Regards sur l'éveil
Café philosophique, littéraire et scientifique
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dodo-chan Invité
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Posté le: Lu 07 Nov 2011 2:55 Sujet du message: Le sous-sol |
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7HOO le réveil sonne sur mon cellulaire. Déjà réveillé depuis 6h57 je guettais, mélancolique, sa cacophonie quotidienne. Il fait encore noir au-dehors et quelques oiseaux chantent à tue-tête, ce qui à le don d’apaiser instantanément ma haine matinale, l’inévitable retour au rêve diurne. Je presse la touche stop du téléphone, ma femme pose sa main sur mon épaule pour vérifier que je sois bien réveillé.
-Ça va chérie, t’inquiète »
Sitôt ces mots dits elle se jette de tout son corps à l’autre bout du lit, s’emmitoufle à l’intérieur de notre énorme couette blanche puis sombre de nouveau dans le doux sommeil qu’elle venait de quitter pour moi. Je suis maintenant assis au bord du lit le visage enfoui dans les mains, je meurs d’envie de me recoucher, mais je ne peux pas. Ma pensée, sans répit, maudit le monde entier, une haine féroce nauséabonde et fétide me monte au nez. Je connais tout ce processus, je le laisse se faire tout en traversant l’appartement plongé dans la pénombre. Les formes, l’ombre des meubles, leurs respirations m’observent. Respectueux dans leurs présences, leur silence, je les salue et me dirige vers la cuisine. Les oiseaux piaillent de plus belle comme alarmés par la faiblesse de l’aube qui s’éclaircit bien trop vite. J’allume la lumières ce qui me brule les yeux et m’arrache les première larmes du jour. J’enclenche la plaque chauffante au maximum, pose en sacrifice ma petite casserole bourrée d’eau à ras bord. Le voyant rouge prend vie peu à peu. Tel un dieu millénaire, triomphant sur son peuple – les ustensiles de cuisine- le petit thermos chromé reçoit sa coiffe originelle. Le filtre divin plein de café moulu de marque carrefour. L’eau daigne enfin bouillir et digne il reçoit le fleuve sacré. Attendant la mixture je contemple ma silhouette déformée dans le reflet du dieu thermos. Une fois que le liquide noir et amer a fini de couler, je rajoute du sucre et referme le tout. Je retourne dans la chambre, faisant en sorte de ne pas réveiller ma femme et récupère au hasard de ce qui traine de quoi m’habiller. Ressortant, sans bruit, j’admire furtivement la courbe de ses fesses. Le jour s’est levé, la nuit n’est plus qu’un souvenir.
-Ça va vite » ai-je pensé inutilement.
Une chemise bleue à carreaux, un bas de jogging, chaussettes de la veille, pas de caleçon. Un bonnet de chez Zara et des mitaines bon marché. Une dégaine de clochard à vrai dire. 33 ans, silhouette anodine, un visage au trait réguliers, un nez qu’on dit beau, un regard noisette perçant limite provocateur, une calvitie naissante, une des deux dents de devant cassée, 1M70 de chair et d’os repartie de façon équitable. En une formule je dirais un chômeur charmant. Ce la dit quoi que la forme puisse être cela n’a plus grande importance, je ne m’en vais pas bien loin. Là où je me rend personne ne se soucie des apparences, là où je vais rien ne compte. Le rice-cook dans la cuisine m’indique que l’on a franchi les 7H23 et les oiseaux se sont tus. Je m’empare d’un livre qui traîne sur la table basse du salon, récupère les clefs dans la petite boite du hall d’entrée et les fourre dans une poche. Maintiens entre mon flanc et mon bras gauche le bouquin, de mon autre main me saisis du thermos, me voilà fin prêt. J’avance jusqu'à la porte, tire le loquet, ouvre, sort de l’appartement et referme derrière moi. En quelques secondes me voilà expulsé du doux cocon familial. Je suis un nouveau né, je viens au monde, je suis à l’extérieur.
