreille, les mises en relation sont infinies, le regard devient un corps capteur musicien et ce n’est pas toujours facile de revenir avec ça dans la vie quadrillée de tous les jours, dans le bâtiment où tout doit être « d’équerre » et l’efficacité celle d’un tableur excel.
Autre C.C.T.P. cahier des clauses techniques très particulières :
Voici recopiées, les premières mesures de la préface de Michel Foucault dans
Les Mots et les Choses. Une archéologie des sciences humaines (1966)
« Ce livre a son lieu de naissance dans un texte de Borges. Dans le rire qui secoue à sa lecture toutes les familiarité de la pensée – de la nôtre : de celle qui a notre âge et notre géographie – ébranlant toutes les surfaces ordonnées et tous les plans qui assagissent pour nous le foisonnement des êtres, faisant vaciller et inquiétant pour longtemps notre pratique millénaire du Même et de l’Autre.
Ce texte cite « une certaine encyclopédie chinoise » où il est écrit que les animaux se divisent en a) appartenant à l’Empereur, b) embaumés, c) apprivoisés, d) cochons de lait, e) sirènes), f) fabuleux, g) chiens en liberté, h) inclus dans la présente classification, i) qui s’agitent comme des fous, j) innombrables, k) dessinés avec un pinceau très fin en poil de chameau, l) et caetera, m) qui viennent de casser la cruche, n) qui ressemblent à des mouches.
Dans l’émerveillement de cette taxinomie………. « je m’arrête là …
Ce qu’on appelle « éveil » pour moi est passé passe par l’oreille- la mise en relation des « figures de l’impossible » et le rire et les larmes.
Il a fallut passer par beaucoup de noms et de non pour entendre cet autre oui, qui lui déjà là
Est toujours silencieux.
Merci à vous.
Lise
pour la précision lexicale :
j’ai fait une erreur J’ai vérifié , je ne lis que ce que j’entends
http://vdict.com/ciel,5,0,0.html
trời Dieu - trời Ciel sont bien les mêmes mots --- trời đất --- ciel terre --
par contre le temps s’écrit thời : –
đời : vie
voilà pourquoi je me récite des notes, à un sixième de ton près la note change le sens.
Mais pour la « justesse » le violon intérieur me dit temps Dieu vie ciel terre
Parfois violoncelle parfois violon scelle.  |
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Pierre
Inscrit le: 22 Nov 2005 Messages: 78 Localisation: Toulouse
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Posté le: Lu 16 Août 2010 14:10 Sujet du message: |
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| latululireli a écrit: |
« con lai » veut dire enfant métis avec dans l’empreinte socio-éco-culturo-éduco-religio familial l’idée d’une double faute. |
Bonjour Lise,
"Thong Cam" pour ton passé de "con lai" qui n'a pas dû être rose.
Quelle que soit les cultures et les civilisations, celui qui ne ressemble pas aux autres est souvent rejeté et montré du doigt. Dans ton cas, le contexte politique et social, en plus de cette culture asiatique où se distinguer d'autrui est généralement mal venu, ont dû rendre ta situation particulièrement pénible. J'espère sincèrement qu'avec les temps tes souffrances se sont apaisées.
Une petite question, peut-être indiscrète : lorsque tu te parles à toi même en vietnamien (si c'est la langue de ton monologue intérieur) quel pronom sujet utilises-tu ? Chi, em, toi ? Ma grand-mère se tutoyait. Moi je me jejoie, comme la plupart de mes contemporains je suppose. Mais je me demande, dans une langue où il existe tant de pronoms sujets, lequel est employé le plus communément dans une relation de soi à soi.