En temps normal je devrais me rendre au travail. Comme tout citoyen qui se respecte, contribuer à la société, subvenir aux besoins de ses enfants, payer les factures, être en relations avec ses semblables, aller au cinéma, manger un burger, tromper sa femme, divorcer... Oui en des temps normaux je serais parti au boulot. Jadis je l'ai fait. Il y des années de ça je perdais ma vie à la gagner. Mais aujourd’hui que nenni je n’irai nul part. Sondant la profondeur du couloir, j’effectue les quelques pas qui me séparent de l’ascenseur, m’introduis dans la cabine et presse le bouton zéro. Je me contemple dans le miroir et retire les excréments qui s'obstinent aux coins de mes yeux rouges. Etonner par mon arrivée express à destination je suis pris en flagrant délit de toilettage sauvage par ce que l’on appelle un voisin. Le physique de Gandalf, sur sa tète trône béret gris assurément plus vieux que moi, trainant un cabas plein a craquer. Je me demande émerveiller, comment peut on trouver la foi de faire ses courses aussi tôt.
Je dégaine le premier.
-Bonjour »
Poliment le voisin Gandalf relance.
-Bonjour »
Fin de l’échange.
Je prends directement à gauche et descends les escaliers qui mènent au sous-sol. Je pousse une porte, passe un petit couloir, passe une autre porte et me retrouve au beau milieu d'un immense et silencieux cimetière d’automobiles. Des relents d’essence et autres produits nocifs me frappent le cerveau. Mes pas résonnent beaucoup trop fort pour mon gabarit. J'essaye tant bien que mal de me frayer un chemin entre les Truck, Porsche, 4-4, Mini Cooper, Mercedes SLK et autres berlines allemandes. Chacune dans leur box numéroté, ces navires du bitume reposent, poussiéreux et la morve au nez, oubliés par la vie. Un gâchis inconcevable à l’image de notre triste époque. Accabler par ce spectacle je traverse le parking puis arrive jusqu'à la porte affublée d’une plaque–cave et dépôt, je la traverse, passe encore un petit couloir et repasse encore une porte où il est inscrit- cave appartement n*190 A n*230- Je vérifie l‘état mon portable et note son oublie. Frustration oblige, arrivé ici j’aime beaucoup constater l’absence de réseau téléphonique. Tant pis. Le silence commence à se faire entendre. L’odeur de renfermé se fait oppressante. Le fardeau, la haute charge négative incruster sur la chair de mon dos, le poids lourd de la vie s’allège de seconde se seconde, je le ressens avec clarté. Je prends un couloir à droite, un autre à gauche, encore à gauche m’engouffre dans les trips sordides de ce sous-sol. Les premiers mètres d’abord rénovés d’une peinture fraiche font très vite place à de vieux murs de briques défraichies. Dans dix neuf pas exactement je serai face à ma porte. Ici le contact de mes Puma sur le sol ne résonne plus, dix sept, dix huit, dix neuf. Je les ai comptés plus d’une fois, arrivé au dernier couloir, au bout de dix neuf foulées et pas une de plus, j’atterrissais systématiquement devant la cave 209. J’y suis, je fais enfin face à la deux-cent neuvième cave, englouti, dans les profondeurs d’un monstre de verre et béton. J’esquisse un sourire, sors ma clef, l’introduit dans la serrure et le temps d’un petit tintement la porte s'ouvre.
Me voilà dans la pièce étroite. Je viens d’allumer la lumière. Une pensée muette fuse jusqu'à moi, je la déchiffre. De la culpabilité et de la honte me sont adressées. Je connais le processus, je laisse faire et m’imprègne de l’ambiance de la cave.
Ici je ne suis pas seul, ici git les vestiges d’une vie qui passe, d’une vie conjugale. Tout un tas de meubles démontés, d’objets, de cartons pleins de souvenirs qui jugés vieux et inutiles bons pour le remplacement ont fini entreposés dans ce débarras.
Une table de bois accompagnée de ses quatre chaises aux pieds rongés par les chiens, une petite table basse ronde affreusement lourde, un micro-ondes sympa, une petite télé Phillips, un canapé-lit marron beige, des livres et quelques cartons contenant des bouteilles de vin italien etc.… Je dépose le thermos, le bouquin et les clefs sur le couple de chaise imbriquées l'une dans l’autre. Déchausse mes baskets, rabats la banquette du fauteuil par terre, récupère un vieux plaid en guise de couverture et m’installe à mon aise. Tire le bouchon qui fait office de verre sur la tête du thermos, presse le bouton –open- et me verse une belle lichette de café brûlant. Je n’ai pas le loisir de prendre mon bouquin que déjà me voilà happé par le calme et la plénitude de ces lieux. Coupé de tout. C’est plus qu’une image, c’est un ressenti miraculeux.