Merci aussi pour cette drôlissime classification chinoise des animaux. Elle est d'autant plus drôle qu'elle caricature avec justesse un trait caractéristique de la pensée asiatique, en tout cas telle que je l'ai observée dans l'étude d'ouvrages anciens, ou à travers la consternation récurente de certains professeurs de français que je fréquentais à Hanoi : l'incapacité à classer des idées, des faits, ou autre chose, suivant nos critères habituels de cohérence et d'ordre. C'est très déroutant pour un occidental. Par exemple, le Noi Kinh, le plus vieux livre de médecine chinoise, référence en la matière, qui relate des conversations entre l'empereur jaune et son médecin, contient une foule d'informations, mais sans aucun ordre. On semble y parler de tout et de rien, sans qu'un sujet particulier ne se dégage d'aucune partie, sans qu'on éprouve le sentiment d'approfondir quoi que ce soit. Autre exemple : les énormes difficultés qu'éprouvaient certains enseignants de français à faire écrire des dissertations à leurs élèves (de niveau très avancé, quasiment bilingues) où l'argumentation soit construite en regroupant les idées qui vont dans le même sens. Mission impossible !
Bonjour Riseohm,
Décidément, j'ai du mal avec François Jullien : il ne se départit jamais de cet esprit analytique propre à l'occident. Il découpe, il oppose, et ce faisant, il demeure très en surface de la pensée chinoise, essentiellement synthétique. Cette opposition entre constance et éternité, je la comprends intellectuellement, mais elle ne me parle pas, elle ne me touche pas, et je ne l'ai jamais rencontré dans les textes chinois que j'ai eu l'occasion d'étudier. Elle semble plus procéder d'un souci de comparer la pensée occidentale à la pensée chinoise que d'un dévoilement de cette dernière.
De plus, quand Jullien parle de la pensée chinoise, il l'objective tellement, il la tient tellement à distance qu'elle en devient un objet d'étude, une petite lucarne ouverte sur cet autre monde, qui du coup semble si loin, si différent...
En réalité, la pensée chinoise (celle que j'ai étudiée en tout cas, Lao Tseu et Tchouang tseu pour l'essentiel) est une pensée très pragmatique, très applicable à la vie quotidienne, et proche de nous - bien plus que la philosophie occidentale, à mon goût, même si tu me contrediras - et tellement nourissante. Je ne retrouve pas l'once d'un de ces nutriments dans les écrits de Jullien.
Je t'invite donc à lire "Leçons Sur Tchouang Tseu" de Jean-François Billeter, (on trouve de larges extraits sur Google Books, lis par exemple p15 et suivantes, sur le cuisinier Ting : http://books.google.fr/books?id=phkIxMb2_MoC&pg=PA15&lpg=PP1&dq=billeter#). C'est court, c'est dense, accessible - notamment aux non-philosophes - et surtout, ça met à portée de d'esprit des idées philosophiques 100% chinoises, non traitées, et qui ont conservées leurs propriétés nutritionnelles parfaitement intactes. |
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riseohms
Inscrit le: 30 Nov 2009 Messages: 4343 Localisation: paris
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Posté le: Lu 16 Août 2010 21:01 Sujet du message: |
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bonjour pierre
Merci pierre pour le lien sur tchouang tseu, j’avais lu il y a quelques années des textes de lui.
Effectivement le passage cité sur le découpage du bœuf montre concrètement ce que signifie la sortie de la division sujet/ objet et l’action pure
le livre de Billeter semble très clair et limpide, je vais me le procurer
C’est certain que François Jullien est un philosophe occidental, ce que j’aime chez lui c’est justement son regard vers la pensée chinoise à partir de la philosophie occidentale et aussi l’inverse ; j’ai deux recueils de ses écrits :
[La philosophie inquiétée par la pensée chinoise
Et la pensée chinoise dans le miroir de la philosophie
en tous cas; j'aime le lire
Son esprit est analytique comme tout philosophe, même si constamment il pointe vers la synthèse
C’est vrai que les textes philosophiques ne sont pas directement pragmatiques
Personnellement quand je lis un texte, j’essaie toujours de voir ce que je peux en tirer pratiquement pour ma vie
C’est pourquoi j’aime beaucoup la petite collection’’ vivre en philosophie’’ chez eyrolle :
S’affirmer avec Nietzsche-être heureux avec Spinoza-être soi avec Heidegger
Avec même des exercices pratiques- ‘’livres mode d’emploi pour appliquer les leçons des grands philosophes dans la vie quotidiennes’’
Joël |
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Pierre
Inscrit le: 22 Nov 2005 Messages: 78 Localisation: Toulouse
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Posté le: Ma 17 Août 2010 15:21 Sujet du message: |
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D'autres considérations me reviennent sur l'opposition pensée chinoise/pensée occidentale.
J'ai étudié la médecine chinoise avec un regard d'informaticien. J'étais (je m'en suis rendu-compte a posteriori) plus intéressé par la manière dont se structurait le corpus de connaissances constituant la médecine chinoise que par la médecine chinoise en elle-même.
Une différence fondamentale entre la pensée chinoise et la pensée occidentale (je m'intéresse surtout à la pensée scientifique, celle qui est à la source de nos connaissances, et pas la pensée intime ou psychologique) est la capacité de la pensée chinoise à penser le dynamisme, à le modéliser, à le représenter. Alors que notre culture occidentale en est incapable. Ce n'est pas une question de concept qui ferait défaut - nous sommes familiers des concepts de mouvement, changement, ... - mais de contenant : la façon dont nous organisons l'information.
Je détaille, mais je vous préviens : je vais faire mon François Jullien ça va être un peu prise de tête.
Comment organisons nous notre savoir ? Si nous étudions une discipline, quelque qu'elle soit, nous nous devons d'organiser l'ensemble des informations relatives à cette discipline. Nous allons donc classer, trier, ordonner ces informations et les relier entre elles. Généralement, notre savoir s'organise dans une structure arborescente : un tronc (la discipline étudiée, ou bien le chapitre des généralités qui explique où l'arbre se situe dans la forêt), d'où partent les branches principales (les grands domaines de la disicpline), qui se subdivisent à leur tours en branches secondaires (on rentre dans le détail), puis en branches de plus en plus fines (chapitres, parties de chapitres, paragraphes) offrant une possibilité infinie de ramification, jusqu'au fruits (ou feuilles) qui contiennent le savoir proprement dit (c'est aussi la manière dont sont structurés les dossiers dans les systèmes d'exploitaion des ordinateurs, Windows, Linux, ... quels qu'ils soient). Les avantages de cette structure sont que toute nouvelle information peut trouver une place sans bousculer l'ensemble, qu'il est, réciproquement, très facile de s'y orienter pour retrouver une information, qu'elle offre aussi bien une vue générale (branches principales) que spécialisée (ramifications infimes) et qu'elle peut supporter un très grand nombre d'information, croître en volume (nouveaux fruits) comme en profondeur (nouvelles ramifications) sans que sa cohérence en patisse. Cette "boite" à ranger de l'information connait un tel succès depuis des siècles qu'on l'utilise universellement, dans toutes les disciplines intellectuelles. Elle est particulièrement adaptée à la transmission de savoirs techniques, très spécialisés, et l'essor technologique de notre civilisation lui doit beaucoup. Elle possède un inconvénient de taille : elle compartimente l'information et rend très difficile l'interdisciplinarité, qui consisterait a établir de nouveaux lien de fruits-à-fruits sans passer par les branches et les troncs, une aberration logique et une menace pour la cohérence de l'ensemble. Mais il y a un inconvénient encore plus grand.