Ma première fois, ici c’était en désespoir de cause. Plus de boulot, enlisé dans le mensonge, le manque de courage à avouer fautes et péchés à ma femme .Perdu, mes pieds m'ont trainés jusqu’ici. Au début j’étais pris de panique, le manque d’oxygène, l'odeur, la solitude, la culpabilité. J’étais si épuisé. Je m’endormais tout de même. Malgré les lourdes ténèbres qui me tombaient dessus à la lumière éteinte. La phobie que des esprits, fantôme, poltergeist et autres apparitions se fassent me terrifiait jusqu'a m’en faire geler la moelle épinière. Je les redoutais si fort que plusieurs fois j’ai bien cru les voir se matérialiser, se moquer de moi. Jour après jour c’était à reculons que je venais me réfugier au « 209 cave Streets » tremblant, froussard, grinçant de tous les cotés, hantés par une valse de tourments inconscients et irrationnelles. Je nourrissais toute fois une peur qui elle était plus que logique et rationnelle. Elle me terrorise encore aujourd’hui. Être débusqué, foutu comme on sort un lapin de son trou un matin d’hiver. Enfin c’était la seule main tendue vers moi, je ne pouvais la refuser.
Puis de fil en aiguille un tricot se fait. La psychose a laissé place à un calme étrange. Chaque jour, quelques heures passées en bas, dans les entrailles puantes de la terre, seul, immergé dans la pleine pénombre et l’angoisse. Chaque lendemain de dieu, je faisais preuve d’un peu plus de lucidité sur mes états intérieurs, je les observais et les goutais pleinement. Sirotant mon café et buvant ma peur, de temps à autres, transperçant le silence, des bribes de vie extérieure me parvenaient, tels des râles de souffrances inutiles. Des sons d’une autre vie ? Juste du bruit de la paille au feu. Le livre, lui, c’était un toc plus ou moins inutile, je ne lisais que très rarement. Une fois installé dans mon bunker, je m’empressais d’éteindre la lumière et de me voir disparaître. Sans forme, sans rien, juste une évanescente sensation d’exister. C’est comme un courant discret. Est-ce vraiment vivant ? Des visiteurs métaphysiques, bien courageux, traversaient la pénombre et l’épais silence, infini. Une compréhension se fit en moi. Au doux moment ou l’intérieur et l’extérieur de l’homme sont abolis, les objets mentaux, pensées, images, émotions, (et même la plus grande des folies humaines)sont perçus tels des oiseaux planant sur de fraiches brises d’automne, des touristes non-terriens perdus dans les rues étroites d'un paris pluvieux, des bateaux de pèches affrontant dieu le père sur des mers inconnues et déchainées. Et quel bonheur de ne plus ressentir la présence des autres. De ne plus être avalé dans le monde, le ventre d’autrui. Il m’est arrivé de me perdre en totalité, si intensément absent, l’esprit aspiré par de suaves noirceurs, que pour garder un pied sur le port je devais vérifier régulièrement l’heure sur mon portable. Allez savoir pourquoi ça me ramène direct sur terre.
Je sombrais, me réveillais, passais d’un rêve, d'un film à un autre, rallumais la lumière, me servais du café, le dégustais puis restais quelque part dans le vague à contempler le mur de briques. Au gré de malformations et autres scories, ici et là sur le mur m’apparaissaient des formes, des visages, des êtres, des choses, de petit personnage venu d’ailleurs. En autre un certain Cliff Groutchenkotchski, allure de dandies, large sourire, plus svelte que l’étrange jack, de par son accent anglais teinté de bourgeoisie m’en a raconté de bien bonne. Puis un Glouton sans nom qui aurait (d’après c ‘est dire) inspiré Ive Reitman pour la création du personnage « Bouffe-Tout « issu du film Ghostbuster. Gourmand comme pas deux, Il me vidait mon thermos chaque fois que je piquais un petit roupillon. Bien sur il niait le salop, sourire à sa grosse bouche, remuant sa bedaine, me narguant de son haleine puante de mon café. Qu’importe il est chouette dans le fond ce glouton, il ne sait pas se retenir c’est tout. Puis a force d'observation les briques, nues, se mettaient à vibrer, frétiller, à danser au rythme des battements de mon cœur, elles s’animaient. A noter le phénomène, toute tentative de saisir cette beauté la faisait fuir instantanément. Hallucination ? Peut-être. Quoi qu’il en fut pas un instant dans mon tombeau de fortune, ma condition, ma situation, ce que je suis, ce que je dois, mes soi-disant devoirs d’humain, les cris du monstre culpabilité, l’agonie du convenable, de l’inéluctable, aucun de ces chiens de garde n’ont eu ne serait-ce qu’un cheveu de moi. Lové, au centre de la terre, je me rendormais, heureux, en extase. Une Inquiétante quiétude je doit l’avouer. De plus à chaque remontée à la surface, je voyais le paysage terrestre beaucoup plus beau, beaucoup plus vrai, l’impression d’une purification de ma perception. De retour dans l’ascenseur par exemple, mon reflet dans le miroir me paraissait magnifique et teinté de mystère. Les voisins resplendissaient, les crottes de chiens savamment éparpillées sur le trottoir reflétaient avec grâce les rayons du soleil. Ma femme, déesse grecque, brillait de milles feux en pleine dispute et mon ventre grossissant, si gênant a l’accoutumée, je le trouvais charmant, rondeur exquise, je l’aimais. Et les oiseaux…
Quelle heure est-il ? Au chaud dans la deux-cent neuvième cave, seul, je me remplis un peu de café et bois une gorgée. Ça réchauffe agréablement et ça se répand dans tout mon corps. Je suis fatigué, je vais à coup sûr faire un somme. Je lève le bras et tâtonne le mur pour désactiver l’interrupteur. Je remercie tout ce beau monde ici présent d’avoir et de partager encore un bout de chemin avec moi et Clic. Noir. (Et puis plus rien.)
Toc Toc Toc (frappe la porte)
-Hé merde.
Dernière édition par dodo-chan le Me 09 Nov 2011 0:06; édité 6 fois |
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Nout
Inscrit le: 10 Oct 2006 Messages: 551
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Posté le: Lu 07 Nov 2011 13:08 Sujet du message: |
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Mon sous-sol, ce serait les toilettes (qui semblent être pour toi une salle de musique...), quand je me lève le matin, dans le noir...un sas avant de sauter à pieds-joint dans le rêve.  |
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dodo-chan Invité
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Posté le: Lu 14 Nov 2011 15:38 Sujet du message: |
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SUITE
Je suis fait. Inconsciemment, je me lève d’un bond, me recroqueville dans le fond de la cave et tente en pure perte de feindre mon absence.En boule derrière les pièces éparse de ma veille table de bois.
"-Apata tatti toto tita."
Une voix grave, inconnue traverse mes remparts. Je ne comprend rien a ce qu'on me dit. A priori il semble que ce ne soit pas ma femme. Un léger soulagement me visite. Peut être est-ce un gardien qui a découvert mon manège ? Ou….
Toc toc toc.
-"Apato titota tutu tuto tatoua ?"
Sacrebleu, c'est certain, on sait que je suis là. Un peu de courage me vient de je ne sais où.je me décide à ouvrir la porte, je n’ai plus rien à perdre de toutes façons. Je débloque le verrou très lentement, m’agrippe à la poignée. La boule au ventre, j’ouvre.
-"Upototottititottaouato pele pele".
Vient de me dire d’un air inquiet ce vieux chef de tribu de je sais pas où.
Droit comme un i, le visage grave, la main sur sa hache suspendue à une mêlée de branches qui lui ceinture la taille, il se tient là devant moi, devant la porte d’entrée de la cave 209. il n'est pas plus grand que moi. Une immense et majestueuse coiffe de chef indien ornée de plumes blanches et noires trône sur son crâne. De long cheveux gris trainent sur ses épaules. La figure marquée par le temps, cramée par le soleil, trois traits horizontaux sont tatoués sur chaque joue. A peine vêtu pour le reste, de quoi cacher l’essentiel. Sa peau de cuir est recouverte d’une boue blanchâtre, pieds nus, un regard de feu, (il na pas cligné une seule fois des yeux) une petite besace en bandoulière, il me fixe intensément.