Intéressons-nous à présent aux fruits que portent ces arbres de connaissance, interressons-nous à l'information proprement dite : à partir du moment où je nomme quelque chose, je l'isole. On ne peut pas faire autrement : penser un phénomène oblige à le détacher du tout dont il est issu. On le sait, le taoïsme insiste longuement sur cet aspect de la pensée. Nommer le réel, c'est le trahir. Quelle que soit la culture. Mais chez nous, il y a une deuxième trahison : le phénomène isolé est ensuite rangé dans un de ces arbres de connaissance. Il reprend un peu de vie (falsifiée) en se greffant artificiellement sur une branche de notre arbre. Il a l'air de s'y trouver bien, tant est qu'on pourrait croire que l'arbre ainsi reconstitué est une représentation assez juste de la réalité qu'il prétend décrire. Et que plus nous etofferons l'arbre de fruits nouveaux et de branches fines, plus nous nous approcherons d'une connaissance juste du réel. Et là, c'est - selon moi - une grande erreur : la structure même de cette représentation reconstituée (structure arborescente) n'a rien à voir avec la structure du réel d'où sont issus les phénomènes observés (structure dont nous ne connaissons que peu de chose). Nous réorganisons des informations justes sur une base fausse. Les monstruosités scientifiques du moment (comme les nombreux déséquilibres écologiques ou biologiques que nous observons) sont, selon moi, issus de cette très fausse représentation du réel.
En fait, nous ignorons presque tout de la structure du réel et la science n'est d'aucun secours. Ce n'est pas une question scientifique. La science s'intéresse aux phénomènes. La seule structuration du réel, que la science connaisse, le seuls lien qu'elle sait établir entre les phénomènes, c'est la causalité. La pensée scientifique produit donc des arbres d'informations, à la ramure potentiellement infinie et dont les fruits sont reliés entre eux, de manière localisée, pour ne pas dire anecdotique, par des liens de cause à effet.
La pensée chinoise propose un modèle de la réalité, une structuration très abstraite. Ce sont le yin et le Yang, les cinq éléments, et d'autres "théories" secondaires. Ce ne sont pas des phénomènes, ce ne sont pas des théories philosophies, ce ne sont pas des idées que l'on peut transmettre en quelques mots, que l'on peut décrire. Ce sont des paires de lunettes que l'on chausse pour penser le réel. Ca demande un certain temps d'accomodation, un certain investissement. Une caractèristique de ces modèles est qu'ils sont, dans leur essence, dynamiques. Le Yin et le Yang se génèrent et se détruisent mutuellement et constament. Chaque élement engendre le second qui le suit et contrôle, limite, voire détruit le troisième. Ainsi, lorsqu'on observe des phénomènes avec ces lunettes là, on les observe dans leur mouvement. Lorsqu'on range les phénomènes observés dans les boites issues de ces modèles, - par paire d'opposés/complémentaires pour la théorie du Yin et du Yang, par quintuplés de correspondances pour les cinq éléments, ... - on conserve leur dynamisme, leur constante intéraction. Malheureusement, ces boites ne supportent pas un niveau de détail très important. Et si l'image du réel qu'elles rendent est infiniment plus juste que les représentations issues de la pensée scientifique occidentale, leur incapacité à rentrer trop profondément dans le détail la maintient dans un flou qui la disqualifie aux yeux d'une pensée scientifique "sérieuse".
Un petit exemple pour conclure : pour l'esprit taoïste, rompu à la compréhenson du dynamisme du Yin et du Yang, une action trop forte, excessive, finit par s'inverser dans ses effets : elle nuit à celui qui devrait en bénéficier et bénéficie à celui à qui elle devrait nuire. Ainsi, en médecine chinoise, lorsqu'on traite une maladie aigüe, infectieuse (on parle d'énergie perverse, pas du tout de microbes, virus ou bactéries), on soigne le patient à 60% de ses symptômes, pas plus, et on laisse le corps du patient faire le reste du boulot. Chez nous, lorsqu'on prend des antibiotiques, on les prend longtemps après la disparition des symptômes. Pour être bien sûr d'avoir complètement zigouillé les vilaines bactéries qui nous rendaient malade. Résultat : on observe, me semble-t-il, un affaiblissement de nos systèmes immunitaires et une résistance de plus en plus accrue de certaines bactéries à certaines molécules. CQFD (pour un esprit taoïste s'entend !)
Je ne résiste pas, pour finir, à cette sortie de mon professeur de médecine chinoise. C'est un peu hors sujet, mais ça montre bien cet esprit si pragmatique et proche du réel alors que nous en sommes parfois bien loin : "Tous ces pauvres occidentaux qui veulent perdre du poids ! Les pauvres ! Ils ne comprennent rien ! En réalité, ce n'est pas du poids qu'ils veulent perdre. C'est du volume !" |
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latululireli
Inscrit le: 28 Jan 2010 Messages: 97
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Posté le: Ma 17 Août 2010 20:00 Sujet du message: |
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| Pierre a écrit: | | latululireli a écrit: |
« con lai » veut dire enfant métis avec dans l’empreinte socio-éco-culturo-éduco-religio familial l’idée d’une double faute. |
Bonjour Lise,
"Thong Cam" pour ton passé de "con lai" qui n'a pas dû être rose.
Quelle que soit les cultures et les civilisations, celui qui ne ressemble pas aux autres est souvent rejeté et montré du doigt. Dans ton cas, le contexte politique et social, en plus de cette culture asiatique où se distinguer d'autrui est généralement mal venu, ont dû rendre ta situation particulièrement pénible. J'espère sincèrement qu'avec les temps tes souffrances se sont apaisées.
Une petite question, peut-être indiscrète : lorsque tu te parles à toi même en vietnamien (si c'est la langue de ton monologue intérieur) quel pronom sujet utilises-tu ? Chi, em, toi ? Ma grand-mère se tutoyait. Moi je me jejoie, comme la plupart de mes contemporains je suppose. Mais je me demande, dans une langue où il existe tant de pronoms sujets, lequel est employé le plus communément dans une relation de soi à soi.
Merci aussi pour cette drôlissime classification chinoise des animaux. Elle est d'autant plus drôle qu'elle caricature avec justesse un trait caractéristique de la pensée asiatique, en tout cas telle que je l'ai observée dans l'étude d'ouvrages anciens, ou à travers la consternation récurente de certains professeurs de français que je fréquentais à Hanoi : l'incapacité à classer des idées, des faits, ou autre chose, suivant nos critères habituels de cohérence et d'ordre. C'est très déroutant pour un occidental. Par exemple, le Noi Kinh, le plus vieux livre de médecine chinoise, référence en la matière, qui relate des conversations entre l'empereur jaune et son médecin, contient une foule d'informations, mais sans aucun ordre. On semble y parler de tout et de rien, sans qu'un sujet particulier ne se dégage d'aucune partie, sans qu'on éprouve le sentiment d'approfondir quoi que ce soit. Autre exemple : les énormes difficultés qu'éprouvaient certains enseignants de français à faire écrire des dissertations à leurs élèves (de niveau très avancé, quasiment bilingues) où l'argumentation soit construite en regroupant les idées qui vont dans le même sens. Mission impossible !
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Mes deux moitiés à présent réunies un peu grâce à la rose de St.Exupéry et celle d’Umberto Ecco, te saluent et te remercient pour le temps que tu as pris à me répondre.
Rien d’indiscret Pierre, ta question pourtant si simple c’est la première fois que quelqu’un me la pose –que je me la pose et que je met ça en parole, ensuite ce que tu évoques de certains professeurs de français en mission impossible à Hanoï, c’est information nouvelle pour moi.
Spontanément je répondrai par un « je sujet » bien français («qu’est-ce que je vais bien pouvoir à répondre à Pierre ») il m’arrive aussi de me tutoyer comme ta grand-maman.
Et simultanément, ma « moitié » asiatique, qui elle est muette, est déjà partie en sampan à te répondre par des « je » blancs, des « je » îliens, entre roseaux, réseaux , résilles, résidu, réséda …
Autrefois, ça m’était insupportable , je n’avais aucune conscience de ce qui se passait, avec l’impression d’être coupée en deux et quand je voulais exprimer ce qui me tenait à cœur, ça donnait un étrange jargon qui me laissait penaude.