-"Opopo you you you tolo toloka ?"
Je n’ai même pas le choix d’être surpris, ou le loisir de me pisser dessus. Tremblant du menton comme un moteur de diesel, je me lance.
-Je ne vous comprends pas Monsieur, je suis sincèrement désolé. Êtes-vous perdu ? Je peux vous aider ?
"-pokopokokulukuluko " poli.
-Je ne comprend rien Monsieur ..
Lui explique d'un air décontenancé.Sans y prêter Gard Il se met à farfouiller dans son petit sac. Complètement abasourdi par ce spectacle, je ne le quitte pas d’une semelle. Au bout de quelques secondes, il en sort un petit collier électronique qu’il se clips tranquillement autour du cou. Il appuie sur un bouton, une petit diode bleue s’allume sur le collier et il me dit :
-Toi, aider village. Plus d'eau. Femmes, enfant, tous mourus soif. Polipoli….aider, urgent, pele pele, vite.
Visiblement ce collier n’est pas dernier cri.Pas plus sorti de mon flou,je lui demande très sincèrement.
-Comment je pourrais t’aider ? Et d’où viens tu ? C’est où chez toi ?
L’air agacé il reprend.
-"Pas temps poko poko, vite, toi, aller dans cave et récupérer espoir dans nuit poko poko, sac zip lock, vite poko poko."
J’ai envie de m’enfuir à vrai dire. Mon esprit secoué dans ces tréfonds, spécule l'idée que je sois la bien malheureuse victime de la plus fine des pantalonnade. Ce n’est pas drôle du tout du tout me dit je. Pourtant ce vieux chef de je ne sais pas où me semble on ne peut plus réel, on ne peut plus sérieux. Je n’oserais même pas lui dire non, le mettre en doute. Étrangement tout cela me semble un peu familier. Perdu dans ce marécage de pensées, je subit une attaque. Pris d'un vertige inouï saupoudrer d'une crise d'angoisse aigu,comme jamais je n'en ai connu. On me broie la glotte a l’étau, une tonne de pression vient taper un somme sur mon larynx, ma gorge se dessèche a toute vitesse, elle devient poussières. Une agonie atroce qui s’évanouie instantanément, sans rien laisser, au moment ou je m' aperçois que vieux chef m'a attrapé par les épaules, m'a tourné en direction de la cave et m'a littéralement poussé au dedans.Est ce a son contacte que j'ai ressenti ces tortures?
-"Vite pele pele,moi la poko pkochi, attend."
Plus le temps d'y pensés, presser comme un citron dans le goulot d'une bière, par vieux chef, je ne vois pas d’autre alternative que de retourner dans la cave. Dos au mur, refermant la porte, l’image surréaliste du chef souriant se volatilise en un instant. Je bloque le verrou, accablé, je regarde tout autour de moi, empli de frustrations je crie.
-MAIS TU VEUX QUE JE FASSE QUOI ET COMMENT ??VIEUX FOUUUUUU
Du tac o tac me parviennent les râles du vieux chef.
-"Poko vite, eau, soif, village, pokolopipi poke poke"
Soit. Il ne me reste qu’à éteindre la lumière et prier pour que tout cela ne soit qu’un rêve ou une blague de mauvais goût. Je m’installe comme à mon habitude, sur mon matelas de fortune, me couvre de mon plaid usé, me sers une lichette de café, le goûte du bout des lèvres, lève la main, tâtonne le mur puis désactive l’interrupteur. Black out, noir complet. Les yeux grands ouverts dans le noir, je ne bouge plus d’un pouce. J’entends mon cœur battre, je fais le vide puis j’attends. C’est tout ce que je sais faire. Tout ce que je peux faire.Je patiente, un temps indéfinissable se passe quand soudain, dans la pénombre, doucement, une image apparaît. J’ai le cœur qui va sortir de ma poitrine. On ma installer a mon insu dans un grand 8.De par ma réaction trop émotive, elle s’enfuit aussi sec. Je me calme.