Pour que les deux s’accordent je pense à une simple tierce : do-mi, par exemple.
Et le « nous » est là.
Mais quand je dis « je pense » j’englobe le débroussaillage préalable et le lent cheminement qui a permis à cette tierce bleue de couler comme source dans le désert.
Pour les dissertations, j’ai eu droit dans ma scolarité à des annotations assez savoureuses, je me souviens du grand bonheur d’avoir découvert le mot « symbole », c’était comme si j’avais découvert le Saint Graal ! c’est anecdotique mais mot après mot, j’ai cueilli et à chaque fois que j’en comprenais un nouveau celui-ci m’en ouvrait d’autres, c’était le début de l’émerveillement.
Voilà, j’ai essayé.
Bonjour forum.
Lise |
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Pierre
Inscrit le: 22 Nov 2005 Messages: 78 Localisation: Toulouse
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Posté le: Me 18 Août 2010 15:04 Sujet du message: |
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Bonjour Lise,
| latululireli a écrit: |
je me souviens du grand bonheur d’avoir découvert le mot « symbole », c’était comme si j’avais découvert le Saint Graal ! c’est anecdotique mais mot après mot, j’ai cueilli et à chaque fois que j’en comprenais un nouveau celui-ci m’en ouvrait d’autres, c’était le début de l’émerveillement.
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Je suis moi aussi très sensible aux mots. Pas tout à fait de la même manière que toi : le fait que des mots partagent des sonorités proches m'indiffère plutôt, sauf si cela révèle une étymologie commune. Je suis peut-être un peu trop cérébral pour n'y voir autre chose qu'un anodin jeu de langage. En revanche, je partage complètement cet émerveillement pour la découverte d'un mot.
En vietnamien, il y a un très joli mot : dễ thương, littéralement "facile à aimer" et que l'on traduit (je le précise pour d'autres lecteurs que toi) par sympathique ou aimable. Mais le mot vietnamien me parle beaucoup plus : sympathique est tellement employé qu'il s'est affadi (elle est sympa ta nouvelle salle de bains) et aimable est un peu désuet (comme les flon-flons d'un accordéon de bal musette). "Facile à aimer" m'a renvoyé instantanément à une foule de visages de personnes que j'ai connues et je pouvais dire avec certitude que telle personne était plus "facile à aimer" que telle autre. Ou que celle-ci, si "facile à aimer" s'était finalement révélée décevante alors que celle-là, si "difficile à aimer", était devenu un ami avec le temps. Bref, ce mot "facile à aimer", loin d'être un concept étiquetteur, un catégorisateur d'expérience, un ensacheur de réalité, fut un outil, un petite lanterne, éclairant des zones sensibles de ma réalité qui sans lui, seraient restées dans l'ombre.
En parlant de clarté, et dans le même esprit : "Thông Minh" (intelligent), littérallement "circulation - clarté", qui fait circuler la clarté, ou en qui/quoi la clarté circule. Cette association de l'intelligence à la clarté, et non à la capacité de faire des liens entre les idées (inter-ligare), dévoile une facette différente - et plus juste selon moi - de l'intelligence. L'intelligence n'est plus relative au savoir, à l'intellect, à la complexité, mais à la lumière, à la vision, à des facultés plus intuitives et à la simplicité.
| latululireli a écrit: |
Autrefois, ça m’était insupportable , je n’avais aucune conscience de ce qui se passait, avec l’impression d’être coupée en deux et quand je voulais exprimer ce qui me tenait à cœur, ça donnait un étrange jargon qui me laissait penaude.
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J'ai rencontré beaucoup de vietnamiens "coupés en deux" comme tu dis. Je ne voudrais pas donner l'impression de banaliser ton expérience en disant cela et j'espère que tu ne seras pas heurtée par les propos qui vont suivre. C'est juste que ta formule me parle beaucoup. D'abord parce que ce pays est lui-même coupé en deux, même si réunifié depuis plus de trente ans. J'ai connu ici un jeune vietnamien d'une vingtaine d'années débarqué en France à l'age de 10 ans puis adopté par une famille française. Coupé en deux. Il ne sait plus un mot de sa langue maternelle et n'a que des images floues de ses dix premières années. Et tous ces viêt kiêu qui rentrent au pays mais ne le reconnaissent plus pas plus qu'ils n'y sont reconnus et qui vivent à cheval sur deux mondes sans qu'aucun ne soit véritablement le leur. Coupés en deux. Comme cette jeune québécoise, Mélodie, venue pour la première fois à Saigon retrouver ses racines, notamment sa mère qui l'avait mise avec ses frères et soeur dans un bateau pour l'occident dans les années 80. Elle se faisait une représentation idéalisée d'un Vietnam rêvé et de ses retrouvailles... Elle fut très cruellement décue "pourquoi tu ne m'envoies pas plus d'argent" furent les presque premiers mots de sa mère, qui ne conserva plus à ses yeux qu'un statut de génitrice. Elle en a perdu ses racines. Coupée en deux. Et mon professeur de médecine chinoise, issu d'une grande famille aristocratique, privé de tout après 1975, en camp de rééducation, et pas mal déconnecté de la réalité depuis. ("vous allez écrire au Pape, car j'ai une potion pour guérir les prêtres de leur penchants pédophiles. Vous verrez, nous allons gagner des millions de dollars !"). Et Marguerite ! (c'est son nom français mais elle est saïgonnaise) peut-être l'une des personnes les plus touchantes que j'ai rencontrée. Médecin, issue d'une famille si riche qu'elle avait fait construire dans sa maison un bloc opératoire, une mini clinique privée. Après 75, elle a tout perdu, sa maison fut partagée pour loger des familles pauvres et il ne lui resta plus qu'une seule pièce pour vivre. Le choc émotionnel fut si violent qu'elle en perdit l'usage de ses jambes. Coupée en deux. Elle survécut pendant des mois comme elle put, et se rétablit peu à peu grâce au Yoga.
Ce que je trouve particulièrement touchant dans ces destinées, ces sont ces mécanismes qui se mettent en place pour recoller les morceaux. J'en ai connu qui se sont tournés vers la religion, d'autres vers l'étude de la pensée chinoise (taoïsme, yi-King, médecine...), et d'autres qui sont devenus mégalos. Combien m'ont sollicité pour que je les aide à faire connaitre en France leurs théories économique pour sauver mon pays du déclin, ou leur projet de rapprochement de nos deux pays en imposant des mariages mixtes forcés, ou pour faire valoir au Ministère de la Culture, via l'ambassade française, leurs compositions musicales. Il y a ces terribles commotions de l'Histoire, ces grands mouvements de fonds, - si étrangers à notre civilisation européenne, préservée des guerres depuis des décennies - qui sectionnent impitoyablement les individus. Et puis la vie qui poursuit son oeuvre, inlassablement, et qui donne aux morceaux épars d'étranges formes afin qu'ils puissent se rejoindre de nouveau.
Je suis originaire des Landes, pays des pins maritimes et, peut-être encore un peu, de la culture de la résine. Lorsqu'on résine un pin, on l'entaille. On pulvérisait même de l'acide à une époque pas si lointaine, pour activer la sécrétion de résine. On trouve parfois dans la forêt de ces pins tombés, en décomposition. La partie entaillée du pin ne se décompose pas, ou très lentement, tant elle est encore pleine de sève. Si on parvient à la dégager de son tronc et qu'on la nettoie un peu, on constate que la blessure faite à l'arbre a créé à l'interieur de celui-ci d'étranges formes, contorsions, méandres, courbes, d'une fascinante beauté, alors que les parties saines de l'arbre ne recèlent rien qui retienne l'attention. |
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latululireli
Inscrit le: 28 Jan 2010 Messages: 97
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Posté le: Di 09 Jan 2011 14:02 Sujet du message: hommage aux temps |
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Bien chers vous,
Merci pour ce fil, je ne l’ai pas oublié.
dễ thương « facile à aimer » oui, il est intraduisible, tant il véhicule de la tendresse humaine mais il est surtout spontané, pas de calcul dans ce mot.