Je me fait absent, transparent, vide,comme j'ai appris a le faire ici. Voilà cette fois ce son des images qui réapparaissent, timides, ondoyantes, elles flottent dans l’espace. Leurs contenus me sont incompréhensibles. On dirait des fenêtre ouvertes sur des brassages de vies anciennes, des scènes d’autrefois, de veilles époques oubliées. Je les observe, les larmes aux yeux, quelques choses en moi, mon âme peut être, résonne, secouée par tant de beautés. Ça fait déjà deux fois que mes larmes coulent aujourd’hui. Je me reprend, à coté de moi, dans un carton rempli d’ustensiles de cuisine, j’aperçois une louche, je la prends et la range, discret, sous mon plaid.
Les images brillent de plus en plus, elles tournent sur elles mêmes, communiquent entre elles. Elles semblent être des ponts vivants donnant sur d’autres possibilités. Des bribes d’existences, des "souls memories."
Elles ne sont pas bien grandes, la taille d’une carte postale tout au plus. Dans le même carton, reposent des rouleaux de PQ en réserve, du film plastique, aluminium, des sacs zip-loc et autres. Je décide, sans plus chercher le pourquoi du comment, pour capturer les images, de les enfermer dans un petit sac zip-loc.
Ai-je déjà fait cela auparavant ? Voyez le tableau loufoque de ce type armé de sa louche et d’un zip-loc fin prêt à la cueillette d ‘images intemporelles. Ce n’est que moi me dit je me moquant de ma propre pomme. Bref, elles ne cessent de changer de contenu, de couleur, de formes, je suis en extase constante, je dois lutter pour ne pas me jeter à terre, rire a toue gorge déployer, éclater de joie et dormir. Je me lève, décidé, m’approche tout doucement puis spontanément susurre avec amour aux anges de lumières:
-Écoutez moi, beautés éphémères d’autres temps, j’ai vu un vieux chef de tribu très inquiet devant ma porte qui a vraiment besoin d ‘aide. Son village est touché par une grande sècheresse et si l’on ne fait rien, cela coutera la vie de beaucoup, beaucoup de gens.
Je vous le demande, ô grâce divine, manifestez la solution, là où l’eau et la joie jaillira à profusion. Exagérant sur la prononciation, l’articulation de chaque mots, d’une manière des plus théâtrale et respectueuse je fis ma demande. Les images, le temps de mon speech, restèrent immobiles comme a l’écoute puis soudain en un éclair, j'aperçus le village, le chef , l’eau, la joie, les femmes les enfants, la danse, la célébration…Tout passa, le temps d’un flash d’une fin de vie. Tout a été absorbé dans un tourbillon de couleur lumineux. Il ne subsiste que de petites tâches floues, des lueurs pâles, à peine perceptibles, qui flottent. Je les saisis délicatement de ma louche, les range dans le zip-loc puis referme le tout. Je rallume la lumière(Un choc de plus pour mes yeux) ouvre la porte et tend le sac au vieux chef.
-"Merci, poko pokoliko, Groutchenkotchski raison, toi, fort, pokolololo".
M’adressant un large sourire donnant vue sur des dents gâtées, il range avec précautions les images dans son sac. Puis sans plus prêter attention à moi, s’en va, s’engouffrant dans le sous-sol d’un pas léger, marmonnant des mots. Il s’évapora comme un songe.
-"Pokoli kolo pele pele pele ho ho pokoli pokoli poko , eau…."
Son collier était vraiment pourri...
Embusquer, depuis le début, m’observant, patiente telle un sniper russe. La fatigue, acre et sec, sans scrupule aucun, me tombe dessus et se déverse a torrent en ma pauvre âme. Courbatures, migraine, nausée, fièvre, je dois absolument me coucher. Il me faut du repos pour commencer. Je penserai à tout ce bordel plus tard. La je n’ai plus rien en moi je suis un véhicule vide. Je jette mes deux derniers regard, a droite, a gauche, retourne sans demander le reste a l'interieur, ferme le verrou, me couche et éteins la lumières. Noir (puis plus rien) |
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