Un petit rappel des mots de Pierre que je cite :
« En parlant de clarté, et dans le même esprit : "Thông Minh" (intelligent), littérallement "circulation - clarté", qui fait circuler la clarté, ou en qui/quoi la clarté circule. Cette association de l'intelligence à la clarté, et non à la capacité de faire des liens entre les idées (inter-ligare), dévoile une facette différente - et plus juste selon moi - de l'intelligence. L'intelligence n'est plus relative au savoir, à l'intellect, à la complexité, mais à la lumière, à la vision, à des facultés plus intuitives et à la simplicité. »
(Cay =terme générique pour le bois ) Cay Thông = le pin…toutes les essences de pin.
Je suis restée longtemps sur le mot sève… circulation …
Pierre écrit à la fin de son dernier message une jolie conclusion…
« Je suis originaire des Landes, pays des pins maritimes et, peut-être encore un peu, de la culture de la résine. Lorsqu'on résine un pin, on l'entaille. On pulvérisait même de l'acide à une époque pas si lointaine, pour activer la sécrétion de résine. On trouve parfois dans la forêt de ces pins tombés, en décomposition. La partie entaillée du pin ne se décompose pas, ou très lentement, tant elle est encore pleine de sève. Si on parvient à la dégager de son tronc et qu'on la nettoie un peu, on constate que la blessure faite à l'arbre a créé à l'interieur de celui-ci d'étranges formes, contorsions, méandres, courbes, d'une fascinante beauté, alors que les parties saines de l'arbre ne recèlent rien qui retienne l'attention. »
je suis profondément touchée par la circulation de ce qui coule ici.
Mon grand-père paternel que je n’ai pas pu rencontrer m’appelait « la crèche »
« Comment va la crèche » pour un jeu que faisait mon père « as-tu été sage aujourd’hui ? »
et le petit mouton avançait ou reculait selon un mystère qui dure encore, n’est-ce pas.
Plus tard, bien des saisons plus tard, viennent les vraies raisons, ni n’avance ni ne reculent.
Persévérer.
Hommage aux temps – Hommage eau/temps, oui toujours l’eau.
A nos temps singuliers, à nos temps pluriels.
Temps, sons, couleurs, pour moi tout est relié, et quand on joue avec les pixels, on se rend bien compte qu’on manipule des illusions.
« avoir du bol » « boire la tasse » un bon thé – un bon café –
la bonté … des regards.
Roche sur un autre fil a donné l’étymologie du mot « Personne » alors voici un masque au fond d’un bol de thé. Un masque qui dit merci pour cette chance, cette conscience,
Un masque au présent de l’imparfait, qui peut se dire j’ai du bol d’être vivant !
Et la même image associée à la célèbre tasse de café qui se promène sur ce forum, nous reliant aux objets si familiers qu’on n’y fait même plus attention.
Merci à Joachim d’avoir cité Saint-Exupéry et à tous pour tout ce suivi, ce fil ténu qui nous relie.
Fragile.
temps singulier
et temps pluriels |
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Nout
Inscrit le: 10 Oct 2006 Messages: 551
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Posté le: Di 09 Jan 2011 18:38 Sujet du message: |
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Latululireli-lise ,
Magnifique oeuvre que cette vie que tu déploies sous nos yeux comme une calligraphie...chinoise.
l'essence dans le sens
merci
PS: Con-lai ou combo quelle importance!
Dernière édition par Nout le Lu 10 Jan 2011 9:32; édité 1 fois |
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